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28/04/2013

Ceci n’est pas du sabotage

La Libre, Momento, Tendances, sabot, Pays-BasVous l’avez pensé, vous vous êtes dit : “Ils ne le feront pas.” Eh bien, si ! Pour ce numéro de “Momento”
spécial Pays-Bas, on ne saurait passer à côté d’un dossier sur le fameux sabot.
L’objet, caricaturalement associé aux Pays-Bas, brille par son ancienneté dans l’Histoire de la culture matérielle. Ce qui ne l’empêche pas de faire quelques réguliers retours remarqués. Focus sur un objet
de mode pas si connu que cela.

En sabots, comme Hélène: Aurore Vaucelle

“LES SABOTS D’HÉLÈNE étaient tout crottés/les trois capitaines l’auraient appelée vilaine...” Bon. Voilà qui dépeint un peu le tableau. A savoir que le sabot en général n’a pas très bonne presse. Dans l’imagerie commune, on en affuble les fermiers, quand ce n’est pas les Néerlandais. Cependant, déjà, prenons le risque d’un éclaircissement : les Néerlandais ne portent plus vraiment de sabots. Je veux dire, en vrai. Les fermiers, non plus d’ailleurs, au risque de mettre en cause des évidences chez certains.
De fait, le sabot est, pendant longtemps, le soulier principal du plus grand nombre, car pratique, à la fois imperméable et inusable. Néanmoins, les historiens de la culture matérielle rappellent une info non négligeable à son sujet. Pendant des siècles, le sabot a été indifféremment taillé pour le pied gauche ou pour le pied droit, sans réflexion sur la morphologie distincte des deux pieds. On imagine alors l’inconfort de générations entières qui marchèrent en rabotant leurs pieds.
 
Puis, le sabot disparaît au bénéfice du godillot pour le plus grand nombre, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Il se fait oublier, excepté dans les campagnes où il est encore porté jusqu’à la fin des années soixante. L’objet demeure, surtout, encore attaché au vêtement traditionnel. C’est dans ce cadre d’ailleurs que se situe le caricatural sabot néerlandais.
 
Le mouvement de mode des seventies, qui célèbre un retour aux sources et s’inspire de la nature, reprend à son compte le sabot qui devient l’une des pièces du vestiaire de la contre-culture. Ayant part à cette culture vestimentaire des années septante bientôt balayée par la mode punk, le sabot disparaît de nouveau pour un petit temps. Sa réhabilitation vient de là où on ne s’y attendait pas. A l’été 2010, Karl Lagerfeld pour Chanel propose une mode très bucolique, à base de tailleurs Chanel fleuris, de paniers d’osier et de sabots, pour compléter le tableau. S’en suit une fièvre pour cette chaussure, pourtant entravante et pas si élégante. Mais la tendance se moque de ce qui est beau ou pas, en soi. Le sabot est donc installé dans la place pour quelque temps. Des marques scandinaves, entre autres (Noa Noa, Swedish Hasbeens, ou encore Finsk), se lancent alors dans une variation sur le sabot, en en faisant bientôt une chaussure au design très travaillé.
 
Curieux comme un objet peut passer d’un monde à l’autre, de la campagne paysanne à l’urbanité des modeux.
 
 
Ph.: Mary Evans Picture Library / Reporters

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