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28/04/2013

Merci, Laura!

La Libre, Momento, Autoportrait, DaveDave, de son vrai nom Wouter Otto Levenbach, est un chanteur d’origine néerlandaise qui vit en France depuis de nombreuses années, et y fait carrière.


DAVE EN 6 DATES

4 mai 1944 : ma naissance, à Amsterdam.
 
Novembre 1965 : je quitte mon pays natal. Je suis parti à l’époque des beatniks, donc pas du tout pour faire carrière. La philosophie des beatniks, que j’ai encore quelque part en moi malgré mon âge, c’est de vivre en faisant ce qu’on aime, mais surtout pas en envisageant la compétition avec les autres. En 1965, je travaillais comme guide sur le bateau-mouche d’Amsterdam. C’est là que j’ai rencontré celui qui m’a donné le courage de partir. Ensemble, on a acheté un vieux bateau de pêche, et on est partis par les voies fluviales. On a traversé toute la France jusqu’à Marseille. Je gagnais de l’argent en chantant dans les ports.
 
Novembre 71 : j’étais toujours sur le bateau, mais j’avais entendu parler d’auditions pour la comédie musicale “Jesus Christ Superstar”. Arrivé au théâtre de la porte Saint-Martin à Paris, on m’a dit : “Non, ce n’est pas ‘Jesus Christ Superstar’, c’est ‘Godspell’.” Il y a donc eu deux comédies musicales en même temps, et j’ai fait le bon choix, car “Godspell” a duré trois ans, tandis que “Jesus Christ Superstar” n’a duré qu’un mois. Pour la première fois, je me suis senti envahi par un sentiment d’ambition, de compétitivité : on était 900 pour seulement 10 rôles, et je voulais absolument qu’on me choisisse. C’était contraire à mon idéologie...
 
Eté 74 : mes premiers succès. Je suis devenu une vedette de la chanson, comme on disait à l’époque. Ça a démarré en France un disque plus tôt qu’en Belgique, parce que, en France, j’ai vendu 70 000 exemplaires de “Sugar Baby Love” qui, en Belgique, était chanté par les Rubbettes. J’ai ensuite enchaîné avec “Vanina” qui est aussi sorti en Belgique.
 
Eté 96 : j’ai été animateur de télé pendant 9 “prime time”. C’était sur TF1, une émission qui s’appelait “Salut les Copains”. Je la présentais en 96 avec Sheila, puis en 97, seul. Depuis, j’ai présenté une bonne quarantaine de “prime”. C’était le début de ma petite carrière d’animateur télé.
 
2012 : “Une chanson pour ma mère”. Peut-être le début de ma carrière d’acteur ? J’ai en tout cas reçu de bonnes critiques. Et même si le film n’a pas l’immense succès d’“Intouchables” ou des “Ch’tis”, il n’est pas passé inaperçu.
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
La rencontre avec celui qui partage ma ma vie depuis plus de 42 ans maintenant. C’était le 7 février 1971. Rencontrer celui ou celle qui fait que vous êtes “complet”, c’est extraordinaire. Je considère que, quand on est seul, on n’est pas fini. Quand on est fini, c’est qu’on a trouvé la personne avec laquelle on rentre en fusion. Là, on est terminé. Sans cette personne, il manque quelque chose.
Je faisais la manche dans un bar américain à Paris.
Une copine à lui, Laura (à qui j’ai dédié une chanson ensuite, “Laura, mon cœur est malade”), lui a dit : “Ecoute, tu es trop casanier, tu passes ta vie à la maison, tu devrais sortir. Je connais un endroit où il y a un chanteur qui va te plaire, viens, c’est tout ce que tu aimes.” C’est grâce à cette Laura que j’ai rencontré Patrick.
 
 
UNE PHRASE
 
“C’est Dieu qui distribue les cartes, mais c’est nous qui jouons.”
Je l’ai lue dans un livre du navigateur Bernard Moitessier. C’est un monsieur qui était perdu en mer. J’aime beaucoup cette phrase; c’est vrai que le Bon Dieu m’a donné des cordes vocales, mais après, il faut apprendre à s’en servir. C’est d’ailleurs une des paraboles de Jésus qui dit : “Le talent, il ne faut pas l’enterrer.” J’ai souvent pensé à cette phrase quand j’étais dans le creux de la vague dans les années 80. J’avais très peu de cartes, mais je suis arrivé à revenir.
 
 
TROIS LIVRES
 
“La vie de Disraeli”, d’André Maurois
Je l’ai lu à 14 ans. Mon père disait : “Mais qu’est-ce que tu vas lire quand tu en auras 24 ? !” Il s’agit du début de mon engouement pour les biographies. Je trouve qu’on apprend beaucoup en en lisant. J’aime bien les romans, mais les biographies sont souvent comparables à des romans. La vie de chacun et de chacune est un roman, et ça a un intérêt en plus, parce que c’est du réel.
 
 
“Dune”, de Frank Herbert
Il date de 65. J’ai un vrai amour pour tout ce qui est science-fiction et fantasy. Ce sont des livres qui me détendent, qui me plaisent, qui, parfois, m’apprennent même des choses. J’ai choisi “Dune”, car, dans ce livre, ils vivent sur une planète où il n’y a pas d’eau, et, quand à un moment le héros se met à pleurer, les habitants sont extrêmement émus. Pour eux, pleurer, c’est perdre de l’eau qui est la denrée la plus importante sur cette planète.
Je me souviens que le jour de l’enterrement de mon père, un vieux monsieur que je ne connaissais pas est venu me serrer la main en pleurant, et j’ai pensé à ce livre en me disant que ce monsieur avait donné de l’eau pour mon père. C’était joli.
 
 
“Belle du seigneur”, d’Albert Cohen
Un de mes livres de chevet. J’ai dû le lire six fois. Un jour, j’ai vu la diffusion d’une vieille émission où Albert Cohen était interviewé, et j’ai été très soulagé, car il disait que c’était un livre sur l’amour, même si ça se termine très mal. Je me suis toujours demandé si c’était un livre contre l’amour ou d’amour, et je suis content que l’auteur le considère comme un livre d’amour.
 
 
TROIS FILMS
 
“La neige en deuil” (“The Mountain”), d’Edward Dmytryk
C’est un film américain de 1956. Les vedettes du film sont Spencer Tracy et Robert Wagner. Ce film montre un avion qui s’écrase dans les montagnes suisses, et Spencer Tracy joue un guide de haute montagne qui veut sauver les éventuels survivants, avec son frère qui, lui, y va pour dérober tous les objets de valeur. Je n’ai jamais oublié ce film, peut-être parce que c’est le premier que j’ai vu. J’y pense à chaque fois que je survole des montagnes en me disant “pourvu qu’on ne s’écrase pas”. Ça laisse des traces…
 
 
“Lemmy Caution”, de Peter Chemey
Une série de films dont le héros, un détective, était interprété par Eddie Constantine. C’était un peu le James Bond de ma génération. On attendait avec impatience le nouveau film avec Lemmy Caution ! Ça a été mis en scène par différents réalisateurs, dont Bernard Borderie et Jean-Luc Godard (“Alphaville”). Ça donne un côté un peu plus chic à ces films qui étaient un peu bêtifiants.
 
 
“Le Tambour”, de Volker Schlöndorff
D’après le livre de Günter Grass. D’habitude, je préfère de loin le livre au film, mais “Le Tambour” est peut-être une des rares exceptions. Le film est tellement fort. Je me souviens aussi de Charles Aznavour qui était un vendeur de jouets dedans, etc. Ce sont des images très fortes !
 
 
TROIS LIEUX
 
Le bord du Nil à Louxor/Carnac
C’est un endroit extrêmement romantique et en même temps chargé d’Histoire. A cet endroit-là, sur le Nil, il y a plein de petits pêcheurs avec des felouques qui proposent de vous emmener en balade –  on se prend un petit peu pour Genet quand on fait ça. Dans mon hit-parade de pays visités, l’Egypte est numéro 1 à cause de ça.
 
Capri
J’ai un immense amour pour l’Italie, et j’aime énormément la mer. En même temps, Capri n’est pas très loin de Naples, et on y est rapidement avec un aéroglisseur. Je ne veux pas me trouver sur une île où il faut prendre l’avion, ça m’embête. J’adore aller chez mon copain Auteuil en Corse, mais il faut prendre l’avion, ou alors le ferry, mais c’est très long… Capri réunit un peu toute l’Italie que j’aime : la bouffe, les bons vins. J’aime bien les Italiens qui sont des Français qui sourient.
 
Penang, en Malaisie
C’est une ville dans laquelle je me suis retrouvé, alors que je faisais une croisière. Il y avait un orchestre de Malaisiens qui était en train de s’installer pour une foire. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis joint à eux, et je leur ai demandé s’ils voulaient bien me passer une guitare. J’ai chanté “California Dreamin’”. Ils étaient hyper-enthousiastes. Ils ne parlaient pas anglais, et moi, je ne parlais pas le malais, mais ils m’ont fait comprendre que si je pouvais venir le soir chanter ça sur scène, ils seraient très contents. Je ne l’ai pas fait, mais j’ai eu cette réflexion par après que, si un jour je voulais me suicider, parce que ma vie n’avait plus d’intérêt, au lieu de passer à l’acte, je prendrais bien l’avion pour la Malaisie pour devenir chanteur dans les foires. C’est quand même mieux que se suicider physiquement.
 
 
UNE DATE
 
9 novembre 1989
La chute du mur de Berlin. Ça m’a frappé, car, à cette époque, j’avais un ami qui est mort du sida quelques mois après, à l’hôpital depuis déjà plusieurs mois. J’allais le voir dans la mesure du possible deux ou trois fois par semaine pour lui amener à manger. Il avait pas mal perdu la tête. Quand j’arrivais, parfois, il me demandait  : “Et Dave, il arrive quand ?” Il ne savait plus très bien où il en était. Un jour, j’arrive dans sa chambre d’hôpital, et il me dit : “Le mur de Berlin est tombé.” Je me suis dit: “Le pauvre, il ne sait vraiment plus ce qu’il raconte”, mais c’était vrai. C’est pour ça que je n’ai jamais oublié…
Je prends aussi le mur de Berlin comme exemple dans le cas désespéré de l’animosité, pour ne pas dire la guerre, israélo-palestinienne. Souvenez-vous, jusqu’en novembre 89, il était inimaginable que le mur de Berlin tombe. Et pourtant, il est tombé  ! Il faut toujours garder un peu d’espoir dans la boîte de Pandore.
 
 
Ph.: JLPPA / BestImage / Reporters

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