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30/04/2013

Gran Canaria, doux trésor sorti de la mer

La Libre, Momento, Escapade, Gran CanariaCette île volcanique vit au printemps quasiment toute l’année. Merci les alizés !

Entre mer et montagne: Sophie Devillers


SELON UNE TRÈS SÉRIEUSE étude scientifique universitaire, Las Palmas de Gran Canaria est la ville touristique qui a le climat le plus agréable au monde. On pourrait surnommer Gran Canaria, l’île du printemps éternel, comme sa voisine Tenerife. Sur cette deuxième île en taille de l’archipel des Canaries, la température varie entre 21° (janvier) et 27° (août). Et ce, grâce aux alizés, vents qui rafraîchissent cette île située à 210 km des côtes africaines.
 
On s’en doute, Gran Canaria attire toute l’année, les affamés de soleil de l’Europe entière. Et, surtout, les amateurs de bronzette. Comment résister, en effet, aux charmes de Maspalomas, et ses airs de “petit Sahara”. Ses dunes – d’où le ciel paraît plus large, et d’où les complexes hôteliers deviennent invisibles – sont désormais espace naturel protégé, comme environ 40 % de l’île. La plus célèbre plage est la Playa del Inglès, mais il y en a 127 autres ! Cependant, Gran Canaria, ce n’est pas que le tourisme de masse.
 
L’arrière-pays attend les plus aventuriers, les plus actifs, les amoureux de randonnée ou de cyclisme. Des cyclistes professionnels viennent ici du monde entier pour s’entraîner en hiver. Il est vrai que les routes en lacets de ce territoire, qui culmine à 1 900 mètres, n’ont rien à envier à celles des Pyrénées.
Particularité de ces montagnes : elles sont sorties de l’océan. Gran Canaria est, en effet, une île volcanique, formée par l’activité magmatique de volcans situés dans les fonds marins. La dernière éruption a eu lieu il y a 3000 ans, la première, il y a 15 millions d’années. Les strates de ces événements sont encore visibles à l’œil nu.
 
Le sol étant riche en minéraux, une petite pluie fera apparaître rapidement la végétation. Les marcheurs apprécieront, par exemple, la vallée des Milles Palmiers, et l’oasis au parc archéologique d’Arteara. En compagnie d’un guide, c’est l’occasion de découvrir la flore locale. Algave, figues de barbaries… Attention à l’euphorbe, plante appelée ici tabaïba, dont la sève est toxique. Les premiers habitants de l’île l’avaient bien compris. Les “Guanches”, ou aborigènes canariens, anciens Berbères venus de la côte sud du Maroc, ont utilisé la tabaïba comme arme contre les envahisseurs espagnols, lors de leur conquête. Dans l’oasis, des momies aborigènes ont aussi été retrouvées, à présent exposées au Museo Canario. La coutume était de recouvrir les corps de rocs, issus des chutes de la montagne. Les “Guanches” avaient aussi pour habitude de vivre dans des grottes. On peut encore en voir dans la région de Telde. C’est là, à flanc de montagne, que les derniers “Guanches” s’étaient réfugiés, pressés par l’armée espagnole, au XVe siècle. Les derniers, pour échapper à leurs envahisseurs, préférèrent sauter d’une hauteur vertigineuse.
 
Les habitats au sein des grottes sont toujours d’actualité. Six mille personnes ont choisi ce mode de vie à Gran Canaria. La preuve à Guadalyeque : un petit quartier existe perché dans la montagne. L’Etat impose tout de même des obligations, comme peindre sa maison d’une couleur distincte de celle de la roche. Ce qui permettra d’obtenir une adresse, puis l’eau et l’électricité, car ces “cuevas” disposent de tout le confort moderne ! Certaines sont dans les familles depuis des générations et ont été parfois aménagées et creusées à partir d’abris prévus pour les animaux. Il est aussi possible aux touristes d’en louer pour le week-end.
 
 
La Libre, Momento, Escapade, Gran CanariaSi, à cette hauteur, le paysage reste encore aride, il verdira au fil de l’altitude. Des changements drastiques peuvent apparaître en quelques centaines de mètres. L’expérience est, par exemple, à vivre sur la route entre Las Palmas de Gran Canaria et le point culminant de l’île, Pico de las Nieves. Plantes basses (euphorbe, aloe vera) et rocs bruns vont se voir remplacés, au fin d’un tournant, par une végétation plus fournie, puis par un sol moussu, et même de hauts arbres. C’est dû, notamment, à un phénomène local : la pluie horizontale – au fur et à mesure que l’on monte, l’eau que contient l’air se condense en épais nuage.
 
Au sommet, la vue plonge dans la caldera – une sorte de cratère - de Tirajana, de plusieurs km de long. Au fond, il n’y a plus de lave depuis bien longtemps, mais de petits villages groupés, ici et là, à flanc de montagne. Sur le versant sud de la montagne, protégé des nuages, on retrouve à nouveau rapidement les paysages désertiques. Résultat : il arrive que, pendant que les touristes se font bronzer sur les plages, à quelques dizaines de kilomètres de là, des randonneurs aient les pieds dans la neige. Le sport local est alors de ramener des bonshommes de neige jusqu’à la côte… Peu y arrivent…

 
Ph.: S. Devillers

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