Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

20/05/2013

Le monde entier est un cactus

La Libre, Momento, Pixels, Fishing CactusCatégorie reine des apps sur smartphones, le jeu vidéo mobile fait de l’ombre à Nintendo et Sony sur ce terrain. Explications avec Fishing Cactus, studio montois qui tire intelligemment parti de cette vague.

Rencontre: Michi-Hiro Tamaï


FASCINÉS PAR LE TSUNAMI “Angry Birds” et par d’autres success story moins médiatisées comme “Temple Run”, les créateurs d’apps ludiques jouent des coudes sur smartphones. La catégorie Games occupe ainsi la première marche du podium dans les boutiques en ligne des terminaux tactiles Android et iOS. Exemple éclairant de cette tendance installée depuis trois ans : les productions ludiques occupent (ce mois-ci) 17  % du catalogue de l’App Store d’Apple. Un score qui dépasse facilement celui des apps liées à l’éducation et au divertissement, ces dernières atteignant respectivement près de 11 et 9 %. Le gaming a beau claironner 145 078 titres sur iPad et iPhone, la plupart des jeux vidéo qu’on y trouve restent toutefois sans intérêt, ou tout simplement noyés dans la masse.

Même si des exceptions confirment la règle, le secteur arrive à un point de saturation, si bien qu’il faut des millions d’euros de marketing si on veut pousser un jeu mobile. Ça devient très difficile, et j’exagère à peine”, lance Andrea di Stefano, game designer et cogestionnaire de Fishing Cactus. “Face au jeu vidéo classique, l’attente du public est extrêmement basse par rapport au prix des jeux sur smartphones et tablettes. Cela veut dire qu’il faut en vendre des tonnes pour entrer dans nos frais. C’est aussi pour cela qu’un nombre croissant de nos titres passe en ‘free to play’. Cela amène de l’argent de manière plus régulière.”

La Libre, Momento, Pixels, Fishing CactusInstallée à Mons, à deux pas de Microsoft sur le parc Initialis, Fishing Cactus ne gravite d’ailleurs pas autour des consoles de Microsoft, Sony et Nintendo. “Paf le Chien”, un de ses titres emblématiques sur tablettes et smartphones, vit ainsi de ses microtransactions. Disponible gratuitement, ce jeu reprenant en partie le gameplay d’“Angry Birds” a ainsi drainé 1 million de téléchargements gratuits sur l’App Store d’Apple et le Google Play. “2 à 3 % des gens qui ont téléchargé le jeu ont ensuite acheté des contenus additionnels”, poursuit Bruno Urbain Studio Manager chez Fishing Cactus. “L’achat typique est de 99 cents, il s’agit d’accessoires permettant d’améliorer ses performances dans le jeu.”

La société montoise, lancée il y a cinq ans avec quatre personnes, tourne aujourd’hui avec une trentaine d’employés et 25 titres dans son catalogue. Affichant un chiffre d’affaires de 1,8 million d’euros en 2012, Fishing Cactus évite depuis lors le développement de jeux au long cours dont le non-succès peut s’avérer catastrophique. “Nous sommes multiprojets, nous préférons investir moins, mais avoir beaucoup de titres. Certains fondateurs de Fishing Cactus ont travaillé chez Tentacle et ne veulent plus tout mettre sur un gros jeu, c’est trop risqué”, précise Andrea di Stefano.

Car les jours des géants de l’industrie du joystick et de leurs machines “fermées” semblent comptés. L’idée de devoir payer des royalties et des coups d’adaptation élevés sur chaque machine est de plus en plus difficile à accepter. “Microsoft, Nintendo et Sony créent des consoles avec un objectif en tête : proposer au joueur des spécificités uniques. Pour nous, cela rend l’adaptation d’une plateforme vers l’autre très complexe et coûteuse. Porter un jeu d’iOS vers Android est nettement moins cher”, souligne Bruno Urbain.

Pas étonnant, dès lors, que des bureaux d’analystes comme IDC (International Data Corporation) prévoient, en outre, qu’en 2013, les gamers dépenseront plus d’argent sur tablettes et smartphones que sur la PlayStation Vita et la Nintendo 3DS. “Malgré un risque de saturation, tous les indicateurs du mobile gaming sont au vert”, poursuit Bruno Urbain. “Au Japon, après trois ans d’existence, GungHo, un développeur de jeux pour mobiles, vient de dépasser la valeur boursière de Nintendo.” Une situation inédite à l’échelle de la courte histoire du jeu vidéo. Et une avant-première de l’avenir du jeu vidéo ?

Les commentaires sont fermés.