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21/05/2013

La bonne personne

La Libre, Momento, Autoportrait, Jeremy Le VanJérémy Le Van est designer en applications mobiles. Ce Belge, parti faire ses études à San Francisco et maintenant installé à New York, est le cofondateur de la société Sunrise.


JEREMY LE VAN EN 6 DATES

8 février 1984 : je suis né à Uccle dans une famille multiculturelle, père d’origine vietnamienne et mère belge. Enfance à Wemmel avec une éducation bilingue dans des écoles bruxelloises.
 
2000 : je décide de poursuivre des études secondaires en internat entre Ath et Tournai après avoir vécu 16 ans à Bruxelles.
 
Septembre 2007 : après avoir étudié le graphisme au CAD à Bruxelles, l’intérêt pour le design m’a poussé à regarder au-delà des frontières. C’est donc naturellement que je me suis tourné vers les Etats-Unis et plus particulièrement San Francisco, berceau des nouvelles technologies, afin de poursuivre une spécialisation en design d’interaction.
 
Juin 2009 : je suis sélectionné par Apple parmi plus de 3 000 étudiants pour participer à leur conférence annuelle “Worldwide Developers Conference” à San Francisco pendant une semaine. Occasion unique de rencontrer des professionnels et discuter avec eux.
 
Eté 2011 : déménagement vers New York après 4 années à San Francisco avec une offre de contrat en poche en tant que designer en interfaces mobiles chez Foursquare, startup en pleine expansion.
 
Début 2013 : lancement de ma propre start-up “Sunrise” (www.sunrise.am). Il s’agit d’une application mobile dont le but est de remplacer le calendrier par défaut sur les téléphones de type smartphone.
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
J'ai lancé assez récemment ma propre start-up, et la rencontre avec mon associé a été une grande étape pour moi. On sous-estime souvent le fait de trouver les bonnes personnes avec qui travailler, mais quand on veut lancer son affaire, que ce soit en Europe, en Asie ou aux Etats-Unis, je crois que c’est important de trouver la bonne personne avec qui commencer cette aventure.
A la base, mon associé était un collègue, et cette rencontre a été une révélation au niveau humain. On a vécu ensemble pendant qu’on lançait la société, ce qui nous a permis de bien nous connaître. La connexion entre deux associés est très importante. Selon moi, une bonne société reflète deux fondateurs unis et qui sont totalement sur la même longueur d’onde.
Mon associé et moi avons toujours eu cette fibre entrepreneuriale, et nous étions à la recherche de la bonne personne, qu’on n’avait jamais vraiment pu trouver jusque-là. Professionnellement, on a compris qu’on pouvait travailler ensemble et, au-delà de ça, le soir, on est des amis. On a certains centres d’intérêt en commun, ce qui nous a aidés à ne pas avoir uniquement ce côté “business”, mais aussi, au-delà de ce qu’on crée, une amitié plus profonde. On aime bien prendre un café et discuter autour de grandes idées, juste pour savoir si tout se passe bien pour chacun de nous. On a une approche psychologique face aux problèmes, ce n’est pas seulement de la technique. On essaie de faire grandir notre société sainement et pas uniquement parce qu’on veut 50 employés. On est sur la même longueur d’onde à tous niveaux.
 
 
UNE PHRASE
 
Eventually everything connects – people, ideas, objects”, Charles Eames
Je pense souvent à cette citation qui résonne énormément avec mon expérience jusqu’à présent. Nous sommes souvent amenés à faire confiance à notre instinct lors de prises de décisions dans nos vies, qu’elles soient personnelles ou professionnelles.
 
 
TROIS FILMS
 
“Jiro Dreams of Sushi”, de David Gelb
Un documentaire qui est sorti l’an dernier et qui m’a énormément touché. Il a été tourné au Japon et raconte l’histoire d’un homme âgé – 80 ans environ –, un chef sushi étoilé et reconnu par le Guide Michelin, qui a travaillé pendant 60-70 ans. J’ai beaucoup de sympathie pour cet homme qui a fait la même chose pendant des années. C’est tellement rare de nos jours, où on change beaucoup de carrière et de vie, de voir encore des personnes liées à leur travail comme lui. Et puis, dans mon travail de designer, je me sens aussi connecté avec ce côté japonisant très épuré.
 
“Good Will Hunting”, de Gus Van Sant
J’ai vraiment apprécié que l’on montre la détermination de ce technicien de surface dans une université aux Etats-Unis, pas du tout exposé aux grandes idées, à la science, à la culture, mais qui, tous les soirs, essaie de répondre à des équations laissées au tableau par des profs. C’est un bel exemple de détermination qui reflète aussi mon expérience dans le sens où c’est avec la persévérance et la détermination qu’on arrive à ses fins.
 
 
 
“Memento”, de Christopher Nolan
Ce film raconte l’histoire d’un homme qui a perdu la mémoire et qui se souvient juste que sa femme a été assassinée. Il essaie donc de recoller les morceaux, et on retourne dans son passé tout en allant de l’avant. Dans la vie, on prend souvent des décisions par rapport à son passé, tout en essayant de construire petit à petit le futur. Le héros tente de reconstruire sa vie de zéro, et c’est intéressant, car, en tant qu’expatrié, on est un peu déconnecté de ses racines. On veut construire une histoire à l’étranger tout en restant connecté avec sa famille, ses amis. C’est aussi ce côté “connecté-déconnecté” qui m’a interpellé dans ce film.
 
 
TROIS LIVRES
 
“The Design of Everyday Things”, de Donald Norman
Au fil du temps, la psychologie des personnes reste la même, mais les outils et les objets dans le monde changent. Les cultures changent. Les technologies évoluent. Les principes de design sont toujours valables, mais la façon dont ils sont appliqués doit être modifiée pour tenir compte des nouvelles activités, technologies ainsi que méthodes de communication et d’interaction.
 
 
“Designing Design”, de Kenya Hara
Kenya Hara utilise dans son travail des icônes et des images japonaises longtemps négligées. Ce livre insiste sur l’importance du “vide” autant au niveau des traditions visuelles que philosophiques du Japon.
 
 
“Dieter Rams : As Little Design as Possible”, de Sophie Lovell
Rams est une des références au niveau de la conception d’objets, qui a su définir les règles de base de ce que représente le bon design. Ses principes continuent d’inspirer les créateurs et les consommateurs d’aujourd’hui.
 
 
TROIS LIEUX
 
Vancouver Island, Canada
Pour son aspect “nature” et son côté déconnecté du reste du monde “civilisé”. Cette île, située sur la côte ouest du Canada, est assez sauvage. J’y suis allé l’année dernière pendant 10 jours, et me retrouver dans cet endroit reculé, où il n’y a pas de réseau, alors que je suis quelqu’un d’hyper-connecté, m’a permis de me ressourcer complètement, de réfléchir sur moi-même.
 
 
San Francisco, Etats-Unis
C’est la ville dans laquelle j’ai vécu ma première expérience à l’étranger. En 2007, je suis parti étudier là-bas, et je m’y sens vraiment à la maison : j’ai encore énormément d’amis et de contacts sur place. J’ai noué une connexion assez profonde avec San Francisco, car j’y ai vécu des moments forts de ma vie, que ce soient mes débuts professionnels ou des moments de solitude en me trouvant jeune expatrié là-bas, coupé de la famille, des amis.
 
 
La Bavière, Allemagne
C’est l’Allemagne traditionnelle. J’y ai beaucoup de souvenirs d’enfance, j’y allais tous les ans, petit, avec mes grands-parents. Cette région représente l’Europe, mais aussi certaines valeurs fondamentales, comme la famille, des valeurs humaines, et aussi cette connexion avec la nature et la société. C’est un coin en Europe que je connais assez bien et que j’apprécie énormément de par son côté très sauvage, mais en même temps très civilisé, et aussi basé sur les traditions. L’Oktoberfest, par exemple, est un événement festif, mais qui reste traditionnel à la base.
 
 
UNE DATE
 
2004
Tsunami dans l’océan Indien.
Première fois qu’on entendait parler de tsunami à une échelle mondiale. Egalement une des premières fois que le monde se réveilla par rapport au réchauffement climatique, de ses implications face au futur de la société dans laquelle on vit, nos habitudes quotidiennes, et de notre planète.
 
 
Ph.: Mari Sheibley

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