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27/05/2013

Quand la vie bascule

la libre,momento,autoportrait,giovanni bruno,senzanome,chefFils d’immigrés italiens, Giovanni Bruno est chef du Senzanome. Le restaurant, qu’il tient avec sa sœur Nadia, a été nommé comme l’un des meilleurs restaurants italiens au monde hors d’Italie.


GIOVANNI BRUNO EN 6 DATES

17 mars 1955 : naissance à Caltanissetta, en Sicile. Maman avait juste 15 ans. Notre mère était une femme courageuse avec une forte personnalité. Mon père travaillait comme ingénieur civil et dirigeait des mines de soufre. Les choses n’étaient pas faciles, l’envie de changer de vie devenait une priorité. Mes parents décidèrent de quitter l’Italie.

Juillet 1970 : nous voici tous les sept fraîchement débarqués en Belgique ! Un changement de vie sociale, l’apprentissage du français… Mes parents, passionnés de gastronomie, désiraient ouvrir leur propre restaurant. Le premier restaurant familial, “Il Carretto”, vit le jour à Uccle.

Septembre 1977 : mariage à Londres avec Jackie et reprise du restaurant familial à mon compte. C’est là que j’ai tout appris, je me suis construit, j’ai rencontré le métier.

1981 : passionné par la conduite automobile, j’ai eu l’occasion de participer à une compétition provinciale en circuit. Le virus était né ! J’étais “accro” au point de remporter le Challenge Polo VW cup en 1986, les 24 Heures de Spa en circuit endurance 1re catégorie groupe A sur BMW M3 en 1990 et le championnat Procar Honda Integra à Zandvoort en 2003. Mais j’ai dû faire un choix entre passion et métier…

2000 : je rejoins ma sœur Nadia aux commandes du Senzanome alors que nos parents décident de rentrer au pays. C’est une nouvelle aventure et, surtout, c’est le moment pour moi de développer ma cuisine. Je voulais partager cette cuisine italienne qui me tenait à cœur, pas celle adaptée “à la belge”, mais celle de mon enfance, celle des produits du terroir. La récompense de l’étoile au guide Michelin en 2004 est un magnifique cadeau que je tente de préserver chaque jour avec fierté. La récompense au Gault&Millau du meilleur italien 2012 et celle de S. Pellegrino et Birra Moretti pour le meilleur restaurant italien en Europe hors Italie m’ont beaucoup encouragé.

2002 : naissance de mon fils Giorgio. J’avais 48 ans, une vie professionnelle intense, mais l’arrivée de mon fils m’a apporté un nouvel équilibre, une nouvelle vision des responsabilités et des priorités.


UN EVENEMENT DE MA VIE

15 juin 2002, décès de mon frère cadet, Cesare.
Un accident de voiture, idiot, nous a enlevé Cesare.
Il avait 35 ans, les autres passagers de la voiture s’en sont sortis… Pas lui…
La vie bascule pour toute la famille. C’était le “petit”, le “dernier”, celui qu’on couvait tous un peu. Il était aussi propriétaire d’un restaurant “Al Solito Posto”. Nous avions une relation de frères, mais mon rôle était aussi celui de conseiller professionnel. Dès qu’il avait terminé son service, il venait toujours nous rejoindre au Senzanome. Je sais que j’étais un exemple pour lui et cette admiration me touchait terriblement.
Notre maison familiale de Sicile a été rebaptisée “Cesare”. C’est notre ancrage; la famille, c’est sacré. On n’est jamais prêt à perdre un être cher, surtout si jeune…


UNE PHRASE

“Le respect, comme la confiance, ne se gagne pas, il se mérite.”
Je ne sais pas exactement d’où vient ce dicton, c’est une phrase qui a toujours été prononcée chez nous, et qui m’accompagne depuis toujours…

 
TROIS ACTRICES
 
Sylvia Kristel
Emmanuelle bien sûr, charme des premiers films érotiques… Mais aussi une rencontre vraiment touchante chez nous, au restaurant. Une femme discrète, tellement belle…
 
 
Carole Bouquet
Sa beauté mystérieuse, son charme un peu froid… A l’écran, elle dégage quelque chose de très différent des autres actrices. Nous nous sommes rencontrés chez mon ami Giuseppe Santoro (Un Altro Mondo), j’ai eu la chance de lui servir de guide au marché matinal… Sa passion pour le vin et son domaine en Sicile resteront des sujets passionnants échangés avec elle.
 
 
Maria Grazia Cucinotta
Qui ne se souvient pas de cette magnifique comédienne sicilienne dans le superbe film “Il Postino” ? Toute “mon” Italie… Je dois également avoir un faible pour les James Bond Girls…
 
 
TROIS FILMS
 
“La Grande Vadrouille”, de Gérard Oury, 1966
Première rencontre avec le cinéma français. C’est ce film qui m’a aidé à approcher la culture francophone, j’ai appris à rire et à pleurer en français… Une bonne base ! Comme pour beaucoup, il reste un grand classique pour moi.
 
 
“La Grande Bouffe” (“La Grande Abbuffata”), de Marco Ferreri, 1973
Un film insensé, sujet évident, de l’excès, de la bouffe, des comédiens hors normes : Mastroianni, Noiret, Piccoli, Tognazzi… Un film culte qui m’a vraiment marqué.
 
 
“A Table” (‘Big Night’), de Campbell Scott et Stanley Tucci, 1996
Du délire à l’américaine. Une histoire de vie dans un restaurant, une comédie sur l’adaptation aux normes américaines d’une cuisine italienne typique. Un sujet qui me touche beaucoup.
Une scène inoubliable : la recette du “Timpano (Timballo) di pasta al forno” :
http://www.youtube.com/watch?v=hn8_eKy3PdE.
J’ai eu la chance d’avoir été invité d’honneur à la Première en Belgique, un chouette souvenir.
 
 
TROIS SPORTS
 
Le sport automobile – F1, GT Tourisme
Une très grande passion, beaucoup de belles rencontres notamment avec Jacky Ickx. Fan de Riccardo Patrese, il paraît qu’avec l’âge nous nous ressemblons un peu… Si je n’avais pas été cuisinier ?
 
 
Le foot
Personne n’est parfait : je suis supporter de la Juventus ! Je soutiens le Standard… Je ne sais pas toujours pourquoi, mais ils sont courageux, persévérants et sympas… Pour la beauté du geste, j’adore le foot anglais.
 
 
Le tennis
J’aime le spectacle. Plus jeune, j’ai beaucoup pratiqué. Les années 80 ont été marquantes. Le show était total, de très grands et beaux joueurs, des rebelles aussi : Panatta, Connors, Eli Nastase, McEnroe… Et puis, plus récemment, le travail de “nos” Justine et Kim, quel bonheur de les suivre…
 
 
UNE DATE
 
11 septembre 2001
Ce n’est sans doute pas original, mais, vraiment, ce fut un tel choc de l’avoir vécu en direct à la télévision. Ce n’était pas du cinéma…
 
 
Ph.: Alexis Haulot

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