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01/06/2013

Roland-Garros à la loupe, sur France Télévisions

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Roland Garros, France TélévisionsInnovations technologiques, savoir-faire et passion sont au service des amoureux de la quinzaine, sur France 2, France 3 et France 4, pour cette saison encore. La dernière  ?

Reportage: Caroline Gourdin, correspondante à Paris


SI D’AVENTURE, LES INTERNATIONAUX de France de Roland-Garros devaient passer en d’autres mains que celles de France Télévisions, diffuseur officiel du tournoi depuis plus de 25 ans, la magie ne serait plus tout à fait la même. A tout le moins pour le téléspectateur, habitué au ton des commentateurs, mélange de classe, de décontraction et d’expertise. A l’automne, les droits de diffusion seront renégociés avec la Fédération française de tennis (FFT), en mal de financements pour ses projets de rénovation, courtisée par le groupe M6 ou la chaîne payante BeIn Sport. Il y a peu, Daniel Bilalian, le patron des Sports, nous assurait que le groupe public souhaitait conserver la main sur Roland-Garros. Sans toutefois pouvoir aller au-delà, sans doute, dans un contexte de crise, de sa dotation de 16 millions d’euros par an.

En ce jour pluvieux, où le ciel finira par nous offrir quelques heures de spectacle sur terre battue, les équipes de France Télévisions entament tranquillement leur quinzaine. Sur la terrasse qui domine le Court Central, le journaliste Laurent Luyat et la consultante Tatiana Golovin assurent leurs directs, pour la cinquième saison consécutive. “J’ai commencé à présenter Roland-Garros sur la terrasse en 2003, avec Henri Leconte. J’ai enchaîné avec Cédric Pioline, puis présenté seul en 2008, avant d’être rejoint par Tatiana en 2009. On s’est très bien entendus tout de suite. La première année, c’était un peu dur pour elle, parce qu’elle faisait le deuil de sa carrière sportive”, raconte Laurent Luyat. Il nous reçoit dans la loge de France Télévisions, en compagnie de cette ex-joueuse professionnelle, Française d’origine russe, qui a dû arrêter sa carrière en 2008 (pour des douleurs au dos). Sa frustration est palpable. “Le travail m’a aidé à vivre, à continuer à être positive, mais je préfère commenter les hommes que les femmes, parce qu’avec les filles, je me dis encore que j’aurais dû être sur le court”, confie-t-elle.

Le duo semble en tout cas mettre en confiance les joueurs, qui viennent de bon gré sur la terrasse, sans y être contraints par la Fédération française de tennis. A condition d’éviter photos, autographes et de ne pas les faire attendre. “L’an dernier, Nadal était venu en milieu de tournoi et la veille de sa finale. Je voulais le laisser tranquille, mais il a insisté pour venir. Ce jour-là, nous avons eu aussi Djokovic et Maria Sharapova, le soir de sa finale, qui, malgré ses réticences, m’avait dit la veille : ‘OK, s’il y a du champagne !’”, s’enflamme Laurent Luyat. Il se souvient de sa première invitée, il y a dix ans : Serena Williams. “Cela avait été épique. Elle avait été effrayée par la traversée du public pour rejoindre la tour de France Télévisions. Elle nous a accordé 1min30 d’interview, à l’américaine.” Le journaliste a ses chouchous : “Federer est passionnant, Nadal de plus en plus naturel, Djokovic pas antipathique mais pas aussi fantasque que sur le court. Tsonga est sympa. Gasquet, plus à l’aise qu’au début… Les joueurs savent qu’on n’est pas là pour les enfoncer avec Tatiana.” Et pourtant, il est des joueurs français, sans doute malmenés par la presse, qui n’ont jamais mis les pieds sur ce plateau, comme Amélie Mauresmo.

Laurent Luyat (qui anime le samedi matin sur France 2 “Côté match” et présentera “Village départ” sur le Tour de France) salue la couverture de France Télévisions. “Elle n’a pas d’équivalent dans le monde et s’adresse aux connaisseurs et à ceux qui ne regardent le tennis qu’une fois par an. Par exemple, les images tournées dans les vestiaires, autorisées il y a dix ans après une longue négociation avec la WTA et la FFT, permettent d’avoir des moments d’émotion, un autre regard sur le match, de comprendre les conséquences d’une victoire, d’une défaite, de voir comment les joueurs gèrent l’attente, en s’échauffant, en regardant la télé, en jouant à des jeux vidéo…” Ou en empruntant la caméra d’un journaliste, comme Novak Djokovic, avant d’affronter le Belge David Goffin.


UNE REALISATION AU PLUS PRES DES JOUEURS

Dans le car-régie qui jouxte le Central, Françoise Boulain attend, suspendue aux nouvelles de Météo France, devant des gouttes de pluie qui s’écrasent en gros plan sur les bâches vertes du Central. Réalisatrice sur Roland-Garros depuis les débuts de la retransmission par France Télévisions, elle relaie Fred Godard, réalisateur en chef de la quinzaine, et salue sa créativité. “Avant, sur le Central et le Suzanne Lenglen, il y avait cinq ou six caméras. Aujourd’hui, nous en avons 17 sur chacun des deux courts principaux ! L’objectif est d’être là sur chaque expression, multiplier les axes de vision, cadrer le plus possible au sol, à la hauteur des joueurs, sur le côté… Le suivi du jeu en plongée, nécessaire pour voir les lignes, ne permet pas de se rendre compte de la taille des joueurs, de la vitesse des balles…”

Il y a encore ces ralentis proposés par les super loupes, des caméras qui enregistrent 1 000 images par seconde, utilisées cette année sur toute la quinzaine : “C’est spectaculaire. On voit les muscles qui se gonflent, on peut découper les gestes techniques…, explique Françoise Boulain. La couverture du service public a inspiré beaucoup de télés étrangères.” Après avoir introduit la HD en 2006, la 3D en 2010 et les “super loupes” l’an dernier sur les derniers tours, France Télévisions innove encore en testant le format ultra-haute définition 4K, en deuxième semaine. C’est encore sur Roland-Garros qu’on vit apparaître la “cable cam”, cette caméra en forme de boule suspendue à un petit avion, téléguidée sur un câble entre le Lenglen et le Central. Pour alimenter ce dispositif d’antenne impressionnant, pas moins de 170 personnes (cadreurs, preneurs de sons, machinos, électros…) se relaient en coulisses. Dans le car-régie, la concentration est de mise, “surtout au démarrage, et pour les demi-finales et les finales”, avance Yves Jardon, le chef du car-régie. Il peut aussi y avoir des moments de stress, en cas de panne par exemple. D’où la nécessité, avant de se lancer dans l’événement, de faire des répétitions, d’emplacements de caméras, de liaisons entre les cars, les caméras et les journalistes.

Hors régie, centrée sur les courts et le studio en terrasse, d’autres équipes, légères, tournent des images : les joueurs qui arrivent en voiture, les interviews ou l’ambiance dans les vestiaires, où seuls des journalistes reporters d’images (JRI) sont autorisés à pénétrer, caméra à l’épaule, pour ne pas gêner les joueurs.


Ph.: France Télévisions

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