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03/06/2013

Wartburg, un symbole allemand

La Libre, Momento, Vie  de château, Wartbrug, EisenachLa Wartburg est un des symboles majeurs de l’Allemagne préimpériale et impériale. Le rôle de Wagner, la mode médiévale du XIXe siècle, la présence de sainte Elisabeth de Hongrie puis celle de Luther en ces lieux font que le château est une source permanente de fierté.

Philippe Farcy


À EISENACH, ENTRE FULDA et Gotha, dans ce cœur historique de l’Allemagne profonde dont les vallées et les plaines sont couvertes de bois à perte de vue, surgit un mastodonte digne en volume du château de Marburg, à Braubach, sur le Rhin. La Wartburg fut la résidence des margraves de Thuringe dont les titres furent repris par la famille des Saxe. Mille ans d’Histoire locale puis nationale trônent ici avec superbe, et la visite des lieux, comme d’Eisenach que le château protège, est passionnante. Ce sont là des lieux que la mise à bas des fils électrifiés du rideau de fer permet à nouveau d’aborder. Au fur et à mesure que les années passent, les chancres laissés par la RDA s’effacent. Villes et villages reprennent couleur et foi dans l’avenir. Il y a juste les populations qui ne sont pas revenues après être parties vers un Occident plus prometteur. Eisenach compte encore 40 000 habitants quand il y en avait 55 000 voici 25 ans. Mais le tourisme et l’importance des sites à visiter aux alentours feront revenir une jeunesse encore frileuse.

La fondation du château fort, officielle ou non, légendaire en partie, remonte à 1067. La littérature sur ce monument abonde, et il suffit de chercher un peu sur le Net pour se rendre compte de l’immensité des choses, des gens, des moments qui se collent encore aux murs. Certains, toutefois, ne sont guère vieux. Car, au contraire de Marburg qui est presque intact, la Wartburg, aujourd’hui classée au patrimoine de l’Unesco, a beaucoup changé au fil du temps. Cela tient au transfert du siège du pouvoir au XVe siècle vers Gotha puis vers Weimar. Le musée historique qui se trouve là-haut, perché à 460 mètres d’altitude, soit 180 mètres de plus qu’Eisenach, conserve des tableaux et gravures anciens qui fixent la part de ruines que le château fort a connues. Il aura fallu attendre l’intervention d’un prince de Saxe-Weimar-Eisenach au XIXe siècle pour que les bâtisses prennent leur aspect actuel. Et ce fut une folie éclectique incroyable dont le programme s’arrêta un peu avant la Grande Guerre. Peut-être est-ce Wagner qui permit de remettre le château en un état idéal. Le compositeur, dont on célèbre le 200e anniversaire de la naissance (né le 22 mai 1813), fut soutenu dans la seconde partie de sa vie par le jeune roi Louis II de Bavière. Wagner utilisa les lieux pour y placer une grande partie de l’histoire de Tannhaüser (joute de chanteurs ayant eu lieu en 1207) créée à Dresde en 1845. La force de ce premier grand succès de Wagner, avec le château de la Wartburg en vedette, insuffla sans doute le besoin de remettre le château aux goûts du jour, selon les désirs du grand-duc Charles-Alexandre de Saxe-Weimer-Eisenach. D’autant que toute l’Europe était enflammée par la redécouverte de l’époque médiévale.

Les premiers éléments visibles, une fois grimpée une côte abrupte, sont les plus anciens. Le fossé sec et le pont dormant précèdent des façades enduites et, derrière la magnifique porte à deux vantaux du XVe siècle, on découvre une première cour triangulaire où tout est colombage, sauf une tour en moellons. Au-delà, une seconde cour descend vers les forêts comme un tremplin vers une tempête de verdure secouée par les vents infinis. Sur la gauche, une très longue aile de style roman, dont les façades ont été remontées par le grand-duc précité, renferme les plus anciennes pièces du château. C’est là que vécut sainte Elisabeth de Hongrie, mais aussi Luther qui y traduisit le Nouveau Testament.

Eisenach, terre natale de la famille Bach, est à quatre heures de train de Bruxelles. Cela prend trois heures avec l’ICE jusque Francfort, puis une heure par un train de la DB, bucolique, longeant rivières et prairies. La ville est ancienne, possède un palais princier, des églises gothiques et un hôtel de ville renaissant. Et c’est là que les Allemands de l’Est construisaient leur plus belle auto : la Wartburg.

Renseignements utiles : www.wartburg-eisenach.de


Ph.: Ph. FY.

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