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04/06/2013

Jardiner au pied des terrils

La Libre, Momento, Dehors, jardin, terril, sol, Sophie AttoutPrès de Charleroi, Sophie Attout met en scène ses rêves jardiniers. Plus encore, elle partage son savoir-faire et ses expériences sur un site et un blog qui font référence auprès des passionnés.

En balade: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


LORSQUE LE TEMPS VINT pour Sophie et Olivier Attout d’acheter une maison, l’endroit importait peu, pourvu qu’il y ait de l’espace où s’adonner au jardinage.

En 1986, ils s’installent à Roux. A l’arrière de la maison, le terrain en pente descendante est orienté vers le Sud. Une longue bande de 100 m sur 17 m. L’ensemble est en plein cœur du bassin houiller, avec une très belle vue sur un des premiers terrils à faire l’objet d’un classement. Très vite, elle comprend que le passé minier de la région a laissé son empreinte dans le jardin.

Le sol est proche de celui des terrils. Longtemps, des gens ont été payés pour étaler aux environs les résidus d’extraction. Ses caractéristiques sont très spécifiques. Une terre noire et légère sur des restes d’exploitation du charbon. Certes, la végétation démarre vite au printemps, mais la moindre sécheresse y est catastrophique. Immédiatement, elle comprend que les plantes appréciant la fraîcheur ne pourront s’y établir. La pente augmente encore le drainage naturel. Le vent, parfois violent, n’arrange rien. D’autre part, le taux d’alcalinité écarte toute plantation de rhododendrons et autres acidophiles. Les exigences du lieu sont telles que chaque plantation demande réflexion, patience et stratégie. Jardiner ici, c’est confronter son imaginaire, ses rêves éveillés, au réalisme intransigeant de la nature du lieu. Le paillis est un allié efficace et indispensable, malgré sa propension exaspérante à accueillir les limaces. Ici, déclarées ennemi public numéro un. Dès le printemps, après le grand nettoyage, le sol est à nouveau recouvert pour préserver un peu de fraîcheur et l’amender.

Deux premiers enfants, suivis de triplés et un horaire d’enseignante en Histoire comblent chaque instant de ses journées. Durant les minutes qui restent disponibles, elle se détend en se documentant sur les arbres à planter. Un cerisier et un tilleul furent ses premiers pensionnaires. Elle ne referait probablement pas le même choix aujourd’hui.

Entre-temps, le jardin s’agrandit de la parcelle d’à côté, jumelle de la première. De quoi stimuler imaginaire et plantations. Et de nouveaux arbres sont choisis en fonction de la beauté de leur port, de leur écorce, de leurs couleurs d’automne ainsi que de leur floraison.

Chaque année, Sophie Attout et son mari prennent le chemin de l’Angleterre à la découverte de nouveaux jardins. L’œil à l’affût, elle observe les structures, les plantes et l’atmosphère qui en découle. Ces images, elle les transforme, les mûrit et s’en enrichit. Planter est aussi pour elle une œuvre de l’esprit. Le subtil mélange qui existe dans cette activité entre l’intellect et le manuel l’enchante. Avant tout, son jardin doit rester familial. Pas question d’un jardin sophistiqué ou d’apparat. L’amour des plantes et de la nature imprègne le lieu, et une vraie douceur de vivre baigne l’ensemble. Une haie d’ifs donne la structure de base sur laquelle s’appuient les massifs fleuris. Aujourd’hui, elle procéderait différemment. Au lieu de dessiner les parterres le long des haies, elle les installerait au milieu pour qu’ils profitent davantage de l’ensoleillement. Quand on débute, précise-t-elle, on croit que planter au centre va rétrécir l’espace, alors que ce n’est pas le cas. De son passage chez Rosemary Verey, elle retient les grands massifs qui bordent la terrasse et calque leurs formes sur celles des fenêtres de la maison. Ils lui servent d’écrin.

L’allée légèrement en diagonale incite à descendre lentement vers le potager entouré de hêtres. Le jardin ne se révèle jamais d’un seul coup d’œil et ménage bien de jolies surprises au promeneur sous le charme.


Un site et un blog
Sophie Attout crée d’abord son site, elle y fait des reportages, partage ses expériences. Très complet, il apporte, à lui seul, de nombreuses réponses. Des infos pratiques et des visites virtuelles de jardin. Des fiches descriptives de plantes par ordre alphabétique, quelques synthèses, une bibliothèque avec lexique, liens et livres. Des récits de voyages avec itinéraire, et tout ce qu’il faut savoir pour un séjour idyllique principalement en Angleterre, mais aussi en France et en Belgique. Tout cela, cependant, lui semble un peu distant et froid. Alors, elle y ajoute un blog. Plus direct, moins formel, c’est l’espace de l’instant présent, du réel. Avec les nouvelles du jour, les trucs, les bonnes idées et les états d’âme liés aux mille et un aléas de la vie jardinière. L’un comme l’autre sont à découvrir absolument par tous les passionnés. Un réel échange de savoir-faire, un contenu rigoureux, un ton chaleureux, du rêve et des rêves jardiniers…
www.lejardindesophie.net
lejardincesttout.typepad.com


Ph.: S. Attout

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