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09/06/2013

Bayreuth, entre folie et sobriété

La Libre, Momento, Vie de château, BayreuthBayreuth, c’est le temple de la musique wagnérienne, mais c’est aussi un haut lieu de l’architecture baroque et des décors rocailles. La petite cité est un théâtre grandeur nature, à consommer sans modération.

Philippe Farcy


NOUS VOUS ÉVOQUERONS cette semaine Bayreuth pour faire bon droit à un voyage wagnérien récent. Après vous avoir partagé l’émerveillement devant la Wartburg, voici le tour de Bayreuth où tout n’est pas Wagner. Certes, l’immense compositeur est-il présent, surtout en cette année de son bicentenaire, mais il y a à Bayreuth d’autres personnalités éminentes qui rendent la petite ville presque aussi riche en ombres que la passionnante Weimar.

Il y a d’abord Wilhelmine de Prusse (1709-1758), sœur aînée de Frédéric le Grand. Elle devint la margravine Frédérique de Brandenbourg-Bayreuth, de la Maison des Hohenzollern. Avec son mari, elle a d’abord donné à la cité de petits airs versaillais, puis une assise intellectuelle en fondant une université déplacée à Erlangen et fusionnée depuis avec Nurenberg. Bayreuth leur doit son aspect baroque, affichant tant de la rigueur dans les lignes de certaines rues et de grandes demeures comme la Friedrichstrasse, que de l’allégresse, avec ses formes chantournées, ses éblouissements constructifs. Le point d’orgue dans l’exubérance, c’est le théâtre lyrique datant de 1744-1748 (inscrit au patrimoine de l’Unesco). Enfin, il y a les parcs (Hofgarten et Ermitage) délicieusement ornés de sculptures et de bassins.

Wilhelmine de Bayreuth fut compositeur; on lui doit plusieurs concerti et même un opéra, donné en 1740, pour l’anniversaire de son époux. Grâce à ce couple qui eut une fille mariée à un duc Charles-Eugène de Wurtemberg, Bayreuth vaut donc le déplacement, mais pas seulement pour ces princes éclairés.

La cité compte aussi parmi ses habitants de grande valeur un certain Jean Paul, éminent auteur littéraire, ami de Wagner. Sa maison est conservée et une autre maison abrite un musée à son nom. Puis, il y a Franz Liszt, génie lui aussi, qui vint terminer sa vie en Franconie, auprès de sa fille Cosima qui était devenue madame Wagner. Sa maison est conservée et sert de musée. Il est enterré dans le cimetière de la ville, à quelques pas de la tombe des descendants Wagner. Richard Wagner et Cosima n’y sont pas, car ils dorment dans le jardin de leur maison, derrière le palais des Margraves. Bayreuth, c’est aussi une entreprise historique de fabrication de pianos, chez les Steingraeber. On peut visiter la maison et parfois les ateliers tout proches.

Il y a enfin le “Festspielhaus”, construit en dehors de la ville pour abriter les productions hollywoodiennes de Wagner. Là aussi, on touche à l’enchantement, et pour cause.

Mais revenons au principal édifice baroque de Bayreuth, à savoir le palais, datant de 1754. C’est le nouveau château qui fit suite à l’ancien, perdu dans un incendie du 27 janvier 1753, emportant avec lui pour un million de thalers de meubles et de bijoux. On reconstruisit assez vite le nouvel édifice de représentation des souverains locaux en s’inspirant du palais de Charlottenburg à Berlin. Ordre est donné à l’inspecteur des bâtiments, Joseph Saint-Pierre (1709-1754), d’origine française, mais nommé à ce poste depuis 1743, de reconstruire. Le projet sera terminé par l’architecte Carl von Gontar. C’est Saint-Pierre qui a géré le chantier du théâtre lyrique érigé sur les plans des Bibbiena. Il fit l’hôpital de Bayreuth et l’église attenante. Enfin, on lui doit l’hôtel de ville de Kulmbach. L’extérieur du palais est monumental et linéaire, mais sans prétention. Sans être immense comme à Radstatt, il développe quand même près de deux fois dix-huit travées de part et d’autre du massif central en large ressaut, animé de quatre colonnes à chapiteaux corinthiens, scandés de baies en plein cintre et à petits-bois et précédés de balcons. Au rez, la travée centrale sert de voie carrossable. L’intérieur, par contre, est d’un effet rocaille qui tient du délice absolu par la variété des motifs stuqués dus aux ciseaux d’Adam Albini et le jeu des couleurs, quand ce ne sont pas des effets de vitres brisées ou non qui tapissent des cabinets, et ce, jusqu’aux plafonds. Les salles sont relativement peu meublées. Elles servent de musée, et on y trouve, entre autres, une suite de douze toiles en camaïeu illustrant “L’Entrée triomphale d’Alexandre à Babylone”, peintes par le Liégeois Gérard de Lairesse vers 1675 et provenant du château de Mannheim (voir Alain Roy, Arthena, 1992, p. 278).

Tous renseignements sur www.bayreuth.de. Le palais se visite sans peine.


Ph.: Ph.Fy.

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