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10/06/2013

Juste un peu en retard...

La Libre, Momento, Autoportrait, Carle de PascaleLa voix et le visage de Carlo de Pascale sont connus des auditeurs et spectateurs de la RTBF, puisqu’il y est chroniqueur. Il est le cofondateur de l’épicerie fine bruxelloise “Mmmmh !”.


CARLO DE PASCALE EN 6 DATES

3 septembre 1964 : je nais à Suresnes dans les Hauts-de-Seine. Mes parents sont pourtant installés à Bruxelles depuis longtemps, ils s’y sont connus.

Septembre 1972 : je rentre en 3e primaire au Chant d’Oiseaux à Woluwe-Saint-Pierre. A l’heure où on remet sans cesse en question l’enseignement, je peux dire que j’ai vécu une sorte de paradis scolaire. La classe était organisée en groupes de travail, on apprenait plein de choses sur tout.

Septembre 1976 : je rentre en 6e latine à l’Athénée Adolphe Max. Nous montons en classe avec le professeur de latin qui nous demande: “Messieurs, un peu de silence !” Je décoderai plus tard tout le poids – et tout le mérite – de cet enseignement. Là, je suis un peu oppressé par tout ce formalisme, ce lieu sinistre où je finirai par passer de belles années.

Février 1996 : Perbacco, Vini & Cucina. J’ouvre mon restaurant à Saint-Gilles avec ma femme, Véronique. J’ai une licence en droit et une carrière de consultant en “Public Affairs” européennes de 7 ans. Je change de vie. Je suis fou de cuisine italienne depuis longtemps, je ne connais rien à la restauration. En trois mois, j’apprends presque tout. 7 dures années d’apprentissage; je ne regrette rien. J’y donne mes premiers cours de cuisine sous l’impulsion d’une amie, Renée Schifman. Depuis 2009, grâce à Mmmmh !, Perbacco revit un soir par an. Cette année, c’est le 21 juin.

Décembre 2003 : la Sprl Mmmmh ! est créée, avec Jean-Patrick Scheepers qui était venu me trouver en me disant : “Tu sais, tes cours de cuisine du dimanche, on peut en faire beaucoup plus, faudrait peut-être juste que ça dure moins de 8 heures.” Quelques années plus tard, Mmmmh ! devient un magasin de 500 m² avec plus de mille événements culinaires par an. J’ai la chance immense de réconcilier mes deux carrières, celle de consultant chef de projet et celle de chef.

Septembre 2005 : Jean-Pierre Hautier et Sophie Moens me proposent… d’animer des chroniques culinaires en radio. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être toujours le chroniqueur de Sophie Moens dans “Bientôt à Table” (le samedi, à 11h, sur la Première) et de participer chaque semaine à l’émission “On n’est pas des pigeons” sur La une et sur Vivacité.


UNE PHRASE

“Tout au long de cette vie tumultueuse où j’ai donné la joie sur d’innombrables sommiers dont j’ai oublié le nom, j’ai compris qu’on pouvait juger de la sensualité d’une femme, ou d’un homme, bien sûr, mais ce n’est pas tellement mon truc, simplement en observant son comportement à table. […]”, de Pierre Desproges

Je préfère une citation extraite de l’œuvre de mon humoriste favori, plutôt que de vous sortir une phrase de Gandhi ou d’Einstein. S’il ne faut, certes, pas vivre uniquement pour manger, manger bien est une forme essentielle de respect de soi-même. Ce que nous mangeons, avec qui nous mangeons, révèle beaucoup sur nous-mêmes, et, surtout, manger à plusieurs, nous emmène tellement plus loin que le simple fait de manger…


UN EVENEMENT DE MA VIE

La naissance de ma quatrième fille, Elena, le 5 mars 2006. Tout d’abord, je dis toujours que j’ai quatre filles, même si la première, Sophie, était là avant que je n’arrive dans la vie de sa mère. Et cette quatrième, dernière arrivée, est la suite d’un processus fondateur d’une famille où une fille est devenue mienne (tout en gardant son père, on suit ?), parce que mes filles sont ses sœurs. Pourquoi la naissance d’Elena précisément et pas celle de ses sœurs ? Parce que je n’étais pas là, et je n’étais pas là, parce que j’étais en vacances avec Chiara et Giulia, et nous avons raté la naissance de quelques heures, bloqués par la neige.
Elena, qui est arrivée avec l’âge presque mûr (celui qui précède l’âge pourri, disait Desproges), m’a reconnecté avec la petite enfance des trois autres – qui était passée trop vite – et m’a aussi fait prendre conscience que dans une famille nombreuse, on peut ne pas être là pour tout le monde en même temps, et qu’il faut des moments privilégiés avec chacun. Nous n’étions pas là, mais nous étions à trois, et nous sommes arrivés un peu en retard…


TROIS LIVRES

“Le Guépard”, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Même si je ne fais pas mienne la maxime du Guépard – “Il faut que tout change pour que rien ne change” –, il se dégage de ce livre une musique qui vous porte. Ce livre ne rend pas différent, et la littérature n’a pas cette vocation. Il est pourtant une de ces œuvres majeures, tous arts confondus, pour aimer encore plus la vie.


“Atlas mondial des cuisines et gastronomies : Une géographie gourmande”, de Gilles Fumay
Un petit bouquin plein de tableaux, cartes, statistiques, qui permet de comprendre en quelques pages la vaste diversité du monde du manger et du boire. Un ouvrage de référence que je consulte très souvent.

“Le Ventre de Paris”, d’Emile Zola
J’ai adoré Zola à l’école, j’aime moins quand je le relis aujourd’hui. Mais je garde un faible pour le “Ventre de Paris” (et depuis que je suis aussi détaillant, j’ai envie de relire “Au Bonheur des Dames”). Zola est sûrement beaucoup trop pessimiste et noir, mais son approche, sa description, son tableau du monde du commerce de l’alimentation restent uniques.


TROIS FILMS

“Le Déclin de l’Empire américain”, de Denys Arcand
Un film sans héros. La qualité des dialogues, la réflexion sur la vie, la recette du Koulibiac, l’humour et le tragique, l’ode à l’épicurisme et à la gourmandise, l’unité de temps et (presque) de lieu donnent une intensité parfaite à ce qui aurait pu n’être qu’une petite comédie. J’ajoute à ça, la cadence et l’accent québécois, et je capote !

“Caro Diario”, de Nanni Moretti
J’aurais pu choisir n’importe quel film de Nanni Moretti, sauf peut-être “La Chambre du fils” qui est un beau film, mais que je n’aime pas. La vie, la maladie, l’éducation des enfants, la télévision, l’art, le soleil, les îles, un concentré des traits sociologiques de l’Italie d’aujourd’hui.

“Un éléphant ça trompe énormément” et la suite, “Nous irons tous au Paradis”, d’Yves Robert
Le précurseur du film “choral”, des dialogues ciselés (ce qui manque terriblement aux comédies françaises d’aujourd’hui), une comédie qui, au-delà de l’humour qu’elle contient, est une peinture de mœurs de la société française des années 70, et surtout une galerie d’acteurs au meilleur de leur forme. J’ai du mal aujourd’hui à retrouver dans le cinéma français la densité de ces deux petits bijoux.


TROIS LIEUX

Bruxelles
J’adore ma ville, j’aime y travailler, j’aime le fait de participer avec ma toute petite pierre à sa vie économique. J’aime l’architecture Art nouveau – celle qui reste –, le vert omniprésent, cette possibilité de vivre en ville sans que la ville ne soit trop agressive. Je n’aime pas tout ce qui l’a défigurée, les autoroutes urbaines, les chantiers qui ne finissent jamais, le fait qu’elle donne l’impression de ne pas avoir les moyens de son statut.

Cavo - Isola d'Elba
J’y vais depuis 1967. L’île d’Elbe est belle à couper le souffle, même s’il y a quelques morceaux de moche dedans, comme certaines plages mal entretenues. Maquis, Méditerranée, fer, granit, pins parasols, sable noir, climat tempéré, sorties en mer, pesto avec les pignons de pin des pommes de pin au sol, et, surtout, famille, amitiés et souvenirs parmi les plus beaux. Un lieu où je ne peux pas retourner sans une nostalgie immense.

Cumières - Marne
Le berceau de ma famille maternelle, le village de naissance de ma grand-mère, fille et petite-fille de viticulteurs. Cumières, comme village, ce n’est pas très joli (beaucoup moins qu’Hautvillers, juste au-dessus), mais le vignoble est superbe. J’y ai encore des tantes et cousins issus de germains. J’y ai appris tout ce que je sais sur le champagne, la prise de mousse, le rouge qui fait du jus blanc, le dégorgeage, le dosage, et, surtout, l’amour de travail bien fait, soigné. Mon grand-oncle, Lucien Leclerc, y produisait de superbes vins typiques de la Vallée de la Marne. Vineux, expressifs, charpentés. J’ai bu, il y a trois ans, un de ses vins, la dernière bouteille qu’il nous restait (du 79), un peu oxydée, avec un perlage encore délicat, un grand moment.


UNE DATE

16 novembre 1989
La chute du mur de Berlin.
J’ai une vraie passion pour l’Histoire – même si je suis un dilettante total – et plus encore pour l’histoire contemporaine. Je me méfie comme de la peste des jugements et des prises de positions radicaux, je n’aime pas que l’on focalise le bien ou le mal à tel ou tel endroit, mais, étant né à une époque où le rideau de fer existait, on avait fini par croire que cet équilibre géopolitique Est-Ouest était une donnée intangible du XXe siècle. Voir tomber ce mur ignoble m’a donné l’impression, ce jour-là, en ouvrant le journal au bureau, d’être témoin d’une de ces dates que l’on retrouverait dans les livres d’Histoire.


Ph.: Johanna de Tessières

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