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16/06/2013

Okinawa, l'autre Japon

La Libre, Momento, Escapade, Japon, OkinawaComposé de quatre grandes îles principales, le Japon compte également une kyrielle d’îles magnifiques au large de sa pointe sud. Okinawa, la plus connue d’entre elles, n’est pas la plus authentique mais offre une excellente introduction à cette partie du pays relativement méconnue en Europe.

 
Découverte: Valentin Dauchot

LE JAPON N’A PAS LA RÉPUTATION d’être un paradis tropical. Pourtant, 1 600 km au sud de Tokyo, deux préfectures regorgent de récifs coralliens et de plages de sable blanc éparpillées sur plus de 600 km. Un archipel sous l’Archipel, coincé entre la mer de Chine et l’océan Pacifique dont l’île la plus illustre est sans conteste Okinawa-Honto. Plus grande, plus touristique, et plus développée que ses dizaines de consœurs, elle est tristement célèbre pour les terribles affrontements dont elle fut le théâtre pendant la Seconde Guerre mondiale et constitue une base idéale pour visiter les environs. A peine sorti de l’aéroport de Naha, sa capitale, le voyageur est pourtant pris d’un sentiment étrange, une sorte de déception tropicale à la vue de la succession de blocs de béton de quatre à six étages typiquement japonais encastrés dans une nature verdoyante. Comme si Tokyo ou Osaka avaient été mélangés avec une station balnéaire thaïlandaise.
 
 
Malheureusement, les choses ne s’améliorent guère quand le bus s’engage dans Kokusai Dori, artère commerçante par excellence où un nombre impressionnant de restaurants locaux, fast-foods américains et magasins de souvenirs rivalisent d’intensité lumineuse et de pollution sonore. On ne sait pas très bien si le public visé est occidental ou japonais, mais l’intérêt de l’artisanat exposé est inversement proportionnel aux efforts déployés par les crieurs publics pour attirer le chaland, trop occupé à chercher un Dafalgan et une issue de secours pour sortir son portefeuille. Seule petite pointe d’exotisme : les palmiers minutieusement plantés de part et d’autre de la rue pour donner une touche tropicale à ce panorama clinquant, soutenus par la moiteur de l’atmosphère et l’odeur particulière du béton humide.
 
La Libre, Momento, Escapade, Japon, OkinawaDe cette vision d’horreur se dégage malgré tout un certain charme. Hors saison, l’absence des hordes d’adolescents japonais à la chevelure colorée qui envahissent l’île pendant l’été favorise le contact avec la population locale. Les quartiers les plus charmants du centre sont regroupés dans trois grandes arcades, où les retraités passent des heures à discuter derrière les stands qui proposent des Tempura, de roboratifs beignets traditionnels de poisson ou de légumes à déguster avec une petite sauce épicée. Le marché aux poissons et les quelques villes avoisinantes offrent eux aussi une agréable visite, mais le véritable charme d’Okinawa, celui qui justifie pleinement le déplacement, est ailleurs. Dans les zones sauvages du Nord, où la jungle préservée offre quelques belles promenades et l’une ou l’autre plages désertes. Un peu plus bas, au Nord-Ouest, où un aquarium gigantesque abrite des requins-tigres, quatre espèces de tortues de mer, et ce qui doit être le plus grand bassin aquatique du monde où logent deux baleines, cinq raies manta, une dizaine de thons jaunes et beaucoup d’autres poissons locaux dont le nom est plus difficile à retenir.
 
Le bus local qui amène de Naha à l’aquarium longe une côte ouest entièrement dévouée à la baignade et forte de quelques points de vue saisissants, mais qui intrigue davantage le visiteur par le nombre impressionnant de bases militaires américaines croisées en chemin. Tout le long, d’immenses clôtures bloquent le passage vers de grands hangars bien visibles où vivent plus de 20 000 soldats américains et 30 000 membres de leurs familles. Douloureux souvenir de la Deuxième Guerre mondiale pour la population d’Okinawa, où une bataille sanglante fit 250 000 victimes japonaises dont 100 000 civils okinawaiens. Quand le Japon capitule officiellement en 1945, il renonce à toute activité militaire et se place sous la protection des Etats-Unis qui installent sur l’île leur contingent militaire le plus important à ce jour avec les troupes stationnées en Allemagne. En bon vaincu, l’Archipel leur cède la gestion de son économie et de sa politique mais retrouve son autonomie en 1952. Pas Okinawa, qui reste sous contrôle américain et sera finalement restituée aux autorités nippones en 1972. Les bases, elles, restent solidement implantées et jouent un rôle essentiel pendant les conflits qui engagent les Etats-Unis en Corée et au Vietnam.
 
 
Bien qu’une partie de la population soutienne la présence de cette force qui emploie près de 9 000 Okinawaiens et contribuerait, de source militaire, à alimenter entre 5 % et 9 % de l’économie locale, d’autres y voient un triste vestige du passé et une injustice historique. Il suffit alors d’une triste affaire de viol perpétré au début des années 90 par trois soldats américains pour mettre le feu aux poudres et embraser la cohabitation. Ni une, ni deux, les bases sont éloignées des hauts lieux de fréquentation, un couvre-feu est imposé, et une nouvelle agression sexuelle commise l’année dernière entraîne l’interdiction de consommer de l’alcool en dehors de la base pour les soldats américains. S’il n’est pas du ressort du visiteur de se prononcer sur la situation, il lui est impossible d’ignorer l’influence américaine sur l’île et la relation ambiguë qu’elle entretient avec les habitants. A l’image de cet American Village où se mélangent plage huppée et restaurants typiquement yankees très prisés par les touristes japonais, et situés juste en face de la base des US Marines.
 
Les amateurs de plages tranquilles et naturelles passeront leur chemin pour descendre plus au Sud où les infrastructures sont moins tape-à-l’œil et tout aussi accessibles. Quant aux voyageurs en quête d’authenticité, de paradis naturels et de trekkings dans la jungle, ils auront vite fait de prendre un bateau vers les autres îles des environs, ou un avion pour découvrir la vraie merveille de la région : les îles Ishigaki et Iriomote, à découvrir dans votre “Momento” de la semaine prochaine.
 

Ph.: Valentin Dauchot

15:34 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, japon, okinawa | |

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