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18/06/2013

Des ruches en ville

La Libre, Momento, Papilles, miel de Bruxelles, Michel TondeurRencontre avec Michel Tondeur, l’un des producteurs du miel de Bruxelles. L’occasion d’en savoir un peu plus sur le monde mystérieux des abeilles…


Mise en bouche: Laura Centrella & Hubert Heyrendt

IL FAIT BEAU EN CETTE FIN MAI. Le soleil brille sur la rue Gatti de Gamond à Uccle. Une fois la porte d’une belle maison bourgeoise passée, on découvre un secret bien caché. En pleine ville, Jacqueline Merlin et son mari cultivent un grand jardin, ou plus exactement une pépinière baptisée “Hortus”. Sur les innombrables fleurs, butinent bourdons et autres abeilles. Tandis qu’un peu à l’écart, on trouve cinq ruches, celles de Michel Tondeur. A 69 ans, cet ancien zootechnicien ayant fait toute sa carrière en Afrique dans les grands élevages de bœufs est un passionné de nature et du mystère des abeilles. Passion qu’il a découverte sur le tard, lors de son retour en Belgique pour y passer sa retraite.
 
Installé dans la maison de ses parents à Grez-Doiceau, M. Tondeur décide de s’occuper du verger familial en faisant polliniser ses arbres. Mais aucun apiculteur dans le coin… Il fait donc appel au Centre apicole de recherches et d’informations de Louvain-la-Neuve, qui, sur demande, déplace des ruches pendant la période de pollinisation. Le jeune retraité reçoit ainsi 4 ruches et les bons conseils d’un apiculteur. Cela suffit pour que le virus de l’apiculture le pique. En 2002, il achète 10 ruches ! Aujourd’hui, il en possède une quinzaine, réparties entre Grez-Doiceau et deux jardins privés à Uccle et à Jette. Des ruches dont il s’occupe avec grand soin : “J’y consacre un temps qu’un apiculteur professionnel, qui possède 200 à 300 ruches, ne pourrait jamais y consacrer…”
 
 
Comme l’explique M. Tondeur, qui a aujourd’hui gagné assez de confiance pour ouvrir et manipuler ses ruches sans aucune protection ou enfumage (sinon sa clope au bec), chaque ruche se compose de deux zones. Dans la partie basse, cubique, on trouve une série de cadres en bois, sur lesquels les abeilles construisent les alvéoles hexagonales en cire destinées à accueillir les larves – de l’hiver à l’été, la population d’abeilles peut ainsi passer de 20 000 à 70 000 – et le miel. C’est le royaume de la reine, qui a un rôle fédérateur et de reproductrice. Dans cette partie, le miel fabriqué par les abeilles n’est pas prélevé par l’apiculteur; il s’agit de leur réserve pour l’hiver. Car les abeilles hivernent mais n’hibernent pas… La partie haute, “les hausses”, est constituée de divers ajouts successifs de cadres. Mais, grâce à une grille fine, la reine (un peu plus grande qu’une abeille normale) ne peut y pénétrer. C’est dans cette zone, non destinée à la reproduction, que le miel peut être récolté.
 
Chaque abeille ouvrière a un rôle particulier mais elle passe par tous les métiers en fonction de son âge, sauf la reine, qui ne fait que pondre, jusqu’à 2 000 œufs par jour ! On trouve par exemple les cirières, qui sécrètent la cire nécessaire à réaliser les alvéoles; les nettoyeuses, qui dépoussièrent et préparent les alvéoles pour la reine; les nourrices qui, par trophallaxie (échange de nourriture), nourrissent les larves; les gardiennes, qui défendent la ruche; les ventileuses, chargées d’assécher le nectar qui contribuent à maintenir, de leur battement d’ailes, la température de la ruche à environ 35°C; les porteuses d’eau, qui amènent l’humidité nécessaire pour éviter que les larves ne dessèchent.
 
Et il y a bien entendu les butineuses, qui incarnent cette interrelation intime entre fleurs et abeilles, apparues en même temps, il y a dix millions d’années. Les butineuses volent de fleur en fleur pour récolter le nectar – chaque fleur mellifère a en effet du sucre dans sa corolle pour attirer les insectes pollinisateurs – mais aussi le pollen, dont se nourrissent les larves, qui deviendront nymphes puis abeilles. De retour à la ruche, les abeilles déglutissent le nectar dont elles ont gorgé leur jabot dans les alvéoles en cire. A ce stade, il ne s’agit pas encore de miel, plutôt d’un liquide sucré très chargé en humidité. Mais, par le phénomène de trophallaxie et grâce au travail des ventileuses, le nectar va s’assécher et se transformer en miel, c’est-à-dire lorsque le taux d’humidité devient inférieur à 20  %. Celui-ci peut alors être operculé par les abeilles avec de la cire…
 
 
Mais quel est le rôle de l’apiculteur sur la fabrication du miel, chef-d’œuvre technologique naturel  ? Son intervention est en fait essentielle. Sa technicité et son savoir vont en effet influer sur la qualité et le goût du miel. Il doit surveiller le rucher, récolter les hausses, vérifier qu’il n’y a pas de colonies bourdonneuses (ruches sans reine), préparer l’éventuelle transhumance. Il peut aussi intervenir sur le taux d’humidité du miel et, une fois celui-ci récolté, sur sa cristallisation et sa maturation avant la mise en pot.
 
Depuis quelques années, le miel urbain est devenu une mode. On en produit sur les toits de Paris ou de New York, où il est notamment vendu au célèbre marché d’Union Square. Mais le phénomène est beaucoup plus ancien. Pour preuve, la Société royale d’apiculture de Bruxelles et ses environs (SRABE) existe depuis plus d’un siècle, tandis que de nombreuses ASBL se sont créées autour du miel. Ainsi, Apis Bruoc Sella favorise le recours à l’abeille noire indigène (Apis mellifera mellifera) et milite pour une meilleure prise en considération des pollinisateurs sauvages, notamment les nombreuses espèces d’abeilles sauvages présentes dans la région de Bruxelles-Capitale. L’association a même lancé un label privé “Miel de Bruxelles”, ouvert à tous les producteurs de la région.
 
En l’absence d’appellation officielle, le miel de Bruxelles n’est pas vraiment protégé contre les mauvaises pratiques. Il serait d’ailleurs assez difficilement définissable, estime Michel Tondeur. D’un point de vue gustatif, le miel de Bruxelles n’a en effet pas vraiment de spécificité, pas plus que les autres miels “toutes fleurs”. Même si certains considèrent qu’il y a une plus grande variété de fleurs en ville grâce aux nombreux espaces verts ! A Jette par exemple, le miel de Michel Tondeur a une dominante de saule, un des premiers arbres à fleurir au Laarbeek. A Uccle, c’est plutôt le camélia ou les bruyères. Mais les abeilles s’intéressent aussi à d’autres fleurs comme les ancolies ou celles, invisibles, d’une variété de chèvrefeuille. Les butineuses se déplacent en effet jusqu’à trois kilomètres à la ronde et même cinq kilomètres en cas de disette.
 
Michel Tondeur regrette l’absence de protection réelle du miel qui, pour mériter cette appellation, doit normalement être un produit 100 % naturel, sans aucune adjonction. “Dans les supermarchés, les produits d’entrée de gamme, ce n’est parfois même pas du miel. Le marché du miel est dans les mains des producteurs mais aussi des conditionneurs de miel. Ceux-ci achètent du miel sur les marchés internationaux (Argentine, Mexique, Australie, Chine…) en grandes quantités, qu’ils font voyager par bateaux dans des fûts de 300-400 kg, un miel qui subit des variations de chaleur et dont on prive les populations locales, dont c’est parfois l’unique ‘bonbon’. Le miel est chauffé, refondu pour être mis en pot et lui donner une nouvelle texture, un parfum… Il perd ainsi toutes ses propriétés, il ne reste plus rien. Que du sirop…”
 
 
Ph.: H.H.

Commentaires

SENTINELLE AILEE (samedi 15-06)
effectivement il est important voire indispensable de considérer les abeilles-bordons (celles des ruches comme les solitaires) comme nos alliées et indispensables à notre bon fonctionnement biodiversifié.
MAIS de grâce pas de confusion ! Dans l'edito, Pauline Higuet cite, très mal à propos, les désagréments des abeilles lors de nos pic nic. Ce sont les GUEPES (charognardes) qui dérangent, jamais au grand jamais les abeilles (butineuses). Je trouverais juste que vous corrigiez cette "bourde". Je ne suis pas apiculteur, ni érudits en la matière, mais cela, je le sais depuis mon enfance! Je suis membre d'un potager collectif à 1030 Bxl. Un de nos membres y a installé des ruches, mais nous avons également construit un HOTEL à INSECTES pour y accueillir, entre autre, des abeilles solitaires, des coccinelles, des bourdons. Ces insectes utiles nous aident, par exple dans la chasse au pucerons , dans la pollinisation de nos légumes etc...
Je vous invite volontiers à venir découvrir les deux
bien à vous
ps ceci dit, chaque samedi je commence ma lecture de la libre par Momento, lis pratiquement tout et garde les articles qui me conviennent. surtout continuez ainsi
pierre theunissen abnt 468811

Écrit par : theunissen pierre | 18/06/2013

Bonjour,

Le propos était justement que beaucoup de gens confondent abeilles et guêpes et les tuent sans faire la distinction. Ils voient un insecte jaune et noir et partent d'office en hurlant (en caricaturant...).

Bien à vous

Écrit par : Momento | 21/06/2013

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