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25/06/2013

Là où l’on coupe les cheveux en quatre

La Libre, Momento, Bien-être, test, produits, cheveux, L'orealTout entier dédié au cheveu, le Centre mondial de recherche capillaire L’Oréal, situé à Saint-Ouen, au nord de Paris, est à la pointe de la technologie en la matière. Tests d’innocuité et d’efficacité y sont réalisés.

En visite à Saint-Ouen: Laurence Dardenne

DANS SA BELLE BLOUSE BLANCHE qui lui confère tout le sérieux du chercheur, Sébastien vous explique méthodiquement comment l’équipe a travaillé sans compter sur la finesse des gouttelettes pour parvenir à mettre au point ce spray qui donnera au cheveu un imparable effet lumineux. Ou encore comment ils ont obtenu pareille texture onctueuse pour cette mousse voluminatrice. Dans un autre labo nous est présentée une curieuse lessiveuse où de malheureuses mèches subissent des lavages successifs et intempestifs pour tester leur résistance à la coloration. Et avant ce stade, c’est un immense robot qui aura soupesé les différents colorants qui entreront dans la formulation des colorations… Quelques étapes parmi d’innombrables autres avant que le produit fini n’aboutisse en rayon.
 
Nous sommes dans ce que l’on a bien voulu nous dévoiler du Centre mondial de recherche capillaire de L’Oréal, à Saint-Ouen, au nord de Paris. Inauguré en mars 2012, ce Temple est exclusivement dédié à ce que nous avons de si précieux sur la tête, le cheveu. Sans doute parce que vous le valez bien, une centaine de millions d’euros ont été investis dans cet espace de 25 000 m² où travaillent quelque 500 collaborateurs issus de 25 disciplines. Ils sont chimistes, opticiens, métrologues, spécialistes des matériaux, rhéologues (1), statisticiens, informaticiens, physico-chimistes… Tout ce monde qui s’active comme dans une fourmilière pour concocter les produits qui devront séduire et conquérir les consommatrices.
 
 
Avant d’en arriver là, ils seront soumis à une multitude de tests. “Il y a d’une part l’évaluation de la sécurité puis l’évaluation de l’efficacité”, nous explique Patricia Pineau, directrice de la communication scientifique - L’Oréal recherche et innovation. “Pour la sécurité, elle se fait en six étapes. D’une part, sur les ingrédients : il s’agit de recueillir des données disponibles sur la sécurité de l’ingrédient (ex : substance irritante pour les yeux, pour la peau, allergène...). On évalue également la sécurité de l’ingrédient dans un produit donné. Le protocole sera différent en fonction de l’exposition, selon qu’il s’agisse, par exemple, d’un produit à rincer qui ne reste que peu de temps à la surface de la peau ou d’un produit avec un long temps de pose, afin de déterminer la dose sans effet. Jusqu’à l’approbation de la dose à laquelle l’ingrédient peut être utilisé sans effet indésirable. D’autre part, on teste la sécurité sur le produit. Il s’agit d’évaluer la sécurité du produit pour une formule contenant plusieurs ingrédients. C’est l’étape de validation de l’innocuité du produit fini chez l’homme. Enfin, la cosmétovigilance est la remontée d’effets indésirables une fois le produit mis sur le marché.”
 
Outre l’innocuité, sont également effectués des tests d’efficacité. “Nous distinguons trois étapes en sachant que le but ultime est la performance perçue par le consommateur, c’est-à-dire un ensemble de bénéfices techniques, fonctionnels, émotionnels et sensoriels, poursuit Patricia Pineau. En ce qui concerne l’évaluation instrumentale/clinique, pour les bénéfices techniques, nous avons recours à des méthodes instrumentales objectives (machine à peigner, résistance à la casse, pendule de souplesse, résistance à l’écrasement d’une boucle, brillance, frottement, machine à shampoing pour l’affadissement de la couleur, résistance à l’eau, aux UV… Une quarantaine de machines ont été développées et validées.
 
A cela s’ajoutent des études cliniques conduites par des dermatologues indépendants contre véhicule en double aveugle. On peut ainsi mesurer la densité capillaire avec une photo trichogramme.
 
Une évaluation par des experts est également réalisée, pour ce qui concerne les bénéfices techniques et fonctionnels comme la montée en mousse, l’unisson d’une teinte, la tonicité du cheveu, le mouvement de la chevelure, la facilité d’étalement, l’ergonomie du packaging ou de l’applicateur…
 
Enfin, il ne faudrait pas oublier l’évaluation sensorielle, pour les bénéfices émotionnels, par le consommateur. Cela se fait en recréant les conditions normales d’utilisation : le tomber d’une boucle, le toucher soyeux ou collant, la facilité du rinçage, l’onctuosité de la crème ou de la mousse, le parfum, la sensation de propreté, mousse...
 
Si tout cela, ce n’est pas couper les cheveux en quatre !

(1) La rhéologie est une branche de la mécanique qui étudie les rapports entre la viscosité, la plasticité et l’élasticité de la matière, ainsi que le comportement de celle-ci sous l’influence des pressions.
 
 

Julia prête volontiers sa chevelure
 
Toutes les cinq semaines, environ, elle se propose comme modèle, pour évaluer les produits en situation réelle.
 
Les cheveux – roux – colorés, tout mouillés, Julia est coquette. Pas au point de ne vouloir dévoiler son âge, cependant : 65 ans. Assise, face à la glace, elle a enfilé sa cape. Comme chez le coiffeur. Elle se trouve cependant dans la salle test de développement située dans les QG de L’Oréal Produits professionnels, rue Royale à Paris.
 
On se croirait dans un salon de coiffure et c’est bien là le but : recréer aussi fidèlement que possible les conditions réelles pour tester le produit qui arrive en phase finale. Va-t-il – ou non – plaire à la consommatrice ? Mais surtout, s’agissant de produits professionnels, va-t-il – ou non – séduire le coiffeur ? “Cette phase n’existe que dans cette division Produits professionnels. Ailleurs, les choix se font entre le laboratoire et le marketing. Mais comme nous, notre client est le coiffeur qui, lui-même, doit satisfaire une consommatrice, nous devons avoir cette interface. Même si nous avons le meilleur produit du monde, nous savons que si le coiffeur n’est pas convaincu, il ne le vendra pas à sa cliente”, nous fait assez judicieusement remarquer Cécile Piel-Benson, Directrice technique division Produits professionnels International. “Pour nous, le premier client est donc le coiffeur.”
 
Reste que la cliente, c’est aujourd’hui Julia, une des fidèles parmi les volontaires qui viennent régulièrement se prêter au jeu. Offrir leurs cheveux pour tester un soin ou une coloration et... en échange... ressortir de là – parfois trois heures plus tard – fraîchement coupée et joliment colorée. C’est une copine qui lui a “filé le tuyau”. Julia est curieuse et s’est dit que “c’était une opportunité”. Elle est ravie. Cela fait deux ans maintenant que, toutes les cinq semaines environ, elle consacre une demi-journée à “jouer le modèle dans la joie et la bonne humeur”. “Une après-midi, c’est une contrainte, certes, mais il faut l’accepter pour bénéficier de l’avantage. Et comme je n’ai jamais été déçue…
 
Et s’il arrive que le coiffeur ne soit, lui, pas convaincu ? “On estime à au moins 25 % le pourcentage de produits qui ne franchissent pas cette étape et n’aboutiront donc jamais en salon de coiffure”, nous répond encore Cécile Piel-Benson. “Une fois le produit validé dans ce labo, on réalise un test à plus grande échelle dans les pays et dans les salons de coiffure. A ce stade, très rares sont les produits qui seront éliminés. Puis, c’est le lancement !
 
 
Ph.: L'Oréal

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