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25/06/2013

Rattendael, disparition incongrue

La Libre, Momento, Vie de château, RattendaelC’était un des très beaux châteaux de la périphérie sud de Bruxelles. Il a été détruit après la Seconde Guerre mondiale. Pour cause de lotissement.

Philippe Farcy


CE NE FUT PAS LE PREMIER et encore moins le dernier à souffrir en Région flamande de la pression immobilière. Avec le baby-boom, la proche banlieue a senti souffler le vent du boulet et certains domaines sont passés à la trappe. Ce fut le cas avec cette propriété, ancienne, comme le révélait H. Scheppers en 1998 dans une étude sur les châteaux de Leeuw-Saint-Pierre (“Kroniek van de Kastelen van Sint-Pieters-Leeuw”). Il y reprenait en partie Wauters.

Rattendael fut plusieurs fois reconstruit semble-t-il, et la dernière maison, néo-classique et bien proportionnée, a été érigée vers 1835. Il en reste des cartes postales visibles sur le site de Delcampe.be, dont une avec une grille d’entrée calée par quatre piliers. Deux en pierre bleue et à base carrée sont réemployés vers les dépendances, portant leurs armes T’Serclaes et datées de 1896. Mais tout n’a pas été perdu. Les écuries ont été transformées en lieu de séminaires par une école biblique (Continental-Théological Seminary).

Il y a deux ans, d’anciennes annexes, où l’on mettait fourrages et grains, ont été restaurées par la commune qui y a logé un vétérinaire. Là où se trouvait le château, on ne peut qu’essayer de voir désormais une propriété privée cachée par des barrières aveugles, des massifs boisés et d’autres obstacles visuels. Mais il en ressort quand même une façade d’inspiration renaissante, à la Serlio, où quatre pilastres en pierre bleue soutiennent en leur centre un arc en plein cintre. Deux médaillons armoriés complètent le décor. Derrière, on voit le sommet d’une maison presque carrée en briques sous toiture en pavillon. Elle est presque jointive d’une construction assez récente (1994-1995), érigée par le frère de Bart Defraeije, natif de Courtrai et homme d’affaires (Topo II, NV), installé à Anderlecht.

Voilà pour l’état des lieux en ce début de siècle. Précédemment, il ne se passa guère de choses par ici sur le plan historique.

D’après Scheppers, le fief était celui dit de “Zellick”, déjà cité en 1170 en faveur de Everard de Zellick ou de Sellecke. Cette famille garda le bien longtemps, puis il arriva chez les Hovyne, vers 1658. Il s’agissait de Laurent de Hovyne, sire de Steenkerke, Bourgel, Gouvernies, Winckele et Granbray. Son père était déjà, comme lui, président du Conseil privé, ce qui vaut le poste de Premier ministre. Par une des filles de Laurent, le domaine et les autres fiefs arrivèrent à Philippe de Gottignies, sire de Woudenbroeck, échevin de Bruxelles. Les Gottignies resteront ici de la toute fin du XVII<sup>e</sup> siècle jusqu’en 1780-1782. Ils sont enterrés à Gooik. Une vente se fit en 1780 ou 1781, en faveur du baron Joseph-Albert de Visscher de Celles, né en 1735. Il était sire de Traulez, Pottes, Schiplaeken, Ramaye, Rolleghem, Capelle, Ten Daele, Voorde et Nieuwenbourg. Il fut l’époux de Marie de Coloma (1746-1796), fille de Charles-Vital et d’Eugénie Roose, baronne de Leeuw. Les Vischer eurent une fille Marie-Thérèse (1766-1798), héritière de tout ceci, et qui épousa le comte Jean-Marie van der Dilft de Borchvliet (1745-1831). En 1844, les van der Dilft vendirent Rattendael au comte Charles-Joseph de Villers de Waroux d’Awans de Bouillet et de Bovenistier. Il y avait alors 101 hectares. En 1894, les Villers, qui avaient déjà Conjoux, se défirent de Rattendael au profit du baron Albert de T’Serclaes, né à Anvers en 1856. En 1919, il y eu vente à nouveau, en faveur de Jules Wodon, un liégeois, marchand de vin. Ensuite, en 1942, le domaine, déjà réduit à 25 ha, fut vendu à un trio de messieurs qui n’en firent rien du fait des événements.

En 1961, un promoteur s’intéressa aux restes de ce domaine et les parcelles fleurirent. Nous ne savons quand le château fut détruit. Il en reste un joli escalier et un pavillon semi-circulaire.

On ne visite pas.


Ph.: Ph. Fy.

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