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29/06/2013

Vignoble de l’extrême

La Libre, Momento, Papilles, Patagonie, Argentine, Vignoble, vinsLa Patagonie argentine est l’extrême sud viticole de l’Amérique du Sud. Là-bas, plus qu’ailleurs,
la vigne doit souffrir pour donner du bon vin.

Au Sud du Sud: Baudouin Havaux

LA PATAGONIE OCCUPE 30 % du territoire argentin, mais n’accueille que 5 % de ses habitants. C’est un paradis pour les touristes en quête d’espace, de réserves naturelles, de pêche ou de gastronomie. Le nom “Patagonie” provient du terme “Patagon”, utilisé par Magellan pour décrire les indigènes tellement ils paraissaient immenses, avec leur mètre quatre-vingt, à côté du mètre cinquante des colons.
 
Ici, on réalise la notion de vignoble de l’extrême. Dans ces parcelles, la capacité de résistance de la plante est poussée aux limites au-delà desquelles la vigne ne peut survivre. Le facteur limitant pouvant être la somme de température, l’altitude, la rigueur de l’hiver, le stress hydrique, la pente, la structure du sol, etc. La vigne, qui est une liane, est particulièrement adaptée aux conditions difficiles.
 
Ce n’est pas par sadisme que les vignerons ont toujours tenté de repousser ces limites toujours plus loin. C’est souvent une démarche de colonisateurs souhaitant produire sur des terrains à première vue impropres à la culture, mais c’est aussi par obsession de la recherche de la qualité des vins. Le dicton bien connu des vignerons – qui prétend que la vigne doit souffrir pour donner du bon vin – est ici mis à l’épreuve.
 
La Patagonie viticole argentine est récente et encore peu développée, comparée aux vignobles de Mendoza situés beaucoup plus au Nord. Son épicentre, “Alto Valle de Rio Negro”, une frange de 90 kilomètres, se situe au confluent du Rio Limay et Neuquèn, à cheval sur les provinces de Rio Negro et Neuquèn. Une quinzaine de propriétés, réunies au sein de l’association “Vinos de la Patagonia Argentina”, se partagent au milieu de nulle part des lopins de terres arrachés au désert où, jusqu’il y a peu, le seul intérêt était l’or noir. L’exploitation pétrolière, qui a fait la fortune de la province, est toujours perceptible par ces puits qui donnent l’impression de dandiner nonchalamment, insensibles aux rafales de vents auxquelles ils sont les seuls à résister.
 
C’est grâce aux importants bénéfices de l’exploitation pétrolière réinvestis dans le projet viticole qu’un canal a été construit sur plus de 20 kilomètres pour amener l’eau nécessaire à l’irrigation des sols arides et pauvres, composés de sable et de cailloux. L’irrigation est indispensable, car les précipitations annuelles ne dépassent pas 150 ml, et, sous l’effet combiné des rayons solaires et du vent persistant, l’évapotranspiration des feuilles est beaucoup plus importante qu’à Bordeaux, par exemple. Le vent du sud-ouest, sec et violent, arrache tout sur son passage. Les pieds des jeunes vignes sont protégés par des cartouches en PVC, et le vignoble est quadrillé par des kilomètres de filet pour réduire la vitesse du vent qui souffle en permanence. Dans ces conditions, la propagation d’insectes est impossible.
 
Le vignoble nécessite peu de traitement, soit des conditions idéales pour une culture bio. Les températures négatives du printemps demandent un système de protection du vignoble contre les gelées. En été, les températures maximales atteignent 35 °C. Cependant, l’amplitude thermique de plus de 20°C entre le jour et la nuit est profitable pour la concentration aromatique. Le climat, relativement plus froid que d’autres régions situées plus au Nord, est compensé par l’allongement des journées de près de 40 minutes par rapport au vignoble de Mendoza. La vigne s’est adaptée à ce milieu hostile, en développant des raisins relativement petits, très concentrés et à la peau épaisse. La maturation du raisin est lente. Malgré l’irrigation soutenue, la baie n’arrive pas à se gorger d’eau. Ici, le facteur limitant n’est pas le manque d’eau, mais la capacité à absorber l’eau disponible pour compenser une évapotranspiration excessive, due aux températures élevées et au dessèchement provoqué par le vent qui souffle sans répit. Le jus de ces raisins est intensément coloré, dense, très concentré et riche en anthocyanes.
 
Parmi les 15 caves de l’association, le domaine de la famille Schroeder, construit en 2002, est particulièrement intéressant à visiter. Le vignoble de 120 hectares est composé de malbec, merlot, pinot noir, cabernet sauvignon, ainsi que de chardonnay et de sauvignon. La cave possède des installations dernier cri : traitement des raisins par gravité, tables de tri, cuverie ultramoderne, chai à barrique, à rendre jaloux n’importe quel propriétaire de Grands Crus en Europe. Tout a été pensé dans le détail pour valoriser le vin jusqu’à un restaurant qui rivalise avec des établissements multiétoilés. Un autre attrait touristique indéniable est la visite des ossements en excellente condition d’un dinosaure vieux de plusieurs millions d’années découvert en 1999, lors de la construction de la cave.
 
Plus d’informations : www.vinosdelapatagonia.org.ar

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