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08/07/2013

Potelle, une exception nordique

Chateau.jpgDans le département du Nord, Potelle semble être le dernier château fort médiéval encore habité et entouré de douves. Une exception, donc.

Philippe Farcy


NOUS SOMMES AU VILLAGE de Potelle (dont les armes sont celles des Carondelet), devant le château de Potelle. La Belgique actuelle se trouve à moins de 10 kilomètres. Le Quesnoy, situé à 2 km à l’Ouest, et qui vit venir au monde le petit André Matisse, possède encore des bribes de murs antiques; il y avait là un château où vécurent le comte de Charolais (futur Charles le Téméraire) et son épouse Isabelle de Bourbon.

Nous sommes non loin de la chaussée de Brunehaut, illustre voie romaine menant à Bavay et, de là, vers Tongres et Cologne. Nous sommes surtout dans le comté de Hainaut, illustre et puissant, s’il en fut, depuis le XIIe siècle. L’industrie textile et les nombreux marchés, entre Gand et la Champagne, firent de ces régions une zone d’expansion hors norme dans l’Europe médiévale. Les châteaux devaient défendre ces intérêts commerciaux, comme les droits des seigneurs locaux et les ressources des princes. Au XVe siècle, la région fut placée sous l’autorité des ducs de Bourgogne. On connaît la suite, avec la perte de l’Artois, en 1659, due au Traité des Pyrénées, et d’autres territoires thiois qui laissèrent la Belgique actuelle veuve de mille trésors, dont Cambrai et Valenciennes.

Potelle est l’un de ceux-là, et son histoire est, par ses familles successives, intimement liée à nos Etats Belgique, Liège exceptée. Bouvines, Crécy et Azincourt se trouvent dans la même région et laissent les souvenirs de batailles sanglantes. Le Hainaut vécut au rythme des disputes dynastiques.

Le premier château de Potelle date de Thomas de Mortagne, seigneur de Potelle et de Romeries (cité de 1270 à 1299), deuxième fils d’Arnould, châtelain de Tournai, et de Yolande de Coucy. Il avait épousé Marie de Trazegnies, dite ‘la Brune’, fille de Gilles ‘le Brun’ de Trazegnies, connétable de France sous saint Louis et de sa première femme, Ida de Sotrud, dame d’une partie de Bailleul-sur-l’Escaut. Le château fut apparemment achevé par leur fils Gilles”, nous dit un historien réputé. Les Mortagne étaient de loyaux serviteurs de la cour de France. Gilles avait épousé Catherine de Barbançon, dame d’Oultre et de Montigny, puis de Solre-sur-Sambre. La chapelle classée de Potelle conserve un fragment de sa pierre tombale.

Mais en 1433, un arrière-petit-fils de ce Gilles (ou Willes), lui aussi prénommé Gilles II, prit le parti de sa suzeraine, Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut. Sur ordre du duc de Bourgogne dont il aurait menacé l’existence, il fut écartelé en place de Mons en 1433, et ses biens furent confisqués. La couronne proposa à Antoine de Croÿ d’acquérir Potelle. Il le fit en cette même année 1433, pour le revendre presque aussitôt à la sœur de ce Gilles, en 1436. Elle avait épousé Baudouin de Hennin. Son neveu, Antoine de Mortagne-Potelle, hérita, et il vendit cette terre, en 1491, à Jean Carondelet (1429 à Dole-1501), chancelier du duc de Bourgogne, premier président du Parlement des Pays-Bas à Malines. Jean acheta, en 1477, le château de Solre-sur-Sambre, actuellement aux princes de Merode, aux mêmes Mortagne.

Depuis 1491, le château de Potelle n’a plus été vendu. Potelle s’illustre par ses murs de pierre blanche, unifiant la masse qui joue sur ses pans coupés. En 1541, Ferry et son épouse Catherine d’Esnes placèrent une galerie couverte dont une des pierres porte date et armes. Les murs parlent quand on voit un angle privé de sa tour depuis 1793.

Des murs que l’on restaure au fil du temps, chaque génération en prenant sa part. La comtesse Jehan-Philippe de Lastic est bien consciente de n’être qu’un maillon d’une chaîne pour pérenniser l’histoire et le patrimoine. Le château fut souvent très abîmé. Ainsi, en 1477, par Louis XI. Puis, en 1654, par Turenne, pour suivre, en 1712, lors des guerres de Succession d’Espagne, par les Impériaux. Les ponts ont été récemment restaurés. Le château est protégé par d’immenses douves alimentées par des sources. Trois tours rondes engagées sont encore conservées. On ne visite pas, sauf lors des Journées du Patrimoine. Des molosses montent la garde et ils ne sont pas de pierre. Le château se voit d’une allée venue du village. Si les grilles sont fermées, attention à vos mollets.


Carondelet
Les Carondelet étaient célèbres en nos terres. Claude, fils de Jean, fut conseiller de Charles Quint, comme le fut son frère Jean II, ami d’Erasme et archevêque de Palerme, où il n’alla jamais (portraituré par Quentin Metsys, il est enterré à Bruges). A Besançon, territoire bourguignon puis autrichien, on vit les Carondelet dominer les affaires. Ferry, frère des deux précités, y fut archidiacre laïc, et il fut légat du pape Jules II de Medicis à Malines. C’est lui qui commanda une “Sainte Conversation” à Fra Bartolomeo, ami de Raphaël. Le tableau se trouve dans la cathédrale de Besançon, tout comme le magnifique tombeau de ce mécène. Ferry fut également portraituré par Sebastiano del Piombo (le tableau se trouve dans les collections Thyssen). Les Carondelet étaient des princes de la Renaissance.
Les Carondelet, sires de Crupet par ailleurs, gardèrent le fief de Potelle jusqu’à la fin de l’Ancien Régime et même au-delà. En effet, en 1817, le chanoine de Carondelet – qui avait fait restaurer le château, fort abîmé en 1793 par les Autrichiens – l’offrit à Eugénie-Adélaïde de Carondelet, sa nièce. Elle allait épouser le baron Jean-Philippe Frémin du Sartel. Lesquels, barons du Sartel, par l’entremise de Roselyne (comtesse Jehan-Philippe de Lastic-Saint-Jal), sont toujours maîtres de ces murs sept fois centenaires.


Ph.: Roselyne de Lastic

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