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22/07/2013

D'amour et d'Aisne

courcelles.jpgCourcelles-sur-Vesle est un réceptacle d’émotions et de charme entre Soissons et Reims. L’Aisne sud-orientale a déjà des airs de Champagne.
 
Philippe Farcy


L’AISNE EST UN DÉPARTEMENT vallonné dans sa partie sud. Après les plaines empruntées en descendant de Chimay et en frôlant les églises fortifiées de la Thiérache, on arrive dans la région de Laon. C’est évidemment le “Chemin des Dames”. On sait combien de milliers de morts sont tombés par-là durant la Grande Guerre. De nombreux cimetières en perpétuent l’horreur. Mais cette route de crête longue de près de 30 kilomètres, le sait-on assez, tient son nom de deux des huit filles du roi Louis XV, qui allaient souvent, dans les années 1770-1780, chez Madame de Châlus (Françoise), duchesse de Narbonne-Lara, mais surtout maîtresse de Louis XV (elle suivait en cela les quatre filles du marquis de Mailly-Nesles). Il s’agissait des princesses Victoire et Adélaïde, pour qui la chaussée fut empierrée. Dès lors on appela cette route “Le Chemin des Dames”.
La maison de la duchesse de Narbonne-Lara se trouvait à Bouconville-Vauclair. C’était le château de La Bove, détruit en 1916 puis reconstruit en style Louis XVI; il appartenait, lors du conflit, à Henri Rillart de Verneuil (1870-1948), maire de son village, député puis sénateur de l’Aisne.
Par ailleurs, à Vauclair, dans la vallée de l’Ailette, se trouvent les restes intéressants d’une abbaye cistercienne (Vallis Clara). Elle avait été détruite en partie à la Révolution puis à nouveau au printemps de 1917. Il fallut attendre 1965 pour voir revenir un peu de vie en ces lieux qui appartiennent à l’Office des Forêts. Et la vie fut donnée par le père Anselme Dimier, supérieur de notre abbaye de Scourmont, près de Chimay. L’UCL, avec l’aide des pouvoirs publics locaux, y fit des fouilles généreuses de 1966 à 1988, sous les ordres du père jésuite René Courtois. C’est la même équipe qui avait déjà fouillé Orval. Mais quittons l’Ailette pour l’Aisne.
Dans ce petit périple, il ne faut pas manquer la cité médiévale de Laon, posée sur un étonnant promontoire, comme l’est Langres, et dont la cathédrale est d’une grande beauté. C’est la ville des frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu, peintres des paysans et des bambochades, du temps de Louis XIII, tant aimés par feu Jacques Thuillier, professeur au Collège de France. Laon conserve de nombreuses maisons anciennes.
Pour rejoindre Courcelles-sur-Vesle, il faut évidemment passer par Soissons. La cathédrale vibrait de belles ondes voici deux dimanches pour l’ordination d’un seul prêtre. Au même moment, on en “faisait” trois à Namur. L’évêque de Beauvais-Laon-Soisson traversa la foule avec sa crosse en argent et pierres semi-précieuses en forme de coq, créée par l’inestimable Goudgi. L’imposant château des Comtes sert d’hôtel de ville depuis 1834.
Puis, en laissant un regard étonné vers les ruines de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes, qui servent de centre culturel et où on expose cet été les très belles sculptures de Nicolas Alquin, on descend vers le Sud et passant par Braine, joli village jumelé avec Braine-le-Comte. Notre Braine appartenait aux d’Arenberg, alors que Braine-le-Château fut élevé à la principauté pour les Tour et Taxis, ce qui corrige une erreur parue sous Duino (670). A Braine, il faut voir les maisons à colombage et l’église abbatiale Saint-Yved.
Arrive enfin Courcelles-sur-Vesle, site remarquablement tenu et d’autant plus qu’il s’agit d’un Relais & Châteaux.
-> http://www.chateau-de-courcelles.fr ou +33 (0) 3 23741353
 
 
Napoléon et Marie-Louise
On sait toutes les transactions opérées par Metternich et Cambacérès, Schwartzenberg et Otto pour finaliser une union que l’Empereur souhaitait ardemment. Suite à son divorce d’avec Joséphine de Beauharnais, puis à l’annulation du mariage en janvier 1810 par le Saint-Siège, Napoléon I er était libre. On hésita avec une Prussienne et une Russe; il valait mieux regarder à Vienne. Le 4 mars, il avait l’accord de l’empereur d’Autriche. Le 9, le contrat civil était signé; le 11, le mariage religieux eut lieu à Vienne par procuration.
Le 13, Marie-Louise partit vers “l’ogre corse” ou “le Hun”, comme on appelait Bonaparte à Vienne, avec une suite de 83 voitures. Ce devait être horrible pour elle. Direction : Compiègne. Le 27 mars, le convoi arriva à Courcelles-sur-Vesle et l’Empereur y était sans avoir prévenu. Peut-être a-t-il déjeuné au château (on le lui eut conseillé, c’est un 1 étoile Michelin, dirigé par Thibaut Serin-Moulin, ancien de Lucas Carton, du Plaza et d’Anne-Sophie Pic à Valence). Mais en tout cas, les futurs époux se retrouvèrent physiquement pour la première fois dans l’église du village. Courcelles-sur-Vesle est donc un lieu historique pour les amoureux.
Henry Soulange-Bodin a écrit en 1962 une notice sur cette maison d’époque Louis XIV. Le château a été construit par Richard de La Grange, gouverneur d’Alsace et de Brisach. En 1715, le domaine passa à Martin Bouron, notaire à Paris, puis à sa fille, puis en 1734 à Mme de Vassy, puis à la marquise de Baroncelli-Javon et, en 1782, à M. d’Annière. Les deux pavillons qui scandent la petite allée ombragée venant du village sont de l’architecte Aubert, qui avait travaillé pour Chantilly, terre préférée du prince de Condé, cousin de Louis XIV. Or, Condé-en-Brie est dans le même département. Une magnifique statue de Girardon figurant Cérès, digne de Versailles, décore le parc non loin de la terrasse, vers le grand canal bordé de magnifiques platanes. On dit que le château a reçu également Racine, La Fontaine et surtout Rousseau, qui appréciait la compagnie des demoiselles de Courcelles. Cocteau y vint également et dessina encore une rampe d’escalier. Puis Dior donna pour sa filleule, Geneviève Page, de nombreuses fêtes en ce lieu plein de charme. Courcelles est donc sous la protection des arts et des lettres. C’est une demeure de poésie gustative et la carte des vins est à tomber ! Depuis 1988, le bien appartient à Bernard Anthonioz. Dès 1993, Courcelles faisait partie des Relais & Châteaux. Le domaine est dirigé par Frédéric Nouhaud. (Ph.Fy.)

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