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29/07/2013

La petite robe noire nous dit tout

la libre,momento,tendances,mode,robe noire,black dress,paris,expoJe vais vous parler un peu de moi…
En tant que petite robe noire, je suis un mythe de la mode qui ne s’érode pas. Tous les couturiers s’essaient à me réinventer et pour cause, il paraît que le noir, mon meilleur allié, est le summum de l’élégance.
J’ai le droit à une expo à Paris. En compagnie de reines de ma catégorie.
 
Propos recueillis par Aurore Vaucelle


ON PEUT DIRE SANS PEINE que j’ai, à l’heure actuelle, très bonne réputation. En tant que petite robe noire, je fais partie de ces vénérables classiques du vestiaire féminin, qu’on adule pour leur longévité et leur évidence. Pour ce qui me concerne, cette publicité à la fondation Bismarck me va très bien. Orchestrée par André Léon Talley, véritable nabab de la mode, éditeur chez “Vogue U.S”, bras droit d’Anna Wintour et conseiller mode des vedettes de notre temps, de Diana Ross à Alicia Keys, cette expo consacrée à ma petite personne permet de remettre un peu les pendules à l’heure. Tout n’a pas été toujours rose pour la petite robe noire que je suis. Croyez-moi, j’ai connu tardivement mon heure de gloire. Au début du XXe siècle, ce qui correspond, grosso modo, aux prémices de la mode qui s’individualise pour rencontrer les souhaits et les styles de chacun – et surtout de chacune –, la petite robe noire ne recueille pas grand intérêt. Précisément, elle est encore très associée à un statut : celui de veuve, ou, encore moins chic, celui de femme de condition modeste. La robe noire est alors le symbole de l’humilité vestimentaire, et il n’est pas question de la revêtir, sous peine de donner l’un ou l’autre des signaux décrits ci-dessus. A cette époque donc, les femmes du monde préfèrent les coloris chatoyants et les formes chamarrées imaginées par Paul Poiret. Mais voici qui n’est pas au goût de quelqu’un qui va me destiner au succès : Mademoiselle Chanel. Gabrielle C. n’aime pas les flonflons et les fioritures. En 1926, dans “Vogue”, elle propose ce modèle qui va d’abord choquer les foules bien élevées. Il s’agit d’une sobre robe noire, aux manches mi-longues, arrivant à hauteur de mollets. Mais que fait Coco, commentent les lecteurs. Et pour cause, ça ne s’était jamais vu, malgré sa grande simplicité. Et ça n’était pas si éloigné, non plus, d’un autre vêtement universel. A ce propos, je citerai le sémillant historien de la mode Olivier Saillard, interrogé à mon sujet dans “Télérama” : “Chanel reste un grand phénomène de modernité. Si vous avez l’occasion de voir une de ses petites robes noires des années 1920, vous serez surpris, c’est vraiment un Tee-Shirt. Elle n’est pas virtuose en coupe, mais pose un principe démocratique, même si cela reste de la couture et n’est pas abordable.” Alors, c’est vrai, j’ai beau me faire appeler “la Ford de Chanel”, parce que je suis noire et d’une rare simplicité dans la forme – on me compare donc à l’auto du même nom qui connaît la gloire en même temps que moi –, je ne suis pas tout de suite pour tout le monde. Il faut savoir m’adopter, et pour cela, je requiers une propriétaire qui ait du goût. Comme dit mon ami Karl, “avec une petite robe, on n’est jamais ni trop, ni trop peu habillée”. Avec raison. Ce qui compte, quand on parle de moi, c’est aussi la manière dont je vais être portée, et accessoirisée. Certaines font cela très bien, et je vous parle, sans la cacher plus longtemps, de ma meilleure ambassadrice : j’ai nommé Audrey Hepburn, dans “Diamants sur canapé”, en 1961. A ce moment-là, avec Audrey, on est au sommet de notre forme – grâce à Hubert de Givenchy. Aux côtés d’un rang de perles merveilleux (toc ou pas, telle n’est pas la question), légèrement confrontée à l’odeur de la cigarette, fume-cigarette oblige, à l’ombre d’une grande capeline, on se la joue belle désargentée. Le summum de la classe. Quand je vous dis que je fais tourner des têtes, sachez tout de même que la robe en question a été vendue aux enchères 607720 €, un montant record pour un costume de cinéma. Et ce n’est pas parce que je précise tout ça que j’ai la grosse tête. Bon, il est vrai que, si l’on y réfléchit, cette expo est une manière de mettre en lumière la manière dont chacun des grands couturiers des XXe et XXIe siècles ont essayé de me magnifier, à travers leur propre style. En ce sens, je suis une muse. Karl m’a imaginée en laine, avec un petit liseré façon tradi, Ralph (Lauren) en broderie perlée. Alber Elbaz me fait froufrouter, quant aux Italiens Dolce et Gabbana, ils m’habillent de dentelle sicilienne – ce qui ne fait pas de moi une prude. Enfin, il suffit que Tom Ford ou Azzedine Alaïa s’occupent de mon cas pour que mon sex appeal passe à la vitesse supérieure : jugez sur pièce (ou comme on dit dans le jargon, cf. ci-contre). Quant à Marc Jacobs, il a clairement un petit faible pour moi… En 2012, au gala du Costume Institute de New York, il décide lui aussi d’arborer un modèle de petite robe noire… Mais, je sais rester simple, c’est d’ailleurs ce qui me va le mieux au teint. Le noir qui me colle à la peau est certes synonyme de sérieux – pendant longtemps, il a été la couleur de celui qui prêche ou de celui qui juge –, mais avec moi, le noir a pris une dimension nouvelle. Il est rentré dans la mode par la grande porte, et demeure tout indiqué quand il s’agit d’être vraiment chic. Son secret à lui ? Il souligne les formes de la parure, et en ma compagnie, donne à chaque événement – même un Breakfast sur le pouce – un petit air de cérémonie.
-> "Little Black Dress"
A la fondation Mona Bismarck, 34 avenue de New York (en face du musée du quai Branly), Paris XVIe, jusqu'au 22 septembre. Infos : www.monabismarck.org

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