Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/08/2013

60 ans de délectation

La Libre, Momento, Escapade, Alsace, Route des vinsL’Alsace fête cette année les soixante ans de la Route des Vins. Un label qui tient le monde en haleine, entre palais et villages, collines et colombages.

Sur la route: Philippe Farcy


EN CET AUTOMNE QUE l’on est bien obligé de voir arriver d’ici quelques semaines, l’Alsace en ses terres généreuses, en ses villes opulentes et en ses villages colorés regroupés avec ferveur autour de leurs églises, l’Alsace donc va fêter encore et encore le vin qui fait sa fierté.

C’est, en effet, en 1953, au sortir d’une guerre terrible pour tous et particulièrement ressentie dans cette partie d’une France abattue mais victorieuse, que des viticulteurs libres, vivants d’espoir, de travail et de force de vaincre les maux passés, mirent sur pied un label digne de la Loire et de ses châteaux : la Route du Vin. L’idée fut reprise ensuite par la Bourgogne quand on part de Chalon-sur-Saône et que l’on arrive vers Dijon.

Ici, en Alsace, on compte désormais plus de 1 000 agriculteurs, propriétaires et négociants, répartis sur 170 kilomètres, ce qui est plus qu’entre Arlon et Bruxelles. Le tout est étalé entre septante villages. Ils égrènent leurs vignes en espaliers et leurs toitures pointues, comme une chaîne de saveurs que l’on aborde en automobile décapotable, pas seulement pour le fun, à pied ou, le mieux, à vélo. L’Alsace, elle se déguste. On en prend d’abord plein les mirettes devant ces vieilles bâtisses fardées comme des “Folles de Chaillot” et dont on croirait, devant tant de fraîcheur, qu’elles ont vingt ans. Elles en ont vingt fois plus, souvent, et nous laissent pantois d’admiration devant tant de beauté, simple et homogène, qu’en été, par fierté, les propriétaires les décorent de bouquets de fleurs aux balcons comme des rivières de diamants aux cous des divas. Les géraniums sont des rubis.

L’Alsace pourtant reste simple. Face aux vins du Bordelais ou à ceux de la Bourgogne, dont les cours ont grimpé de manière vertigineuse, elle affiche des prix très accessibles quand les grands crus des environs de Dijon et ceux de la Gironde deviennent des produits de luxe. Les autorités locales, départementales et régionales se rendent bien compte de cette position favorable acquise au fil du temps, alors même que les productions ont augmenté en qualité. L’accessibilité financière est devenue une force de persuasion. Et c’est tout le terroir qui en profite. L’anniversaire fêté cette année tombe donc à pic.

Soixante ans, c’est pourtant l’âge des noces de diamant dont les vins blancs aux robes jaunies s’apparentent à ces pierres précieuses, si rares quand elles sont parfaites. Du coup, tout le secteur a, en cette année 2013, mis les petits plats dans les grands pour organiser depuis mai une foule de festivités en l’honneur du divin breuvage et de ceux qui voudront bien y venir goûter.

Si vous cliquez sur le site www.routes-des-vins-alsace.com, vous verrez sans peine la multitude d’idées possibles, passées ou à venir, que l’on propose aux visiteurs à travers les offices de tourisme. Nous ne sommes pas là pour en faire le listing, bien sûr, mais l’Alsace, en ces quatre derniers mois de l’année, ne va pas manquer d’intérêts pour ceux qui aiment bien vivre, profiter des rayons du soleil et de ceux de leur bécane sur l’Euro-Vélo-Route (une connexion spéciale à travers les vignobles a été inaugurée en juin dernier) pour découvrir des paysages magnifiques et apprécier des nectars variés.

De Marlenheim à Thann, la route est longue, si l’on s’arrête souvent. Mais il faut se laisser aller au hasard d’une belle affiche, d’un portail avenant, d’une façade plus richement ornée qu’une autre. Derrière les murs, on trouve des sourires en tonneaux et des vins en flacons, une générosité qui n’a pas son pareil, et des crus divers comme, en nos souvenirs récents, le Clos Saint-Théobald du Domaine Schoffit (c’est du Gewurztraminer) ou un Pinot Gris de la cave de Cleebourg, voire un Riesling de la cave de Turckheim. Rien qu’à y penser, les papilles en redemandent.


Des vins, mais pas seulement!

La Route des Vins d’Alsace, c’est, bien sûr, ce que l’on sait, mais pas seulement ! Ce ne peut-être qu’un prétexte, à moins d’être un poivrot arrivé là en taxi pour ne pas craindre les punitions de la maréchaussée. L’Alsace en ses deux départements est d’une richesse incroyable, et quand on n’a pas le nez dans le verre, il est bon de le monter de quelques degrés pour profiter du patrimoine aristocratique, religieux ou du tiers état.
Le petit voyage récent, entrepris par là, nous mena ainsi à Strasbourg dans les caves des Hospices civils fondés en 1395. Sous un des longs bâtiments du XVIIIe siècle (1718, reconstruit après un incendie en 1716), se trouve une sorte de réserve précieuse de crus anciens et de tonneaux d’un autre âge. Certains sont imposants par leur taille, mais aucun ne battra jamais celui du château de Ludwisburg (aux Wurtemberg; 500 000 litres); et plus accessibles, ceux du château d’Heidelberg (Palatinat), et qui servaient à récolter l’impôt.
Ici, outre ces cuves que l’on appelle parfois des foudres, qu’une coopérative viticole de quarante exploitants entretient désormais, on trouve une barrique pleine d’un vin de 1474. Il fut servi trois fois : en 1576 en l’honneur des alliés zurichois, en 1718 pour la reconstruction du bâtiment, et en novembre 1944 au seul général Leclerc dont on ne sait ce qu’il en pensa.
Un autre lieu est magique et n’a rien à voir avec le vin. C’est l’atelier des artistes regroupés sous le vocable de “Foyer Saint-Léonard”, à Boersch. Il fut fondé par Victor Laugel et Charles Spindler. Les Spindler sont toujours là, à veiller à un état d’esprit, à un art de vivre, à un art du travail du bois exceptionnel. Un musée-atelier conserve l’état des lieux de 1910, au cœur de la création européenne de l’Art nouveau. C’est petit mais c’est magique.

www.spindler.tm.fr


Ph.: CRTA - Zvardon

Les commentaires sont fermés.