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10/09/2013

Les médias doivent-ils être solidaires ?

La Libre, Momento, Derrière l'écran, télévision, solidaireCette rentrée médiatique 2013 a été marquée par de nombreuses initiatives “solidaires”. Des opérations caritatives voient ainsi le jour sur Vivacité. Plus pragmatique, RTL-TVI prône quant à elle l’infosolution, une autre manière de favoriser la solidarité et la cohésion sociale. L’idée, pourtant, est loin d’être neuve…

Aurélie Moreau


LES MEDIAS, EN TANT QUE vecteurs de l’information, s’interrogent depuis toujours sur leurs rôles et leurs représentations. En France par exemple, l’emballement médiatique autour des émeutes qui ont secoué les banlieues en 2005 a notamment provoqué une surenchère de la violence.
Sensationnalisme, protagonisation, spectacularisation, évènementisation ne sont pas seulement des travers ridicules du métier d’informer”, écrivait déjà en 2008 (1) Jean-Jacques Jespers, professeur de journalisme à l’Université Libre de Bruxelles. “Ces pratiques ont aussi un effet sur l’évolution des comportements. Le repli identitaire, la sédentarité, l’isolement, la montée de l’anxiété, la perception émotionnelle des enjeux, la méfiance envers les institutions, la stigmatisation des différences, voire le vote pour l’extrême droite, tous ces traits préoccupants de la société occidentale du XXIe siècle ne sont sans doute pas attribuables exclusivement à l’influence des médias sur les représentations collectives. Mais les médias y ont, sans aucun doute, contribué.”
 
Le terrorisme international existerait-il sans les médias ? Les médias attireraient-ils autant de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs si ces régimes de terreur disparaissaient ? Dans quelle mesure “l’effet loupe” des médias favorise-t-il le sentiment d’insécurité ? Peut-on pour autant parler de violence virtuelle ?
 
Ce débat sur la responsabilité sociale n’est pas neuf et interpelle la planète médiatique depuis le début du XIXe siècle. C’est pourquoi de nombreuses initiatives en faveur de la solidarité et de la cohésion de l’édifice social voient fréquemment le jour. Il y eut les médias participatifs, associatifs, voire communautaires. Il y eut les œuvres caritatives et fédératrices : Cap 48, le Télévie, et Viva for life. Et en 2003, il y eut “Reporters d’espoirs”, “l’info porteuse de solution”.
 
L’infosolution ? Oui mais pas au détriment de la déontologie
 
La mission de “Reporters d’espoirs”, une ONG fondée en 2003, est de promouvoir avec le concours des médias une information qui donne envie d’agir. “En mettant en lumière des initiatives innovantes et porteuses d’avenir dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux, les journalistes et les médias peuvent donner envie d’agir au plus grand nombre.” Après le quotidien français Libération, TF1, France 3, France Info, L’express, Ouest France Dimanche, Rue 89, etc., c’est au tour du groupe privé belge, RTL Belgium de s’associer à l’ONG (lire ci-dessous).
 
L’info positive ou de solution est en soi légitime”, indique André Linard, secrétaire général du Conseil de déontologie journalistique (CDJ). “A condition de toujours la considérer comme une information qui doit répondre aux mêmes normes déontologiques applicables à tout travail journalistique. Le principe de base doit rester la recherche de la vérité et la prise de recul, de distance ainsi que la conservation de son esprit critique. Il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et faire de l’angélisme, du militantisme ou inventer des solutions qui n’existent pas.
 
D’autre part, “donner une information complète implique de donner des solutions. Cela a toujours fait partie intégrante du métier d’informer. Reconnaissons toutefois que l’infosolution demeure un aiguillon plus ferme, plus fort pour les journalistes afin qu’ils prennent plus en considération cette dimension sociale de leur métier. L’infosolution est louable, respectable donc mais les journalistes n’ont pas attendu cette initiative pour informer sur les solutions aux problématiques qu’ils doivent traiter. Dans le JT du week-end de la RTBF par exemple, depuis quelques mois il existe une séquence qui met en avant les entreprises belges qui réussissent.
 
(1) Déontologie des médias, JEAN-JACQUES JESPERS, Presses universitaires de Bruxelles, 2008, pp.152-154
 
 
Les Reporters d’espoirs sur RTL
Nouvelles positives”, “solutions aux problèmes” et “espoirs pour demain” sont désormais les leitmotivs de la rédaction RTL. En partenariat avec l’ONG “Reporters d’espoirs”, elle propose de nouveaux programmes, de nouvelles séquences (aussi bien en télévision qu’en radio) dont voici
un aperçu.
 
“La bonne nouvelle”
(Bel RTL). Cette nouvelle chronique quotidienne, diffusée à 7h40 dans “Bel RTL Matin”, traite les informations constructives et met en valeur des initiatives moins médiatisées, portées par des individus ou des associations qui tentent de faire bouger les choses. Tous les domaines sont concernés : de la santé à l’environnement, en passant par le sport, la technologie ou encore la culture.
“RTL Solutions”
(RTL-TVI). Une série de reportages diffusée du 2 au 6 septembre dans le JT sur des hommes et des femmes qui ont envie d’agir et qui prennent l’initiative pour vaincre la morosité.
Les chroniques et un blog “Bonne Nouvelle”
(RTLinfo.be).
 
 
"Viva For Life", la solidarité selon Vivacité
 
Eric Gilson, directeur de la station, nous explique l’élaboration de cet événement prévu pour la fin de l’année.
 
Comment est né “Viva For Life”  ?
Il fallait lancer un événement pour notre dixième anniversaire en 2014. On s’est dit autant qu’il serve à quelque chose, à une cause. On a ainsi été interpellé il y a quelques mois par des articles évoquant le fait qu’il y avait 20 % de familles belges qui vivaient sous le seuil de pauvreté et que les enfants étaient par conséquent victimes de cette situation. Cette cause-là n’ayant pas été mise en avant par d’autres médias, on s’est dit que ce serait l’occasion d’en parler et de récolter des fonds... Il y a environ 33 000 bébés de zéro à trois ans qui subissent la pauvreté d’une manière ou d’une autre. Notre volonté, c’est de les aider et de créer une émulation, de nous mobiliser, mobiliser les gens, toutes les forces vives qui voudront y participer au profit de ces enfants.
 
Vos ambitions  ?
C’est difficile à dire, ce sera une première pour nous, à part notre collaboration en octobre avec Cap48. On espère juste que les montants seront significatifs pour mettre en place quelque chose et venir en aide à des associations qui œuvrent déjà dans ce sens-là.
 
En pratique, comment on monte un tel projet  ?
Au départ, une fois que la cause a été identifiée, on s’est informé auprès d’institutions qui œuvrent dans ce domaine, comme par exemple l’ONE, pour vérifier qu’il y avait, d’une part, une vraie situation problématique et que, d’autre part, si l’on amenait de l’argent, cela allait faire bouger les choses. On s’est alors assuré du soutien et de l’aide logistique d’un organisme qui fait des récoltes d’argent et sa redistribution avec tout le sérieux et la transparence requise. On ne peut pas se permettre d’impliquer la radio et la RTBF dans une opération qui ne serait pas crédible. Après, c’est notre boulot de gens de radios. On s’est inspiré d’un concept préexistant, éprouvé dans d’autres pays : Suède, Danemark, Pays-Bas et même en Flandre. Il a été élaboré par une radio néerlandaise, Radio 3FM, qui l’applique depuis une dizaine d’années. Maintenant, il faut fabriquer une caisse de résonance pour un événement médiatique fort. On mobilise les équipes. Ce sera une grosse opération en extérieur, dans une ville à Bruxelles ou en Wallonie, avec une infrastructure, des moyens à mettre en place. On sera mobilisé durant une semaine où notre radio sera entièrement dédiée à cette opération. Il va falloir trouver les idées pour vivre cela à l’antenne. En radio sur Vivacité, mais également en télévision, sur le web, les réseaux sociaux. C’est ça la difficulté dans notre élaboration de l’événement.
 
Vous n’avez pas peur que la recrudescence de ces appels à la solidarité tue la solidarité  ?
On va coexister à côté d’autres opérations. C’est vrai qu’il y en a régulièrement, mais je pense que la cause qui nous tient à cœur n’a pas encore été vraiment médiatisée. Je crois qu’en prenant chacun une cause différente, on s’adresse un public différent, qui se sent concerné. Ici, l’enfance sous le seuil de pauvreté, je crois que cela va sensibiliser des gens qui donnent déjà par ailleurs ou qui donneront peut-être de manière privilégie pour cette problématique.
B.F.
 
 
Ph.: RTBF

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