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07/09/2013

Louisiane, Etat du Sud sauvage

La Libre, Momento, Escapade, Louisiane, Nouvelle-Orléans, BayousPlacez sur votre platine un vinyle de Louis Armstrong et laissez-vous embarquer pour un voyage à travers la Louisiane, Etat du sud des Etats-Unis, berceau du jazz et du blues, qui se relève à son rythme, en musique, du passage meurtrier de l’ouragan Katrina, en 2005.

Découverte: Caroline Grimberghs


SI LES STIGMATES DU CYCLONE, un des plus dévastateurs de l’Histoire américaine, sont encore visibles dans le nord de la Nouvelle-Orléans, sur les rives du funestement célèbre lac Pontchartrain, dont les digues ont cédé, déversant des tonnes de litres d’eau sur la ville en août 2005, ailleurs, les conséquences de cette catastrophe sont plus insidieuses. Vous trouverez bien l’une ou l’autre personne pour vous glisser à l’oreille que près de 100 000 personnes, les plus pauvres, n’ont pas eu les moyens de revenir et de remettre sur pied leur habitation. Vous vous retrouverez peut-être, un soir d’été, à regarder, avec une dizaine de locaux, le film “Les Bêtes du Sud Sauvage”, en plein air, dans un square de Donaldsonville. Et vous entendrez, dans le rire de ces hommes et ces femmes, la souffrance que ce film de Benh Zeitlin leur remémore. Mais vous rencontrerez, surtout, des gens dont la convivialité n’est pas feinte, heureux de vivre dans un Etat qu’ils estiment différent du reste des Etats-Unis.

La Nouvelle-Orléans vote démocrate. Le reste de la Louisiane opte pour les Républicains. Une dualité qui offre au visiteur une image des Etats-Unis dans toutes ses contradictions. Si la Nouvelle-Orléans est sans conteste un passage obligé de tout voyage en Louisiane, il serait dommage de s’en contenter. Car une fois quitté le French Quarter, ses balcons ciselés, ses musiciens de rues et ses boutiques vintage, s’ouvre devant vous une vie de bayou, de chaleur moite, d’alligators et de cuisine du Sud que vous n’oublierez pas de sitôt.

Dans cette ville, à l’architecture d’inspiration française et espagnole, cohabitent de petites maisons lambrissées peintes en bleu, mauve ou rose pâle, et de grandes maisons fastueuses, aux façades immaculées et aux balcons de fer forgé travaillés, ayant inspiré la demeure de Scarlett O’Hara dans “Autant en emporte le vent”. Si la cathédrale Saint-Louis, en plein Quartier Français, semble avoir été construite hier, et ressemble à une église de conte de fées, les quartiers de Treme et Saint-Roch accueillent les croyants dans de vieilles églises d’où sortent, le dimanche matin, les voix entraînantes des chorales de gospel.

Les festivals se succèdent à un rythme effréné, tout au long de l’année, à la Nouvelle-Orléans. Quelle que soit la période que vous choisirez pour vous y rendre, il y a de fortes chances pour que vous vous retrouviez embarqués par les milliers de personnes qui prennent d’assaut Bourbon Street et Royal Street, un cocktail Hurricane à la main (rhum, fruit de la passion, jus d’orange, grenadine et une cerise confite au sommet). La musique est partout, qui donne à la ville une ambiance permanente de fête : dans les rues, dans les bars, aux balcons des maisons, dans les parcs, sur les bords du lac. Un air de jazz en tête pour le reste du voyage !

Comme partout aux Etats-Unis, la voiture est reine et indispensable pour traverser l’Etat, d’une ville à l’autre. Jeanerette, Martinville, Franklin, Morgan City : autant de bourgades minuscules disséminées le long de la Highway 90 West. Les Louisianais passent le temps, à l’ombre de leur porche, négligemment installés dans les balancelles installées à l’avant des maisons. Le drapeau américain flotte fièrement au fronton de nombreuses habitations. Le temps s’arrête. La chaleur du Sud rythme le quotidien.

La Libre, Momento, Escapade, Louisiane, Nouvelle-Orléans, BayousEntre chacune de ces bourgades, les bayous (eaux peu profondes, à faible courant ou stagnantes) fournissent la population en crevettes, écrevisses, homards et autres crabes. Le tout passé à la friteuse et à déguster dans un diner “so US”, over-climatisé, un Coca-Cola de 50 cl bourré de glaçons devant vous. Si le cœur vous en dit, l’alligator séché fait également partie des habitudes alimentaires. Les alligators, vous les verrez vivants à l’occasion des multiples balades possibles dans ces décors de bayous, encadrés de chênes centenaires couverts de Spanish moss (mousse espagnole) donnant à l’ensemble un air mystique.

Dans cet Etat peuplé à 32 % d’une population afro-américaine, la mémoire de l’esclavagisme est encore bien présente. La route des plantations offre aux touristes et aux Américains, désireux de connaître leur Histoire, un cours accéléré de ce à quoi ressemblait la vie dans les champs de coton dans les années 1830. La visite est, dans la plupart des plantations, menée par une jeune femme déguisée en Scarlett O’Hara qui s’attardera essentiellement sur les dorures des riches maisons de maîtres et les jardins soignés et féeriques. Mais si les demeures des propriétaires sont pour le moins majestueuses, les baraquements des esclaves rappellent que la vie n’y était pas belle pour tout le monde. Même si l’on vous sert un traditionnel Mint Julep (menthe, bourbon, sucre, eau) à la sortie de la visite, et que vous vous sentez prince(sse) en ce château, poussez votre visite un peu plus loin. Vos pieds retoucheront terre en parcourant le registre dans lequel est indiqué le prix de chacun des esclaves en fonction de leur âge et de leurs qualifications. L’enfer existe, aussi, au paradis.


Do you speak french ?
C’est en 1642 que l’Etat est nommé Louisiane, en l’honneur de Louis XIV, par l’explorateur français René-Robert Cavelier de La Salle.
En 1762, la France cède le territoire à l’Espagne. Il n’en reste pas moins qu’avec 7 % de la population parlant le français, la Louisiane est aujourd’hui l’Etat le plus francophone des Etats-Unis. Précisons toutefois que le français, tinté d’un accent du sud des Etats-Unis, est difficilement compréhensible pour le commun des francophones, et qu’il n’est pas toujours simple de faire comprendre à quelqu’un, si fier de partager avec vous quelques mots dans la langue de Molière, qu’on le comprend mieux en anglais qu’en français.


Ph.: Pauline Oger

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