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08/09/2013

L’invasion des guiboles

La Libre, Momento, Tendances, minijupe, miniC’est au début des 60’s que la minijupe devient un concept en soi. Ce petit morceau de tissu n’est pas uniquement une nouveauté en matière de mode. Pour les femmes, la porter signifie la gestion de leur corps en toute liberté.
Le court, l’ultracourt même, revient à la mode. Que véhicule-t-il à l’heure actuelle ?

En mode mini mais maous: Aurore Vaucelle

VOILÀ UN SUJET sur lequel chacun pourra s’entendre : la longueur des jupes – leur “courte attitude” n’est pas pour déplaire à personne. Un adage prétend à ce sujet qu’au début du XXe siècle, la longueur des jupes était directement associée au moral de la nation. Si l’ourlet s’allongeait, les faciès aussi, indubitablement. Comme quoi, une fois de plus, les chiffons nous disent bien des choses sur les mentalités. Cet adage peut se vérifier si l’on prend la peine de se pencher sur les modèles vestimentaires de ces époques. Si, dans les années 20 et 30, les ourlets ont tendance à rétrécir, la Seconde Guerre mondiale, période conservatrice – voire réactionnaire – va bloquer les jupes à la frontière du genou. A la fin de la guerre, Christian Dior lance le “New Look”, mais ne taille pas précisément dans la longueur. S’il remet au goût du jour la silhouette sablier (taille fine et hanches marquées), il imagine aussi un jupon lourd, fait d’une multitude de tissus (ce qui créa parfois un malaise, surtout à une époque où les étoffes étaient encore distribuées en fonction de tickets de rationnement).
 
De fait, il imagine une robe tombant exactement à 27 cm du sol, de telle sorte que la gambette se donne à voir sans trop en montrer. On comprend donc aisément le choc quand, dans les 60’s, quelques jeunes couturiers s’avisent de largement tailler dans les jupons pour donner à voir les guiboles. André Courrèges, parmi les premiers, dénude le genou, Cardin aussi n’y va pas avec le dos de la cuillère, mais la jeune Anglaise Mary Quant ne s’en suffit pas. En 1965, elle lance dans sa boutique “Bazaar”, de King’s Road, à Londres, la mini, très courte, dite “au ras de la culotte”, pour les jeunes femmes en quête d’une nouvelle peau.
 
Si la minijupe brille par sa concision, elle n’en dit pas moins des choses sur celles qui la portent. Impudique, certes, mais libératrice, la minijupe indique le positionnement de celles qui l’incarnent physiquement. Chaque époque crée les artefacts qui lui sont nécessaires pour exprimer les mœurs en vogue.
 
La minijupe devient un étendard (petit mais costaud), brandie contre les rétrogrades, et les tenants de l’ordre de Papa. Papa, à l’époque, il faut bien le dire, en prend plein son grade et doit accepter de voir sortir sa fille dans une toilette dont le volume de tissu s’apparente plus volontiers à un mouchoir de poche.
 
Au sortir des 60’s, la minijupe fait place à d’autres vêtements contestataires, ce sera alors l’époque bénie du baba. Intégrée dans le vestiaire féminin, elle n’a cessé d’en sortir, puis de rentrer de nouveau dans le placard. La working girl des 90’s n’a pas peur de montrer ses jambes, c’est une conquérante, elle n’est pas là pour être courtisée ou poursuivie d’assiduités, la jupe mini en mode tailleur dit surtout aux hommes de ne pas l’ennuyer.
 
 
Les années 2000, quant à elles, ne font pas la promo de la mini, trop occupées qu’elles sont en période de crise à se recroqueviller sur les classiques. Un peu de tenue en ces temps difficiles, nous dirait-on sur un ton convenu.
 
Et puis, ces temps derniers, on ne peut s’empêcher de noter que les jambes sont de nouveau de sortie. Longues et dénudées sous des shorts et des jupes sacrément raccourcis. Même le legging, détenteur de la pudeur, a été gentiment remercié. Que se passe-t-il  ? Doit-on en conclure, tels que le disent en catimini certains économistes et analystes, que les indicateurs sont au vert ? Et les pantalons au vestiaire ?
 
 
Ph.: Rue des Archives/Reporters

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