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08/09/2013

Promenade potagère

LA Libre, Momento, Dehors, potager communautaire, Ixelles, potager ErnotteQue ce soit par nécessité ou pour renouer avec le geste ancestral du contact avec la terre, les potagers ont le vent en poupe. En ville, ils sont plus que jamais indispensables à l’équilibre des habitants.

Mains vertes: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


SI LES POTAGERS POURVOIENT à la nourriture du corps, ils nourrissent aussi l’esprit. Ils recentrent leurs propriétaires sur le cycle des saisons et les mystères de la nature. Sanctuaires de biodiversité, d’expériences, d’observations, d’apprentissages, ils sensibilisent ceux qui les fréquentent à l’environnement. Le long des voies ferrées ou au cœur de la ville, les terres laissées en friche sont plantées, ensemencées et cultivées. Appelés autrefois jardins ouvriers, ces espaces connaissent aujourd’hui un nouvel engouement dû aux difficultés économiques et aux conditions de vie dans les grands ensembles urbains. Les joies qu’apporte la fréquentation de la nature et de son prochain autour du travail de la terre sont précieuses. Les vertus sanitaires de la culture potagère sont reconnues depuis longtemps sous le nom de terrianisme. Dès le XIXe siècle, des jardins sont systématiquement associés aux logements sociaux. Aujourd’hui encore, “s’oxygéner” dans son petit coin de verdure, sortir de son “clapier vertical” est une revendication courante des habitants des cités. Echapper à son habitat pour retrouver un peu de campagne à la ville, tandis que l’urbanisation bétonne, goudronne, cimente. Les espaces verts sont taillés, alignés au cordeau, figés. Comme l’a écrit Gilles Clément, les végétaux sont réduits à n’être plus “qu’une choucroute verdâtre” sur une maquette d’architecte, remplissage végétal, vague alibi à la prééminence absolue du béton dans le projet.

A la différence du simple promeneur qui, lui, est avant tout un contemplatif, le jardinier potagiste joue un rôle actif et vit des moments privilégiés à ras de terre. Son jardin, un peu “bricoli bricola”, est à l’opposé des espaces verts “bien léchés”. C’est ce qui lui donne un charme indéniable et le rend si attachant.

Le potager Ernotte, à Ixelles, est un merveilleux exemple de ces lieux qui sont bien davantage que des jardins. Fantastique espace de vie, de partage et d’apprentissage du “bien vivre ensemble” sans qu’il en coûte un sou à la communauté. De part et d’autre du sentier qui serpente, ils sont là, alignés parcelle contre parcelle, témoins des rêves jardiniers de ceux qui les cultivent. Résumé de la nature humaine faite d’individualisme et d’élans collectifs. Chacun s’active, soucieux de défendre son coin tout en épiant le voisin par-dessus la clôture. Le nouvel arrivant commence par se barricader, puis, bien vite, “on boit des coups”, on échange des conseils, des légumes ou un pot de confiture fait maison avec la dernière récolte. Les buveurs de bière fréquentent les buveurs de thé à la menthe. Une tolérance spontanée s’installe entre ces personnes issues de mondes si différents. Ici, c’est la vie qui triomphe, on la regarde pousser. On reprend courage, car travailler la terre a de réelles vertus thérapeutiques. Plus d’un l’a expérimenté. Le potager Ernotte remplit les ventres et comble les cœurs. Il rassemble grands et petits, jeunes et vieux lors de fêtes, il accueille les enfants des écoles voisines, il crée du lien social. Pas besoin de cours d’instruction civique pour comprendre le mot respect de l’autre et de son travail. Les valeurs véhiculées par cet espace de vie communautaire sont irremplaçables. Cordialité, échange, solidarité. Ajoutez à cela que ces jardiniers heureux et courageux sont les rois de la débrouillardise, de la récupération, du recyclage et du système D. Thèmes bien dans l’air du temps.

Les habitants se mobilisent
Le potager Ernotte est menacé, car ce gêneur squatte des terrains constructibles.
En 2006, 5 hectares du grand potager sont rasés par la commune d’Ixelles pour bâtir des logements sociaux. Les 3 derniers hectares de potagers rescapés sont, eux aussi, voués à disparaître. Un nouveau projet de logement à haute densité est lancé. Les habitants se sont regroupés pour tenter d’établir un dialogue constructif avec la commune et défendre leur petit paradis. Aujourd’hui, il est l’objet d’un film. Pascal Haas en est le réalisateur. Potagiste lui aussi, il a pris sa caméra et raconte l’histoire du combat qu’ils mènent tous ensemble afin de proposer une alternative où les habitants seraient associés au projet mis en place par la commune pour leur quartier. Les incohérences de notre système et les impasses où conduisent nos différents niveaux de pouvoir tirant à hue et à dia y apparaissent de manière criante.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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