Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

09/09/2013

Gellenberg, un rêve d’enfant

La Libre, Momento, Vie de château, Gellenberg, LubbeekLe domaine est situé sur l’ancien fief de “Ten Berghe”, non loin du village. Une maison classique y domine un petit étang. Dans le parc, un petit village de maisons miniatures est une merveille à préserver.

Philippe Farcy


LUBBEEK, PRÈS DE LOUVAIN, sur la route de Tirlemont, est une petite entité dont la richesse patrimoniale est importante. Outre une belle église de la fin du XVIIIe siècle, on y compte plusieurs châteaux de tailles diverses et de siècles qui ne le sont pas moins. Celui de Gellenberg est un des plus anciens. Il regarde vers le Nord, et le château de Horst (fort bien restauré par la Communauté flamande), ce qui ne gêne pas une autre belle maison d’Ancien Régime, qui se mire dans une immense pièce d’eau dont les reflets proviennent du Sud. Les deux domaines enserrent l’église sur son promontoire, et elle fait office de gardien de la paix.
 
Gellenberg s’annonce par une paire de colonnes carrées de pierre blanche à l’orée d’un épais bosquet. Une fois gravie une légère pente, le plateau se dégage, et y apparaît une très belle maison parée d’une robe jaune vivifiante. Sur la face nord, cette même façade se pare de rose pâle. Dans le fond du champ de vision, presque accolées à la bâtisse castrale, se trouvent les dépendances qui sont l’ancienne grange du XVIIe siècle, transformée en logis et écuries. Ce sont les parties les plus anciennes; une nouvelle ferme sera construite au début du XIXe siècle, semble-t-il, un peu au nord du parc. Le notaire (honoraire) Jacques Halflants, qui réside ici, en dit bien plus dans son article récent et un autre à venir, publiés dans la revue “Demeures historiques et Jardins” du 2e trimestre de cette année (n°178).
 
 
Le lieu s’appelait jadis “Ten Berghe”, puis “Geldenberghe”. La famille van der Hofstad en fut maîtresse durant sept générations; le premier d’entre eux mourut à la bataille des Eperons d’or en 1302. Le dernier s’en alla de ce monde en janvier 1556. Les van der Hofstad possédaient également une seigneurie importante à Haacht. Après 1556, Lubbeek eut à souffrir des guerres de religion. Le domaine qui nous occupe fut abandonné trente ans avant d’être acheté par les Oratoriens de Louvain, sans doute au début du XVIIe siècle. Le 24 mai 1753, l’Ordre va vendre Gellenberg à Claire-Hélène van der Noot, veuve Baelmans, receveur des Etats du quartier de Louvain.
 
Le fils Jean-François releva le domaine le 21 février 1756, et il construisit un nouveau logis de treize mètres de long sur six de large; à Louvain, il résidait rue de Namur. C’est le noyau de la bâtisse actuelle, composée avant 1907 de six travées côté sud et de neuf travées côté nord. L’entrée sud s’effectuait par un avant-corps de trois niveaux sous fronton percé d’un oculus ovale et curieusement ouvert au rez par deux portes non jointes. L’autre face était caractérisée par un large fronton en demi-cercle, lui aussi percé d’un oculus ovale. Il n’y avait point de terrasse. Baelmans mourut en 1792. Sa veuve, Isabelle Carton, décédée en 1819, laissa le domaine à son neveu Pierre Carton, mais il s’en alla avant sa tante. Les héritiers vendirent le bien (en 1817, avant le décès de madame Baelmans) au major Frédéric-Guillaume d’Elty et à son épouse née Gordon.
 
Dès 1821, le bien était acquis par un Karel De Weyls, âgé de 24 ans; il s’occupa de creuser l’étang. Puis, en 1842, Gellenberg se trouvait dans les mains du professeur Isidore Nélis. Ce dernier va ajouter divers éléments à la ferme et planter de nombreux arbres dont certains sont magnifiques et classés. Isidore se retira de terre en 1871; son fils puis sa fille Anne, mariée au professeur Florimond Soupart, lui succédèrent.
 
Gellenberg fut alors loué en partie aux Ryckman (Félix) puis aux Visart (la comtesse Léon), avant d’être vendu une dernière fois, il y a plus de cent vingt ans, à l’aïeul de l’actuel propriétaire qui raconte les péripéties avec une faconde sans pareil. Et ce sera à lire, sous la plume de Jacques Halflants, dans la prochaine livraison de la revue “Demeures historiques et Jardins”, n°179.

Tél. Revue : 02.235.20.07; mail : administration@demeures.historiques.be
 
 
Miniatures
Il n’avait pas vingt ans et des rêves d’enfants plein la cervelle, le futur notaire. Quand on est jeune et que l’on flirte avec l’âge de raison, on ne se soucie pas des choses bassement matérielles. Alors, Jacques Halflants s’est construit son petit village à lui, à cent mètres du château. Des maisons de bambins, comme celles que l’on voyait dans les livres d’enfants anglais vers 1900. Tout est construit comme des maisons de grands, même les feux de bois et les cuisines fonctionnent. Les toits d’ardoises, les fenêtres, les poutres, les volets, les portes, les sièges, tout est utilisable, en miniature, et cela tient depuis 65 ans. Cet univers merveilleux, bien préservé malgré les petits outrages du temps grâce à la protection de vieux ifs, mériterait un classement. Et en plus, le notaire dessine superbement. Il a publié un fort beau livre relevant, depuis des décennies, les vielles fermes et châteaux des environs de Louvain.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

Les commentaires sont fermés.