Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

21/09/2013

Frous-frous et dessous affriolants

La Libre, Momento, Sorties, expo, dessous féminins, LouvigniesLe château de Louvignies reprend ses idées d’exposition estivale. Depuis peu et jusque fin octobre, on peut y découvrir les dessous féminins de 1880 à 1980. Uniquement les dimanches.

Philippe Farcy


“ON A BEAU DIRE, on a beau faire, ça fait du bien d’être amoureux”, pour utiliser le grand Jacques qui pleurait sur un triste sort tout en exprimant sa dévotion pour les femmes. Il n’était pas le seul. Il ne fut pas le premier. Les femmes, si souvent habillées par les hommes, ont toujours cherché à plaire, parées jadis de turbans et de pierreries, comme au temps des rois d’Ancien Régime sous les derniers Valois pour ne citer qu’eux. Les messieurs n’étaient pas en reste d’ailleurs et, jusqu’au frère de Louis XIV, le côté androgyne n’était pas mal porté, surtout sous une couronne fermée.
 
Plaire donc, impressionner par la richesse des étoffes, amuser par les couleurs de celles-ci, cela n’était pas qu’un plaisir de cour. L’habillement signalait une position sociale. On sait combien “les gens de la haute” étaient entourés de “cameriere” et femmes de chambre, pour se changer, parfois plusieurs fois par jour, ne fut-ce que les manches ou les jabots. La carapace vestimentaire était une chose essentielle, à faire varier selon les moments et les circonstances.
 
Et on en oublierait les dessous et tous les “outils” inventés pour créer des tailles de guêpe et afficher des poitrines que les stars du cinéma des années cinquante placèrent au pinacle de la dévotion. Ah les lacés ! Les dames étaient ficelées comme des dindons; Poiret allait bientôt venir, YSL le suivre et Sonia Rykiel libérer les corps de toutes entraves et aller jusqu’à la démode.
 
Le XIXe siècle finissant, par l’exposition de Louvignies débute, ne change rien aux prescrits plus anciens, sauf à considérer que, dans notre monde catholique, la réserve des attitudes, des pensées et des comportements devait aller de pair avec une apparence sobre, voire réservée. Le noir allait si bien à ces atmosphères rigoureuses imprégnées des discours de Lacordaire ou d’autres défenseurs d’une religion invasive. La dentelle, chère comme une épice sous Charles-Quint, ajoutait sa fine couche de préciosité.
 
 
Florence de Moreau, dynamique et flamboyante, a donc repris le témoin créé voici près de trente ans par sa mère Bertrande. Madame mère a longtemps fait vivre sa maison en mettant en exergue tel ou tel élément de l’art de vivre au château avant 1950. Dans cette suite, Florence propose une exposition passionnante, qui va au-delà de l’esthétique des choses pour se pencher sur les implications sociétales que génèrent de tels objets de beauté et de mise en forme(s). Avec l’aide de Roselyne Ehrhart, restauratrice, et de Jean-Pierre Rigaut, responsable de ce qui pourrait devenir le Musée du Sous-Vêtement, à Valenciennes, on parcourt salles et salons à travers une démonstration dont le caractère prend encore plus de force puisque les effets sont installés dans un univers qui leur correspond, du moins jusque dans les années soixante.
 
On admire des choses rares, étonnantes, contraignantes souvent, admirables de travail, exécutées avec finesse et patience dans des ateliers de bonneterie, comme il convient de les appeler. Il s’agissait de vraies usines installées dans le département du Nord, mais surtout chez nous, à Quevaucamps, près de Beloeil, mais aussi à Pérulwez, dont la richesse patrimoniale traduit encore la vitalité. Il ne reste rien de ces activités jadis prospères. Mais les vitrines et les toilettes disposées dans les chambres comme dans toute la maison, jusqu’à la buanderie où est conservé un magnifique sèche-linge du XIXe siècle, perpétuent des souvenirs d’une époque faste et parfois fastidieuse. A voir donc !
 
 
Ph.: Ph. Fy.

Les commentaires sont fermés.