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22/09/2013

La Forge tombe dans l’oubli

La Libre, Momento, Vie de château, La Forge, AnthéeCe bel ensemble bâti à l’ère baroque attend des jours plus fastes. Ferme et château sont accolés mais vivent distinctement, comme souvent.

Philippe Farcy


CÉCILE DOUXCHAMPS-LEFÈVRE a donné en 2002 l’histoire de cette seigneurie du namurois qui ne se cache pas derrière des montagnes de verdure, mais se laisse voir sans peine car la voirie menant à Maredsous passe juste devant les grilles de la cour d’honneur.
 
Nous sommes sur le village d’Anthée, entre Meuse et Sambre, dans ce pays magnifique qui plaisait tant aux ducs de Beaufort-Spontin, sis en leur château de Florennes, et qui vécut richement grâce aux maîtres de forges.
 
 
Le château de la Forge est celui d’Anthée; il porte le nom de la fonction de ses édificateurs. On trouvait ici au début du XVIIe siècle une gentilhommière construite par Maurice Godart, maître de forges au village d’Anthée. En mariant sa fille Catherine avec le fils d’un de ses collègues, Laurent Jacquier, les pères travaillèrent avec intelligence à l’avenir de leurs entreprises. Les Jacquier, qui allaient devenir Jacquier de Rosée et barons pour certains d’entre eux, étaient issus de la région de Chimay. Aussi puissants que les Pochet, ils consolidèrent leurs positions, économiques et sociales, au fil du temps. Se bien marier, c’était alors étendre les surfaces boisées et accumuler les hectares pour les sous-sols gorgés de matières premières propices à la rentabilité. Se très bien marier, ce fut ensuite choisir des demoiselles de bonnes familles, ce qui fut rendu possible par l’anoblissement de Jacques-Gabriel, fils des précités, fait baron le 16 janvier 1726.
 
La Forge à Anthée prit alors des allures de grande maison en U, assortie d’une ferme puissante toute érigée en pierre bleue, alors que le château lui-même marie avec un certain bonheur la brique au calcaire. Les Rosée allaient, par des jeux habiles de mariages, détenir le fief de Rosée évidemment où se trouvait, avant 1940, un superbe château néo-classique et le fief de Fontaine (n°2 de notre série). Ce dernier était issu des Groesbeeck, puis des Boisschot qui vendirent le château-fort dès 1712 à Pierre Jacquier. Les Rosée allaient garder cette demeure jusqu’en 1938, lui donnant des décors néogothiques discrets à l’extérieur, mais semble-t-il nombreux dans les salons ornés de boiseries de chêne sculpté. L’auteur signale qu’en 1938, le château fut vendu à Paul Coppin, directeur général des usines de la Providence. En 1951, Paul Coppin vendit La Forge aux “Femmes prévoyantes de Gand”, asbl qui dépendait d’une mutuelle socialiste. En 2002, le domaine était inoccupé mais il a été racheté depuis lors, et pour y être passé plus d’une fois depuis, aucun projet ne semble lui donner la vie qu’il mériterait.
 
A l’arrière, un beau parc présente, à proximité des façades, un jeu de terrasses anciennes de belle qualité. Des plantations de haies procurent un effet de perspective bienvenu, visible au mieux du deuxième niveau.
 
La face avant en U s’étire sur sept travées dont la partie centrale est en fort ressaut. Celle-ci sert d’accès principal et monte sur deux niveaux et demi, comme une petite tour, au-delà de la toiture en pavillon qui couvre la partie centrale, animée de dix lucarnes. Les ailes de retour ne comptent qu’une travée. Toutes les baies sont à croisée. Et au-delà des ailes en retour, deux ailes de communs furent érigées au XVIIIe siècle pour rejoindre deux tours carrées, sous toitures en pavillon, totalement parées de pierre bleue. D’ici démarre la grande ferme, elle aussi en U.
 
On ne visite pas.
 

Ph.: Ph. Fy.

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