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23/09/2013

Un vrai nid d'espions

LA Libre, Momento, Derrière l'écran, séries, espionnage, The AmericansEn 2012 et 2013, les projets et séries sur les agents secrets n’ont pas manqué aux Etats-Unis comme ailleurs (“Hunted”, “Restless”, “La source”, etc.). D’autres s’annoncent déjà pour 2014 (“Legends”, “The Missionary”), semblant vouloir creuser le sillon d’“Homeland”. Fans du genre  ? Voici quelques pistes à suivre.

En filature: Karin Tshidimba


ON NE SAIT PAS TROP s’il faut y voir un effet “Skyfall” (célébrant les 50 ans de l’agent 007) ou les retombées de la vague Homeland, toujours est-il que les projets impliquant des agents secrets se multiplient, aux Etats-Unis comme ailleurs. Réveillant en Europe les questionnements suscités par l’affaire Prism. Sommes-nous tous sur écoute ? Revue de détails de la saison dernière et de celle à venir.

Legends: Porté par Howard Gordon, le père d’“Homeland”, ce projet en 10 épisodes, développé pour la chaîne TNT, n’est pas attendu avant 2014. L’acteur Sean Bean (“Game of Thrones”) y campe Martin Odum, un agent de la CIA spécialiste des fausses identités (d’où le titre “Legends”). Tellement doué, en fait, qu’au fil des missions, il en vient à douter de sa propre identité.

The Missionary: Produite par l’acteur Mark Wahlberg (“Ted”, “Les Infiltrés”) pour le compte d’HBO, cette série se déroule également pendant la Guerre froide. Son héros, Roy (Benjamin Walker, vu dans “Abraham Lincoln, chasseur de vampires”), est un jeune homme embarqué presque malgré lui dans une sombre affaire avec la CIA, après avoir aidé une jeune femme à fuir Berlin-Est. A la plume, on retrouve Charles Randolph, scénariste de “L’interprète”, pour développer cette intrigue ancrée dans les années 60. Jesse Plemons (“Breaking Bad”) figure également au casting de ce drame. Son personnage cherche à faire sortir clandestinement des dissidents du Bloc soviétique.

Sans même remonter jusqu’à Alias ou Burn Notice, qui a terminé sa course le 12 septembre aux Etats-Unis, trois séries ont relancé, l’an dernier, la fabrique des espions : Hatufim, drame psychologique israélien qui a inspiré l’américaine “Homeland”, mais aussi les britanniques “Hunted” et “Restless”.

Hunted. Coproduite par la BBC et la chaîne câblée américaine Cinemax, ce thriller voit Melissa George (“Alias”, “La gifle”) incarner une espionne qui cherche à découvrir qui veut l’éliminer, et surtout pourquoi… Un thriller en huit épisodes imaginé par Frank Spotnitz (“X-Files”), le mentor de Vince Gilligan (“Breaking Bad”). Une suite, rebaptisée “Sam Hunter”, du nom de son héroïne, prolongera la première saison, en 4 épisodes seulement.

Restless. Cette coproduction BBC-Sundance Channel, diffusée en décembre dernier, retrace la vie de Sally, alias Eva Delectorskaya, immigrée russe devenue espionne britannique. Aux côtés de Charlotte Rampling, en fuite depuis trente ans, on retrouve un casting trois étoiles (Michael Gambon, Rufus Sewell, Michelle Dockery et Hayley Atwell). Le tout porté par une reconstitution soignée et le poids d’un best-seller (“La vie aux aguets” de William Boyd) pour les inspirer.

En mai dernier, les fans de David Tennant ont pu le découvrir dans Spies of Warsaw, une coproduction BBC-TVP - Arte (britannique, polonaise et française) diffusée sur Arte. L’acteur y occupait un emploi inédit : espion français œuvrant sous couverture à Varsovie. Sa proximité avec une jeune avocate de la Société des Nations, en couple avec un journaliste russe, venait largement compliquer sa tâche. Alors qu’en coulisses, grossissaient les rumeurs de guerre. Une mini-série historique en deux épisodes de 90 minutes.

En France, aussi, la question de l’espionnage suscite des vocations.

La source vient de s’achever sur La deux, mais poursuit sa route pour deux semaines encore, le mercredi soir, sur France 2. L’originalité de cette série est d’imaginer une baby-sitter piégée par les services secrets et obligée à collaborer avec eux afin de démasquer un grand industriel français, soupçonné de trafic de déchets toxiques. Si Christophe Lambert n’est qu’à moitié convaincant dans son rôle de grand patron, la jeune Flore Bonnaventura, au contraire, offre une belle surprise, tiraillée entre sa loyauté vis-à-vis de la famille qui l’emploie et les nombreuses pressions qu’elle subit. Xavier Durringer dirige avec force et conviction cette série aux multiples rebondissements où une Clotilde Courau, en proie au doute, et un Edouard Montoute, très rigide, illustrent bien les ravages que cette activité sous couverture provoque dans leurs vies privées .

Nom de code rose : Sans réelle surprise, TF1 a opté pour la version potache avec sa fiction où une mère de famille naïve est enrôlée, bien malgré elle, par les services secrets. Tout se passe comme si l’humour devait dominer la donne. On l’avait déjà constaté avec No Limit, série produite par Luc Besson, pour la version high-tech et musclée de ce type de métier, la tendance a été confirmée avec le personnage campé par Claire Keim, découvert en novembre dernier sur La une.


“The Americans” : tous sur écoute ?

Ecrite par un ancien de la CIA, cette série, plongée dans les années 80, explore les ravages de l’espionnage sur un couple. Lundi, Be 1, 20 h 55.

LES APPARENCES SONT souvent trompeuses. Prenez ce couple apparemment sans histoire : Philip et Elizabeth Jennings. Ils habitent dans la banlieue de Washington avec leurs deux enfants, Paige et Henry. Rien ne les distingue de leurs plus proches voisins. Et pourtant… Leur travail au sein d’une agence touristique cache en réalité des activités bien plus controversées et lourdes d’enjeux. Entrés très jeunes au service du KGB, ils ont fait l’objet d’un mariage arrangé afin de renforcer leur couverture, une fois infiltrés aux Etats-Unis. Mais après 15 ans de vie commune et la naissance de deux enfants – qui ignorent tout des vrais activités et de l’identité de leurs parents –, l’apparence du vrai et le faux sont si intimement liés que bien malin qui pourra les démêler.

Au fil du temps, les idéaux qui les ont jadis poussés à se mobiliser se sont parfois troublés, la réalité de terrain entrant alors en collision frontale avec les objectifs recherchés. Peut-on chérir la paix lorsqu’on est agent secret  ? Douter du bien-fondé de certaines missions lorsqu’elles vous sont présentées comme vitales pour votre mère patrie  ? Peut-on rester sourd et aveugle aux charmes très différents du pays qui vous abrite depuis 15 ans  ? Voilà toutes les questions que pose The Americans***, qui est bien plus qu’un roman d’espionnage ordinaire.

Déco et costumes l’indiquent, nous voilà transportés dans les années 80, à l’heure où le ton est sérieusement remonté entre les présidents Reagan et Brejnev, sur fond de menace nucléaire. Empoisonnements, infiltrations, postiches, micros et même parapluie trafiqué  : toute la panoplie du parfait agent secret a été convoquée. Avec son générique “vintage” mêlant vieilles photos et images d’archives, “The Americans” offre un beau voyage en 13 épisodes, entamé à la rentrée 2012 sur la chaîne FX.

Il faut dépasser la mise en place un peu forcée du premier épisode pour découvrir la vraie nature et la richesse de cette série signée Joe Weisberg, ancien agent secret. (Il a travaillé pour la CIA entre 1990 et 1994, un savoir-faire dont il se sert pour étayer son récit.)

Car une fois lancée, la machine ne connaît plus de ratés et offre un rôle complexe à souhait aux agents Rhys et Russel, obligés de se tenir à couvert tout en menant des missions de plus en plus risquées. Une existence où il est très ardu de distinguer le faux du vrai, surtout lorsque s’enclenche la ronde des sentiments. Et l’arrivée dans le quartier d’un nouveau voisin – Stan Beeman, membre du FBI –, va encore accroître la pression ambiante.

Au fil des épisodes, il est beaucoup question des possibles erreurs de jugements, dilemmes, cas de conscience et questionnements qui constituent le quotidien de ces spécialistes du renseignement. Ainsi que des dommages collatéraux qui ne sont pas de vains maux.

Loin des cascades et fusillades en tous genres, qui sont le lot des films de ce genre, la série explore l’impact sur la vie de tous les jours, le moral et les relations personnelles d’Elizabeth et Philip.
A force de dérobades et d’arrangements avec la vérité, comment savoir ce qui est réel ou supposé, normal ou déglingué ? Entre faux-semblant et réalités, la navigation se fait le plus souvent en eaux troubles, faisant perdre le nord à tout le monde. D’autant que le bien commun empiète le plus souvent sur la liberté ou la sérénité de chacun.


Ph.: FX

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