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28/09/2013

La “Onze” ou l’éternelle jeunesse d’un mythe

La Libre, Momento, Routes, Porsche 911, anniversaireDepuis cinquante ans, la Porsche 911 est l’archétype de la voiture de sport. Ancienne ou flambant neuve, la “Onze” est toujours bien présente sur nos routes car, tel un mythe, elle a su se renouveler tout en restant elle-même.

Coup de volant: Dominique Simonet


A UNE ÉPOQUE OÙ TOUT passe, tout casse, tout lasse, la longévité fait figure d’exception et, du coup, suscite une admiration décalée. Ainsi en va-t-il de tout, et notamment d’une machine considérée comme la quintessence de la voiture de sport, la Porsche 911. La “Onze”, pour les intimes, vient de fêter son cinquantième anniversaire. Enfin, à peu près puisque, si le prototype T8 fut bien présenté le 12 septembre 1963 au salon de Francfort, c’est sous la numérotation de 901. Il fallut plus d’un an avant la commercialisation de celle qui, entre-temps, était devenue 911 parce que Peugeot se réservait les appellations d’automobiles de trois chiffres avec un zéro au milieu.
 
Cinquante ans après sa présentation, la 911 est toujours là, fer de lance de la firme de Stuttgart. D’autant plus étonnant qu’elle a tout pour être démodée, à commencer par son architecture avec moteur en porte-à-faux arrière, c’est-à-dire positionné derrière l’essieu propulseur. A part la Smart, elle est le seul véhicule à fonctionner sur ce principe vieux comme l’automobile.
 
C’est qu’elle se veut l’héritière de celle qui l’a précédée au catalogue de la marque, la 356 et, par elle, de la Volkswagen Coccinelle, elle aussi avec le moteur bien en arrière. Lancée en 1948, la 356 était en effet étroitement dérivée de la Cox et de son moteur 4 cylindres à plat refroidi par air. Mais, au début des années soixante, le châssis de la 356 est arrivé au bout de ses possibilités de développement, et le bureau d’étude de Porsche à Weissach (voir ci-contre) s’est mis à l’ouvrage.
 
Ainsi Porsche a conçu sur papier une voiture à l’ancienne mode, soit propulsée de l’arrière alors que les tractions, plus simples à tenir sur la route pour le commun des mortels envahissaient le marché. Ainsi, la firme de Stuttgart débarque, en 1963, avec un véhicule de sport à propulsion, avec un potentiel moteur 50 % supérieur à celui de la 356. Ce fut un choc. “La 356 était une voiture de sportif romantique, analyse Philippe Casse, historien de l’automobile. Au lancement de la 911, ces mêmes sportifs romantiques l’ont trouvée trop moderne. Allant beaucoup plus vite, elle était exigeante pour le conducteur. Pour les sportifs romantiques, ce n’était plus une Porsche.”
 
Et c’est la Porsche avec la plus grande longévité. Dans l’histoire de l’automobile, elle se classe troisième. En tête des véhicules toujours existants en respectant l’épure initiale, le Land Rover, connu depuis 1990 sous le nom de Defender, promène sa ligne angulaire sur toutes les pistes du monde depuis 1948. Puis vient la ronde Volkswagen KdF (pour Kraft durch Freude, la force par la joie…), produite au compte-gouttes à partir du 3 août 1940, et à grande échelle à partir de 1947 jusqu’au 30 juillet 2003. Puis vient sa lointaine héritière, la 911.
 
Cette longévité est due à l’un des nombreux paradoxes entourant la reine des sportives : tandis que sa silhouette galbée subissait de régulières actualisations, “de génération en génération, on a fait progresser ce concept antédiluvien qu’est le moteur arrière”, explique Philippe Casse. Sur le châssis de la “Onze” actuelle, il y a 50 ans d’un progrès technologique qui va lui-même en s’accélérant.
 
Si elle est toujours là, la Porsche 911 n’en a pas moins connu quelques désaffections commerciales, notamment parce qu’elle a souffert à certains moments d’une mauvaise image. Certains patrons ont proposé d’arrêter sa production. Pour cette voiture peu soucieuse de ses émissions polluantes, les exigences environnementales auraient pu être fatales.
 
En effet, début des années 90, le concept du moteur refroidi par air s’essouffle, limité à deux soupapes par cylindre. Comme l’explique Philippe Casse, “au mieux un moteur respire, au moins on doit lui donner du carburant pour fonctionner”. Or technologiquement, il est quasi impossible de placer quatre soupapes par cylindre sur un “flat 6” refroidi par air.
 
Confronté à la nécessité de contrôler les émissions polluantes et donc la consommation de ses véhicules, Porsche est passé au refroidissement par eau sur sa “Onze” à partir de 1997. La mort dans l’âme, car la voiture risquait de perdre la sienne, à savoir son bruit. Du moteur refroidi par air, le rugissement caractéristique était la signature sonore.
 
Si on entend toujours la 911 avant de la voir, c’est parce que les ingénieurs du bureau d’études conçoivent, pour chaque nouveau véhicule maintenant refroidi par eau, des circuits d’échappement diaboliques, qui préservent la signature sonore du véhicule. Si on les écoute côte à côte, les nouvelles “Onze” font un bruit très différent de celui des anciennes, mais le client y a trouvé son content.
Ancienne ou flambant neuve, la “Onze” ne semble donc jamais devoir quitter nos routes.
 
Avec son bruit de puissant félin qui vous parcourt l’échine, mélodie pour six cylindres à plat et échappement diabolique.
 
Avec ses courbes : “Cela représente le mythe, juge Bernard Van Bellingen, porte-parole de la marque en Belgique, et si on change une courbe, ça casse le mythe de la ‘Onze’”. Pour preuve, en 1997, Porsche a modifié un peu la forme des phares. Sous le feu des critiques de la clientèle, la marque est revenue à la rondeur initiale sur le modèle suivant, dès 2004.
 
Avec une polyvalence et un plaisir de conduire toujours renouvelés : dans la 911 en effet, la symbiose entre conducteur et machine frise la perfection. A ce compte-là, après 7 générations et 820 000 unités vendues à ce jour, rendez-vous dans 50 ans, pour le centenaire de la bête.
 
 
- Et ce n’est jamais fini. Au salon de Los Angeles, en novembre, Porsche présente les nouvelles 911 Turbo et Turbo S Cabriolet. La première “Onze” Turbo est apparue à grands fracas il y a juste 40 ans.
- Exposition “Ferdinand Porsche. L’héritage. De l’électrique à l’électrique. Du 6 décembre au 19 janvier à Autoworld, Cinquantenaire, Bruxelles.
 
 
Ph.: Porsche

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