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30/09/2013

Petit dico de la Fashion Week

La Libre, Momento, Tendances, Fashion WeekPour que rien ne vous échappe.

Récit: Aurore Vaucelle
Photo: Johanna de Tessières


Les drinks de Fashion Week
Il serait utile de distribuer des boissons énergisantes aux journalistes, le long de la course sans fin des défilés journaliers. Parfois un sponsor habile, en mal de pub, dépose son breuvage sur le banc qui attend les journalistes, arrivant échevelés du défilé précédent.
Et puis, il y a les rituels. Ceux qui savent recevoir. Chez Lanvin, il n’est pas rare que l’on vous offre un p’tit verre qui pétille ; chez Vuitton, à 10h, le mercredi, le café est servi. Et puis, il y a la maison Martin Margiela. Fidèle aux idées de son génial maître initial, Martin Margiela, qui décidait d’offrir un verre, comme dans une vraie “party”. Mais comme il n’en était pas à un détournement près, son truc à lui, c’était de servir du vin rouge dans des gobelets en plastique. Critique du luxe oblige. Margiela parti, la tradition est restée. C’est ainsi que, dans cette ambiance chic de la Fashion Week, on voit tout ce petit monde siroter son pinard dans des gobelets de plastique. Un classique de la Fashion Week.


Backstages (n.m., anglicisme)

Le mot coulisses est lui aussi passé du côté British de la langue. Coulisses n’est d’ailleurs plus usité que pour décrire une sorte de trombone, d’où sa baisse d’utilisation dans le milieu de la mode.
Il règne autour des backstages un parfum de mystère, d’interdit, d’excitation, qui, malgré le fait qu’on en ait déjà tout vu ou à peu près, ne semble pas s’émousser. Ne rentre pas dans les coulisses qui veut. Il faut montrer patte blanche auprès d’un massif portier. Et il ne suffira pas de “trempouiller” votre mimine dans la farine… Alors jouez d’imagination. Dites que vous accompagnez la personne qui vient juste de rentrer : “Je suis son assistant…” Il y a tellement d’assistants en tout à la Fashion Week.
Ou alors, citez avec assurance le média pour lequel vous travaillez : – “Le Herald Tribune ?” – “C’est OK.”, – “Le Vogue ?” – “Vous pouvez passer.”, “La Libre Belgique ?” – … Un temps d’attente puis… “Passez vite.” Car le portier, dans le doute, ne prend jamais le risque de passer à côté d’une parution, de peur de se faire remonter les bretelles.


L'uniforme qu'il faut avoir
Suivre la Fashion Week nécessite d’avoir une panoplie bien spécifique, un peu comme quand on va à un safari. Après tout, la mode, c’est aussi la jungle. La jungle urbaine sur talons. Durant l’événement, chacun se positionne sur l’échelle de la société mode en fonction de l’uniforme qu’il arbore.
Des hauts talons et un mini-sac à main : vous êtes venue au défilé avec un chauffeur particulier, vous serez assise au premier rang, le Front Row.
Vous arborez un appareil photo, son pied, un sac banane, une veste nouée à votre taille, le cheveu collé sur le front : vous faites partie de la horde de photographes qui se bat pour faire son boulot et avoir une place pour son viseur en face du podium.
Vous arborez une cravate parce qu’on vous y a forcé ce matin et une veste un peu dépenaillée sous le coup de la menace : vous êtes vigile et sous prétexte que l’événement du jour est mode, il faut porter quelque attirail particulier.
Vous portez un sac à ordi et un goûter dans votre sac à main rempli de tout le nécessaire de la journée de reportage :
1/ C’est pas très fashion tout ça.
2/Vous êtes journaliste pour un quotidien belge de qualité…


"Uncross your legs!"
En général, quand on entend meugler cette phrase en défilé, c’est que le moment où celui-ci va commencer n’est pas loin. Violemment éructée en plusieurs langues par quelques photographes qui ont perdu patience (et peut-être la raison par la même occasion), cette phrase suscite le conflit entre professionnels sur le lieu même du show. On s’explique. Généralement, les photographes sont présents plus d’une heure avant le début du défilé, histoire d’être bien placés et d’obtenir de bons clichés. Ensuite de quoi les invités assis arrivent. Les ennemis des photographes – ceux qui vont subir leur foudre – sont précisément ceux qui sont positionnés en Front Row. Car, tout en papotant avec leur voisinage, ils ne se rendent pas compte que leur sac à main ou leurs jambes croisées se baladent dans l’objectif des photographes – qui ont assez attendu pour avoir une prise de vue correcte.
Les lumières s’éteignent, les papotages se font plus chuintants et pourtant les jambes des invités se balancent dans l’objectif d’un pro qui, tout à coup, hurle sur les invités : “Uncross your legs and move your bag !” (suivi d’invectives moins polies qu’on ne citera pas ici, pour maintenir le ton de la bienséance). Ainsi donc, la Fashion Week crée des liens entre collègues.


Fashion Week: So what?
S’il était un temps où le monde de la mode était régi par les (couturiers) français et donc en langue française, ce n’est plus le cas. “La semaine des défilés” est une appellation qui relève du passé. On parlera désormais de Fashion Week et pas question de discuter terminologie. Pour bien faire et pour montrer que l’on sait de quoi l’on parle, il faudra prononcer l’expression “Fashion Week” avec un ton à la fois mystérieux et emprunté, qui donne l’impression d’appartenir à un cénacle de gens avisés. On pourra aussi le prononcer avec une voix fluette montant dans les aigus, la parfaite imitation des modeux de tout poil qui courent Paris durant cette période dans l’espoir d’entrer (sur un malentendu) dans l’un de ces lieux de défilés prisés mais interdits au grand public.


Front Row (traduction: premier rang)
La semaine de la mode est un moment extrêmement hiérarchisé. Il y a ceux qui sont assis au défilé et ceux qui restent debout. Ces derniers sont appelés les “Standing”, leur invitation est marquée d’un “S” presque diffamatoire et ils doivent attendre, contre vents et marées, que tout le monde soit entré dans la salle du show avant de passer eux-mêmes la porte de l’événement. Si trop de monde il y a finalement, ils repartiront sans avoir rien vu.
Parmi les personnalités munies du sésame “Invitation”, il y a ceux que l’on installera en Front Row. Le premier rang signifie que vous avez mérité d’être ici, et mieux que cela, que vous pouvez vous y montrer, pour une bonne raison. En Front Row, vous aurez droit aux honneurs de la presse people qui filme et mitraille de photos. En Front Row, parfois même, vous aurez droit à un petit cadeau. Qu’est-ce qu’Anna Wintour doit avoir comme cadeaux “fashionable” – car la prêtresse du “Vogue US” n’est jamais assise ailleurs qu’en Front Row. Ce qui lui permet parfois de filer à la fin du show sans demander son reste – ou sans donner son avis sur la collection présentée.


C'est quoi un D.A.?
Il est temps d’apprendre les acronymes du milieu. “D.A.”, c’est pour Directeur Artistique. Il a été beaucoup question de cette notion à l’époque où il a fallu rapidement remplacer John Galliano chez Dior. Avant Raf Simons, on avait évoqué Marc Jacobs, mais il eut fallu que ce dernier quittât la direction artistique de chez Vuitton… Bref, le D.A., c’est celui qui donne le ton à la marque qu’il dessine. Si certains dessinent pour leur marque en propre (Felipe Oliveira Baptista, J.C. de Castelbajac), ce n’est pas le cas pour tout le monde. En effet, là où il ne faut pas se mélanger les pinceaux, c’est quand le D.A. ne dessine pas en son nom. Exemple : parmi les D.A. célèbres, Alber Elbaz chez Lanvin, Christophe Lemaire chez Hermès, Karl Lagerfeld, trois décennies de Chanel pour lui.


Amazing! (traduction: fabuleux, extraordinaire!)
Interjection la plus citée durant la Fashion Week. Si tu ne l’as pas même dit trois fois, c’est que tu es un importun qui n’y connaît rien.
Ne pas trouver une collection “extraordinaire” relève soit du manque de lucidité, soit de reconnaissance – ici, les deux notions sont liées, car après tout, on t’a invité à venir la voir, ne l’oublie pas.
On regrette parfois ces effluves de compliments de façade. D’abord parce que les créateurs eux-mêmes avouent volontiers que les bonnes idées, il y en a bien peu par saison, et qu’il est difficile de faire à chaque fois de “l’extra-ordinaire”. Et puis, faut-il le dire : le journalisme de mode a du bon quand il offre une vision un tant soit peu éclairée – et pas forcément vindicative d’ailleurs. En plus, on vous le demande sérieusement : qui a juste envie de se faire cirer les pompes avec une voix hystérique, à répétition ?
Ou bien, alors, il est temps de créer un nouveau gimmick d’enthousiasme. Quelqu’un a pensé à la variante “So amazing” ?

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