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01/10/2013

Champs retrouve ses singeries

La Libre, Momento, Vie de château, Champs-sur-MarneDepuis trois mois Champs-sur-Marne est devenu à la mode. On se presse pour redécouvrir cet endroit illustre, fréquenté par de hauts personnages et restauré voici 100 ans par des Belges d’origine, les Cahen d’Anvers.

Philippe Farcy


CHAMPS, SITUÉ À QUATRE LIEUES de Paris, c’est une longue histoire que Claude Fregnac en 1963 et d’autres après lui ont contée dans des livres de “castellologie” consacrés à l’Ile-de-France. Champs-sur-Marne est à la mode depuis cet été car le château a été totalement restauré après un effondrement intérieur qui eut lieu en 2006. Il est rouvert depuis le 30 juin. Ce petit drame, qui ne vaut pas celui de l’hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis, fit réagir les pouvoirs publics qui n’en faisaient plus grand-chose depuis 1972, lorsque l’Etat racheta l’hôtel de Gaston de Rothschild sur l’avenue de Marigny, juste en face de l’Elysée. Le Marigny sert de lieu de résidence aux hôtes étrangers les plus prestigieux. Avant cela, le général de Gaulle offrait Champs à ses collègues présidents venus du monde entier, le temps de leur séjour français, quand il ne lui préférait pas le Grand-Trianon, à Versailles.
 
Champs a vu passer un monde fou et du plus beau, mais les débuts furent un peu chaotiques car le domaine fut “lancé” au départ de rien par Charles de La Touanne, trésorier de l’Extraordinaire des guerres. Les travaux commencèrent en 1699, avec l’appui des architectes Pierre Bullet et Jean-Baptiste Bullet de Chamblain, mais furent arrêtés, comme le maître d’œuvre, accablé par une faillite qui le fit “mourir de saisissement” d’après son oraison funèbre, écrite par La Bruyère quand même.
 
Cette fin tragique aiguisa l’appétit d’un parvenu, le sieur Paul Poisson de Bourvalais, qui passa du caniveau au sommet de la société, jusqu’à choquer les beaux esprits et les gens de qualité qui ne lui en trouvaient guère. Fils de paysan, laquais, commis aux finances, protégé par le chancelier de Pontchartrain, Conseiller secrétaire du roi, il sera une sorte de Fouquet en mode mineur. Devenu sire de Noisy en 1706 (102 000 livres payées pour près de 200 ha), il posséda également un hôtel à Paris, sur la jeune place Vendôme (ex Louis-le-Grand). Et pas n’importe lequel puisque c’est là que réside actuellement le Garde des Sceaux.
 
Champs, acheté en 1701, sera terminé en 1707, parc et jardins inclus. Bourvalais était un financier pourri tel que ceux qu’Alain-René Lesage stigmatisa dans sa pièce de 1709 “Turcaret”. C’est une sorte de Tartuffe en pire puisqu’il jouait avec l’argent de l’Etat. Mais à vouloir s’approcher du Soleil, on se brûle. Il fit faillite lui aussi en 1715, laissant une ardoise de quatre millions de livres. En 1716, notre antihéros fut arrêté et embastillé. Il mourut en 1719, laissant une fille bien mariée puisque unie au comte de Simiane, un Provençal qui aimait le vrai soleil. Simiane, qui avait en main d’autres maisons, vendit Champs à la princesse de Conti, fille de Louis XIV et de Mlle de La Vallière. Vingt ans plus tard, Champs fut donné par elle à son neveu, le duc de La Vallière, qui y mena grand train et y créa même un théâtre. Proche de la Pompadour, il lui laissa Champs contre un petit loyer : 12 000 livres annuelles. Une folie, mais la marquise aimait Champs et fit décorer les salons par Jean-Baptiste Huet, déjà faiseur de décors charmants emplis de singeries et de chinoiseries, à Chantilly chez les Condé et chez les Soubise dans le Marais, à Paris.
 
Le temps passa. La marquise s’en alla aux cieux en 1763 et le duc vendit Champs sur-le-champ au profit de l’armateur nantais Gabriel Michel (1702-1765), trésorier de l’Artillerie. Honnête homme, l’histoire de Paul Poisson ne se répéta pas. Champs passa à sa fille, Henriette-Françoise Michel, héritière de huit millions de livres, marquise Jacques Auger de Marbeuf, raccourcie sous la Terreur le 5 février 1794. Paris lui a donné une rue dans le VIIIe. Champs fut alors hérité par le duc de Lévis-Ventadour. A sa mort en 1830, il fut vendu à M. Grosjean, puis à Ernest Santerre, et en 1895 arrivèrent les Cahen d’Anvers.
 
 
Histoire récente
 
Sur le site www.monuments-nationaux.fr, on vous dit tout de l’histoire récente de Champs-sur-Marne. En 1895, Louis Cahen d’Anvers, fait comte italien (chose unique partagée avec les Camondo), acheta Champs. Joseph Cahen possédait, lui, le château de Nainville. Il fit restaurer la demeure par Walter Destailleurs et le parc par Henri et Achille Duchêne, souvent rencontrés dans les propriétés belges. Les Cahen sont évidemment d’origine belge, alliés aux Bischoffsheim, et ils constituèrent des collections d’art français qui firent merveille dans un cadre aussi bien choisi. 700 objets et meubles (sur 2 000 offerts, restaurés, regroupés et remis au château) rendent à cette maison son lustre d’antan. Tout a été restauré au-dedans et on peut visiter de nombreuses nouvelles salles, des cuisines aux salles de bains. Un ascenseur permet aux handicapés d’atteindre les étages. Des bornes Internet expliquent l’histoire des lieux. Et les malvoyants ne sont pas oubliés. Champs redevient un lieu exceptionnel.
Infos : 31 rue de Paris, 77420 Champs-sur-Marne. Tél. : 00.33.1.60.05.24.43. Autoroute A4, sortie 10. Tarif : 7,50 €.
 
 
Ph.: Ch. Lehenaff/PhotoNonStop/Reporters

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