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05/10/2013

Brame d'un soir

La Libre, Momento, Sorties, brame du cerf, activitéDe mi-septembre à mi-octobre, le cerf brame dans les Ardennes. Récit d’une soirée à l’écoute de la nature.

Lauranne Garitte


IL EST 18 HEURES. LE SOLEIL commence à se faire timide en cette fin d’après-midi d’automne. Dans un petit village perché dans les Hautes Fagnes, une vingtaine de personnes affluent dans une salle communale. Au mur, un écran annonce une présentation du “brame du cerf”. Lorsqu’un guide agréé prend la parole et se met à raconter l’histoire de la reproduction du cerf.

A la fin de l’été, les cerfs quittent leurs quartiers pour se rapprocher des biches. Durant un mois, ils fréquenteront des “places de brame” pour assurer la reproduction. Là, ils vont se faire entendre pour plaire au plus grand nombre de biches, grâce à leur brame. Un cri saisissant et intense qui signale la présence d’un cerf à ses congénères. Le cerf défend ainsi sa harde de biches contre les autres concurrents beaux et forts. Parfois même, quand le brame ne suffit pas, les cerfs en viennent aux bois. Les combats entre mâles se succèdent pour obtenir la maîtrise d’une harde et définir qui est vraiment “le roi de la forêt”.

Trêve de théorie et place à la pratique ! C’est d’un pas optimiste que la plupart des curieux suivent les guides expérimentés. Direction la forêt et ses sites où tout le monde espère entendre cette manifestation impressionnante de la nature. Le guide somme toutefois que “le brame n’est pas une science exacte. Il arrive que les cerfs ne brament pas, car cela dépend, par exemple, de la météo”. Mais tout le monde joue le jeu. Seul le silence est grand, tout le reste, on le délaisse.

Le premier endroit surplombe une plaine que les paires d’yeux se mettent à regarder derrière une palissade. Effectivement, les Ardennes regorgent d’aménagements pour tenter de voir l’un ou l’autre cerf bramer ou combattre. L’ambiance est sereine. Chacun se concentre sur un petit coin de cette étendue de verdure où quelques vaches paissent. Mais ce que tout le monde veut voir, ce sont ces majestueux cerfs en pleine complainte amoureuse.

L’expérience visuelle se complète par une expérience auditive hors du commun. Chaque bruit acquiert de l’importance. Le vent qui se glisse dans les feuilles, les cris lointains des renards, ou encore les sifflements des tarins font tout à coup sursauter. Le ciel devient rose, les yeux se fatiguent, et l’horizon disparaît, sans l’ombre d’un cerf. Car partir à l’écoute du brame, c’est aussi cela : ne pas l’entendre, mais (re)découvrir les secrets sonores des forêts ardennaises. Cependant, l’optimisme et la patience pour maîtres, le guide décide d’emmener le groupe vers un second lieu d’écoute.

Il fait désormais très sombre. Et dans le calme de la forêt, la balade se poursuit au fil des chuchotements informatifs du guide : “Savez-vous qu’un cerf perd entre 50 et 60 kilos lors du brame ? Il donne tellement d’énergie à rassembler sa harde qu’il en oublie de se nourrir.” Les informations s’interrompent dès qu’un bruit semble ressembler au brame. Mais le groupe n’y croit plus vraiment. “Il y a beaucoup de vent. Cela n’aide pas à entendre les cerfs”, explique le guide.

Après quelques heures d’oreilles tendues vers la forêt, quelques personnes se découragent et partent. Mais c’est au moment où les derniers courageux prêtent une dernière fois attention qu’un cerf se fait tout à coup entendre. Un long brame venu de l’horizon en appelle un autre, plus proche, cette fois. La forêt et ses plaines s’emplissent d’une atmosphère merveilleuse et impressionnante. L’authenticité des Ardennes apparaît alors comme une évidence dans cette nature qui redevient reine, avec, pour uniques rois, ces cerfs qui brament dans l’obscurité des bois.

La période de brame s’achève vers la mi-octobre. Ensuite, l’automne laisse place au rude hiver des nuits belges. Et c’est vers la fin du printemps et le début de l’été que les biches donnent naissance à leurs faons. Des faons qui, plus tard peut-être, feront comme leur père. Ils brameront pour montrer leur puissance et révéler aux curieux venus en forêt que la nature fait vivre parfois des moments uniques.

A Jalhay-Sart : les 4-5 et 11 octobre. 3€/adulte. Gratuit pour les enfants.


Ph.: Reporters/Weiss/Sunset

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