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06/10/2013

Hanovre, la ville de G.-W. Leibniz

La Libre, Momento, Escapade, Hanovre, AllemagneHanovre fut un duché et un royaume, une terre prospère. De ses rangs, sortirent les rois d’Angleterre. Sur ses murs, coula le sang de la guerre.

Découverte: Philippe Farcy


HANOVRE, DANS CETTE Allemagne vaste et plate qui file jusque Berlin et bien au-delà, est un peu une ville à la campagne qui aurait grandi avec le temps, au milieu de nulle part. Brandebourg partage cette caractéristique d’isolation géographique. D’une petite cité déjà mentionnée au XIIe siècle, Hanovre est devenue, au XXe siècle, une métropole qui rayonne vers d’autres cités dont elle était, avant 1866 (intégration dans la Prusse, suite à la défaite de Sadowa), la capitale, comme Goethingue, Lunebourg, Stade, Hildesheim, tout près de laquelle se trouve le principal château de la famille grand-ducale (voir encadré), Osnabruck et Emden. La Maison de Hanovre, issue des Brunswick-Lunebourg, fut, parmi les près de trente familles régnantes de l’actuelle Allemagne, une des plus puissantes jusqu’au XVIIe siècle inclus. Puis, par l’élévation de George Ier à la royauté britannique, en 1714, le Hanovre fut dirigé depuis Londres. Et cela dura jusqu’en 1837. Le second mari de la princesse Caroline de Monaco, Ernest-Auguste, est membre de cette illustre lignée.

Du Hanovre ancien, il ne resta pas grand-chose après les bombardements américains de juillet 1944, sinon des images en noir et blanc et des tableaux plus anciens conservés au musée. La ville était belle jadis. Elle ne l’est plus, soyons franc, sinon par ses espaces verts, et ce ne sont pas quelques ruelles et quelques dizaines de façades à colombages qui vont nous faire changer d’avis. Cela dit, la situation du point de vue visuel est pire à Essen et à Düsseldorf.

Avant-guerre, la ville se composait, d’une part, d’une cité ancienne piquée d’églises et de temples réformés ceinturés de leurs cimetières, de petites places et de rues marchandes. Les restes, bien maigres et sans doute faux en partie, abritent encore les restaurants, les magasins élégants et quelques antiquaires. C’est là aussi que se trouve, sur le bord de la petite rivière Leine, l’ancien palais royal dont l’apparence néoclassique n’a pas changé depuis 200 ans; c’est le Leineschloss dont les espaces sont dévolus à la chose publique. Il est venu remplacer deux autres palais dont celui qui fit les délices de Madame, princesse Palatine, surnommée Liselotte et seconde épouse du frère du roi Louis XIV. Les lettres de la Palatine évoquent le côté simple de la vie de cour qui se partageait avec Iburg, mi-château fort, mi-abbaye. Jeune, Liselotte vint habiter chez sa tante Sophie, dont le mari, tout prince qu’il était, fut fait évêque réformé en cette ville qui se partageait entre les fidèles à Rome et les luthériens.

D’autre part, à Hanovre, on vit fleurir, vers le milieu du XIXe siècle, une ville neuve, organisée autour de quelques bâtiments majeurs comme l’opéra ou le musée (néoclassiques), la gare (néoromane, superbe par sa taille et son apparence orangée) et l’énorme hôtel de ville (néorenaissance; sa tour à bulbe est étonnante), mais aussi de quelques sièges de banques locales. Chacun dans son domaine affichait sa puissance et ses moyens. Les larges avenues sont toujours là, mais généralement bordées d’immeubles sans fard.

Une de ces avenues mène à un immense lac (See, comme disent les Allemands) creusé sous les nazis et encore orné en un angle d’une sculpture typique de ce temps, un homme nu tenant un flambeau, posé sur un socle blanc de vingt mètres de haut. Ce lac profond de trois mètres au maximum, long de trois kilomètres et large de 400 mètres, fut imaginé pour donner du travail à une population désœuvrée, suite à la crise de 1929.

Si Weimar compte sur Goethe pour faire venir du monde, comme Eisenach parie sur la famille Bach pour attirer les visiteurs, Hanovre peut s’appuyer sur G.-W. Leibniz (1646-1716) qui fut tout sauf musicien, et qui marqua son temps et le nôtre par ses recherches scientifiques et ses calculs mathématiques (rédigés en latin et en français), en plus d’être un philosophe, un juriste, un poète et un bibliothécaire. Il reste la gloire locale, tout comme le fut également un peu après lui le roi Ernest-Auguste Ier (1771-1851) dont la statue à cheval, sur le parvis de la gare, est superbe de prestance et de fierté. Il est devenu roi de Hanovre, car la loi salique empêcha Victoria de Kent de monter sur ce trône. Cette statue est un lieu privilégié de rendez-vous pour la population et pas seulement pour se protéger du soleil quand il tape, comme il le fit en août dernier.

Hanovre offre enfin, dans sa proche périphérie, un parc baroque magnifique, versaillais par ses bordures de buis et ses sculptures, et proche de Windsor par le luxe floral qui s’y déploie. Ce sont les jardins de “Herrenhausen”, immanquables quand on vient dans cette contrée. Ernest-Auguste Ier et son épouse y sont enterrés.


Marienburg
A Pattensen, non loin de Hildesheim, se trouve l’imposant château de Marienburg. Il demeure comme le symbole d’une puissante famille royale et ducale dont les territoires, au milieu de l’Allemagne, étaient du poil à gratter face à l’expansionnisme prussien. Les Hanovre et les Hohenzollern ne s’aimaient pas jadis. Ce château – qui est un gros gâteau néogothique – est en même temps un livre ouvert à la fois sur une dynastie et sur les arts de construire et de décorer entre 1860 et 1900. Une vraie merveille dans son genre. La bibliothèque circulaire, point grande, mais précieuse par ses boiseries, vaut le détour. C’est ici que Sotheby’s vendit, en octobre 2005, et pendant dix jours, des milliers de lots vendus à la demande du duc actuel, Ernest-Auguste V, ex-mari de Caroline de Monaco. Huit ans plus tard, le château est loin d’être vide, que du contraire. Sa visite s’impose.

Steinhude, une mer intérieure
A 30 km à l’ouest de Hanovre, se trouve un lac immense de 30 km². Nous sommes ici chez les princes de Schaumburg-Lippe qui résident au château de Bückeburg, où se trouve le plus grand mausolée privé d’Europe. Ils possèdent toujours la moitié du lac, partagé depuis 1973 avec le Land de Basse-Saxe. Steinhude est une surface incroyable. De manière naturelle, la profondeur de l’eau n’excède jamais trois mètres, et est en général de 1m30. Cela empêche certains types de bateaux. C’est le paradis des sports de glisse sur l’eau, mais aussi pour les cyclistes qui disposent de près de 40 km de promenade. Sur les plages de sable, les amoureux profitent du soleil en restant branchés sur le monde.


Ph.: Ph. Fy.

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