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07/10/2013

Stave, entre ruines et partage

LA Libre, Momento, Vie de château, StaveStave possède deux châteaux. L’un médiéval, en ruine, mais avec dépendances, et l’autre du XVIIIe siècle.

Philippe Farcy


QUE LA CAMPAGNE EST BELLE et vaste dans ce pays de Florennes, entre Sambre et Meuse. Les champs succèdent aux bois plus ou moins grands dans des vallonnements discrets, et, par beau temps, les vues sont immenses. Stave possède donc deux châteaux dont une partie de l’histoire est commune. Le plus important est celui dit du Franc-Douaire. Il remonte à l’époque médiévale, fut transformé aux XVIIe et XVIIIe siècles en maison de plaisance, mais il n’en reste presque rien. Le long des murs de pierre bleue, montent des dépendances récemment remises en ordre avec goût par les héritiers du bourgmestre d’Oret, José van Delft (+1993), dont une autre branche de la famille possède toujours l’élégant château néoclassique d’Oret-Mont à 5 km d’ici. Sans doute, les belles statues du parc d’Oret-Mont proviennent-elles du Franc-Douaire. Le Franc-Douaire était une terre franche mais dépendante de Liège, comme l’était Stavesoul, lieu-dit limité à une très belle ferme; elle appartenait jadis aux Berlo. Le château de Stave, lui, a toujours été une partie du comté de Namur; il relevait du bailliage de Bouvignes.

Jadis, le fief du Franc-Douaire, parfois écrit au pluriel, appartenait à l’abbaye de Bonnefontaine, dans le département des Ardennes. L’abbaye existe encore partiellement, sur la commune de Blanchefosse-et-Bay, pas très loin de Hirson. Cécile Douxchamps précise que, en 1545, l’abbaye vendit cette terre à Pierre de La Fontaine (lire “Le Parchemin n°407” de septembre 2013). Ses descendants, issus de différentes familles, garderont les lieux jusqu’en 1809. Au début du XVIIe siècle, Marie de La Fontaine épousa le baron Paul de Berlo, Grand Mayeur de Liège. Parmi les Berlo, souvent rencontrés dans cette série, le personnage le plus important de Stave fut l’évêque de Namur, Paul-Godefroid, né ici en 1701 de parents deux fois Berlo.

Il décéda en l’abbaye de Nivelles en 1771 où sa sœur était abbesse. Il fut le second des Berlo à monter sur le trône de Namur, et il régna de 1741 à 1771. Son trône épiscopal est intégré dans les stalles d’une cathédrale dont il lança les projets. Le Franc-Douaire passa après 1771 à une nièce de Paul de Berlo, Constance-Josèphe de Nassau, chanoinesse d’Andenne (1747-1766). “Elle légua sans doute la seigneurie à son frère aîné, Alexandre-Constantin de Nassau, Grand Doyen de Liège, Prévôt de Saint-Aubain à Namur (1738-1804), soit ‘Monseigneur de Nassau-Corroy’, dernier souverain ad interim de la principauté de Liège (par délégation du prince de Hoensbroeck). Il fit de jolis aménagements à Franc-Douaire. Il mourut en 1804 et légua le château à sa nièce, Amélie-Constance, comtesse de Nassau et de Corroy (1784-1832), épouse de Gillion, 2e marquis de Trazegnies d’Ittre, qui le revendit en 1809”, nous dit le marquis de Trazegnies.

Le 6 mai 1809, le domaine fut alors vendu par Gillion de Trazegnies à Charles-Nicolas de Thomaz, maire de Stave et époux de Marie-Caroline de Lierneux. Le bien passa ensuite à Eliza de Thomaz, baronne Justin de Labbeville, puis à sa sœur, la baronne Félix de Blockhausen, née Estelle de Thomaz de Stave.

En août 1914, le château fut incendié par les troupes allemandes. Une gravure romantique en donne encore le souvenir, et on se demande comment un canal si large pouvait y avoir été créé, vu la pente du parc et la position de la demeure castrale.


Le château de Stave
Le château dit de Stave était, jusqu’à la fusion des communes, la maison communale; elle a été transférée à Mettet. Cette demeure fut érigée vers 1770 dans un style toujours Louis XV. Cette partie de Stave namuroise appartenait aux Marbais depuis le début du XVe siècle. Par mariage, elle échut aux comtes de Glymes de Berghes, en 1501. Par les Glymes, Stave, comme Florennes et Freÿr, arriva aux marquis puis ducs de Beaufort-Spontin qui gardèrent ceci jusqu’à la période hollandaise. Ensuite, Stave passa aux Lierneux. Les Lierneux possédaient deux grosses fermes dans le village. En 1803, Hyancinthe de Thomaz (1774-1834) épousa sa cousine germaine Marie-Caroline de Lierneux (1785-1860), fille de François et de Marie-Catherine de Vaulx de Champion, née à Emptinne près de Ciney, dont la mère était une sire de Gougnies. Les Labbeville (le baron Justin, 1817-1890), époux d’Eliza de Thomaz, héritèrent de Stave en 1845 (ses armes figurent au fronton du château, dans l’église et à la chapelle du cimetière), puis vendirent le castel à la commune en 1875. Celle-ci y installa ses bureaux et l’école du village. Cette dernière fonction est toujours d’usage. On ne visite pas, mais tout ceci se voit parfaitement depuis les voiries.


Ph.: Ph. Fy.

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