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13/10/2013

Le Bordeaux en cocktail?

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Bordeaux, cocktailLes papilles belges, qui ont appris à connaître, à aimer et à respecter le vin de Bordeaux, sont plutôt réfractaires.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


L’AGENCE OFFICIELLE DE communication des vins de Bordeaux nous a fait parvenir un communiqué de presse invitant les Belges à consommer les vins de Bordeaux en cocktail. Le communiqué précisait : “Cet automne, tout droit venus de la culture parisienne et bordelaise de l’apéritif, les cocktails Bordeaux inspirent les afterworks et présoirées belges. Cet automne, les Bordeaux se montrent innovateurs, créatifs et surprenants. Avec quelques ingrédients pour sublimer les arômes, beaucoup de glace et un bon shaker, ils donnent naissance à des cocktails savoureux.”

Cette déclaration a évidemment provoquer d’abord l’étonnement, puis une certaine indignation, et, enfin, une réelle vexation de la part des amateurs belges de Bordeaux. Les Bordelais devraient venir plus souvent en Belgique pour apprécier notre culture du vin qui semble bien éloignée de la culture parisienne et bordelaise. Le Belge fait partie d’un peuple qui a appris à connaître, à aimer et, surtout, à respecter cette noble boisson qu’est le vin de Bordeaux. De génération en génération, ou dans le cadre de clubs œnologiques ou de séminaires de formation, le Belge a appris à identifier les différents terroirs, à discerner les caractères propres à chaque millésime, à prendre position pour le merlot ou le cabernet sauvignon.

On doit cependant avouer qu’ici, le dimanche, avant l’âge de la communion, nos parents nous autorisaient à boire un verre de vin, coupé d’eau, auquel on ajoutait du sucre ou de la grenadine. Heureux de pouvoir singer nos aînés, c’est à ce moment qu’a commencé notre éducation au vin. Mais, aujourd’hui, nous sommes adultes et matures, et nous aimerions bien que Bordeaux considère le marché belge comme un marché mature. Nous aurions préféré que ce style de campagne reste réservé au marché parisien ou bordelais.

Il est, en effet, difficile pour un Belge de comprendre comment Bordeaux peut avoir deux langages diamétralement opposés, l’un qui met en avant les particularités de ses multiples terroirs, la subtilité des arômes, la finesse des tannins, la persistance en bouche, l’art des vignerons, et l’autre, la consommation de Bordeaux passés au shaker.

Existe-t-il un seul vigneron à Bordeaux à qui un véritable amateur belge de Bordeaux pourrait avouer avoir dégusté le fruit de son travail avec des cubes de glace pour diluer sa teneur en alcool ou ses tannins rugueux ? Ou encore avec du gingembre pour lui donner un accent exotique tellement apprécié dans les vins du Nouveau Monde, avec un extrait de chorizo pour donner à son vin insipide un peu de caractère, avec une liqueur à base d’herbes aromatiques pour ajouter un peu de complexité à son pinard, ou avec du miel pour arrondir son tord-boyaux astringent et anguleux. Prévoit-on à Bordeaux des millésimes si difficiles que la seule solution sera de les consommer en cocktail ? Personne ne le pense, car jamais la qualité n’a été aussi bonne dans le bordelais que ces 10 dernières années.

C’est valable pour les grands crus classés qui, grâce aux moyens engagés, continuent sans cesse l’ascension qualitative vers des sommets auxquels peu d’autres régions du monde peuvent espérer arriver au moins à court terme. Mais c’est particulièrement vrai pour les Bordeaux et Bordeaux supérieurs qui présentent aujourd’hui le meilleur rapport qualité/plaisir.

Pour en finir, espérons que cette campagne n’est pas la première étape d’une stratégie de communication qui a pour but de nous préparer à la suivante. Car avec l’obsession d’être innovateur, créatif et surprenant, on n’est pas loin d’imaginer la mise sur le marché de pré-mix made in Bordeaux comme un Bordeaux-vanille, un Bordeaux-framboise, un Bordeaux- petits fruits noirs ou un Bordeaux-poivre noir.

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