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13/10/2013

Le charme discret de l'aubépine

La Libre, Momento, Dehors, aubépineTous, nous avons dans un recoin de notre mémoire un souvenir d’aubépine. Pilier de nos bocages, sauvageonne, en fleurs au printemps, en baies à l’automne.

Présentation: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


IL Y A QUELQUES SEMAINES, nous avions tiré le portrait de l’amélanchier. Aujourd’hui, place à l’aubépine. Epineuse mais à tout moment généreuse, elle a le bon goût de marier naturel et modestie. Présente sur trois des cinq continents, cousine de la rose comme le néflier, le cognassier ou le cotonéaster, elle compte dans ses rangs des centaines de spécimens différents difficiles à distinguer l’un de l’autre. Elle joue dans nos paysages un rôle essentiel et fait véritablement partie de notre patrimoine. Cela fait des temps immémoriaux, en effet, qu’on la plante en haie pour délimiter les parcelles de champs et de prairies. Avec sa ramure dense, impénétrable et ses épines acérées, dissuasive, elle décourage les chiens, les chats, le bétail en quête de liberté, l’amateur de bouquets et… le voleur. En d’autres mots, l’ancêtre du fil de fer barbelé. Mais elle peut aussi s’épanouir en un bel arbre solitaire. Très rustique, écologique à souhait, elle abrite les nids, loge et nourrit un nombre incalculable d’insectes, d’oiseaux, fauvettes, rossignols, mésanges, verdiers, merles, grives et tourterelles – pour ne citer qu’eux –, et offre un refuge aux hérissons.


Carte d'identité

- Profil. Crataegus vient du grec krataios qui signifie “puissance et force”. Sans doute pour la dureté de son bois qui aurait servi autrefois de billot pour les décapitations, et pour sa résistance aux situations extrêmes comme le vent. Petit arbre, de 6 à 8 m, à la cime arrondie et étalée, l’aubépine est intéressante à plusieurs périodes de l’année. En mai, juin, quand elle fleurit; dès septembre, quand elle croule sous les petits fruits; et enfin à l’automne, quand son feuillage s’enflamme.

- Feuillage. Les feuilles coriaces, vert sombre, légèrement luisantes sont simples, dentées et plus ou moins lobées. Elles apparaissent en mars, bien avant les fleurs. A l’automne, elles colorent joliment et, quand l’hiver est clément, elles persistent sur l’arbre assez longtemps.

- Floraison. Les fleurs blanches, roses ou rouges, d’environ 1 à 2 cm de diamètre, regroupées en panicules ou en corymbes, attirent les abeilles. Elles sont généralement odorantes. Un parfum doux, mais un peu fade. Assez indéfinissable. Certains grincheux hument une petite note de fumier, un rien désagréable.

- Fructification. Le fruit d’environ 8 mm, appelé cenelle, arrive à maturité en septembre-octobre. Jaune à rouge vif, voire noir ou bleu, légèrement allongé, il persiste jusqu’en hiver, alors que la plupart des autres baies ont disparu. Sa chair et sa graine sont appréciées des oiseaux. Riche en vitamine C, il est tout à fait comestible lorsqu’il est cuit. Mélangé à d’autres fruits comme les framboises, par exemple, riche en pectine, il donne d’excellentes gelées.

- Situation. Toutes les aubépines fréquentent le même genre d’habitat. Soit les plaines, lisières, taillis et terrains calcaires à l’état sauvage. Elles peuvent vivre jusqu’à plusieurs centaines d’années, leur croissance étant très lente et leur port bien ramifié. Chez nous, deux espèces indigènes sont répandues. Souvent, elles s’hybrident entre elles.


Aubépine commune
Les fleurs de l’aubépine dite commune ou épineuse, et en termes scientifiques, Crataegus laevigata – signifiant doux ou lisse, une caractéristique de sa feuille – ou oxyacantha, possèdent deux ou trois styles, et les fruits deux ou trois noyaux. Elle apprécie particulièrement les sols argileux et limoneux, les terrains frais et humides, mais on peut dire qu’elle est vraiment tout terrain. Elle accepte l’ombre, même si elle préfère la lumière directe du soleil. Ses petites grappes blanches interviennent environ deux semaines plus tôt que celles de C. monogyna.

Aubépine monogyne
La plus familière parmi les aubépines est Crataegus monogyna. L’aubépine des haies par excellence – même si elle peut aussi former un arbre de 15 m de haut –, celle des croyances et des coutumes populaires. On l’appelle l’épine blanche ou le bois de mai en référence à son mois de floraison, et l’aubépine “à un style”. Pour ceux qui auraient besoin d’un petit rafraîchissement botanique, sachez que le pistil, organe femelle d’une fleur, se compose d’un ovaire et d’un ou plusieurs stigmates et styles. Si l’aubépine ne comporte qu’un style, sa cenelle n’aura donc qu’un seul noyau. L’aubépine monogyne tolère n’importe quel sol, y compris les terres sèches et calcaires. Une vieille haie d’aubépine négligée accepte parfaitement d’être rajeunie. Taillez à 50 cm du sol et attendez trois, quatre ans, elle reformera une haie convenable. Ses épines de 1 à 2 cm laissent parfois au jardinier de vilains souvenirs.

Comment les distinguer?
Pour reconnaître les différentes aubépines, il faudrait en vérité disséquer la fleur et compter le nombre de styles, ou écraser un fruit et compter le nombre de noyaux. Mais en l’absence de fleurs et de fruits, retenez que C. laevigata, l’aubépine commune, se reconnaît à sa taille plus petite (6 m de haut au lieu de 8), à des épines moins nombreuses et à des feuilles moins découpées, faiblement lobées ou seulement un rien dentées. Cela dit, c’est une question de détails.

Amie du coeur
Déjà au 1er siècle, le médecin grec Dioscoride en vantait les vertus médicinales tonicardiaques, diurétiques et sédatives. Aujourd’hui, un grand nombre de préparations pharmaceutiques utilisent ses propriétés médicinales. Notamment pour réguler l’activité cardiaque, diminuer la tension, faciliter le sommeil et soulager l’anxiété. Les cenelles, riches en vitamine C, calment les maux de gorge. Pour les amateurs d’infusion ou de décoction.

Feu bactérien
Seule ombre au tableau, sa sensibilité au feu bactérien dû à la bactérie Erwinia amylovora dont la plante peut ne pas se remettre. Les parties contaminées se dessèchent et noircissent, comme brûlées par le feu. Souvenez-vous, dans les années 50, les aubépines étaient pointées du doigt, alors qu’elles n’étaient pas les seules vectrices de la maladie. A l’époque, le nettoyage par le vide n’en a pas épargné beaucoup. Des milliers de kilomètres de haies ont disparu. Aujourd’hui, pour leurs qualités écologiques, on encourage leur plantation. Interrogez le pépiniériste. Certains cultivars, comme ceux à fleurs doubles et Crataegus x lavallei, semblent bien résister à la maladie. Yves Coquette, du Garden Center du même nom, note aussi un nouveau cultivar issu de la recherche de l’université de Wageningen  : Crataegus succulenta.

Les plus jolies

L'aubépine la plus populaire d’entre toutes est ‘Paul’s Scarlet’, un cultivar de C. laevigata très souvent planté dans les jardins et le long des rues. Née en Angleterre, elle est spectaculaire en pleine floraison. Pas si scarlet que ça, ses fleurs doubles étant en réalité rose foncé. On croirait une myriade de minuscules roses sagement rangées les unes contre les autres.

'Crimson Cloud', adorable, un autre cultivar de C. laevigata, présente des petites fleurs simples aux pétales cramoisis à cœur blanc. Des petits fruits orangés suivent à la fin de l’été.

Crataegus x lavallei, nommée parfois C. x lavallei ‘Carrierei’ ou de carrière, est un petit arbre à la ramure étalée, de 6-7 m de haut, presque autant de large. A notre avis, un des meilleurs. Il présente peu d’épines, des feuilles longues non découpées devenant bronze à l’automne, des fleurs blanches et des fruits comme des billes orangées persistant jusqu’en janvier, février.

Crataegus tanacetifolia est aussi à retenir. Un élégant petit arbre originaire de Turquie, pratiquement dépourvu d’épines, dont les feuilles presque grises sont très échancrées. Sa floraison blanche précède les petites baies orange. C. laciniata, au feuillage encore plus découpé, lui ressemble.


Ph.: MNC & MPV

09:41 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, aubépine | |

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