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20/10/2013

L'Inde au jardin

La Libre, Momento, Dehors, Inde, jardin, SezincotePeu de jardins sont aussi représentatifs d’un autre monde que Sezincote dans les Cotswolds, en Angleterre. Difficile de ne pas songer aux Indes quand on y vagabonde.

Un goût d'ailleurs: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


SEZINCOTE, PRONONCER SEE-ZIN-KT, est un lieu à nul autre pareil. Le visiteur qui le parcourt aujourd’hui plonge dans un pan du passé légendaire de ce pays.

A l’époque glorieuse des colonies, le colonel John Cockerell rentre du Bengale et s’installe dans les Costwolds. A sa mort, le domaine passe aux mains de son jeune frère Charles, lui aussi retraité de l’East India Company. Ce dernier demande alors au troisième frère, architecte, de lui construire une maison qui lui rappellera ce monde qui le passionnait et qu’il avait quitté avec tant de regrets. La demeure prend très vite l’allure d’un palais des mille et une nuits. Elle s’inspire de l’architecture moghole du Rajasthan. Un des points les plus remarquables de cette construction est indéniablement le dôme en oignon qui semble flotter de façon surnaturelle au-dessus du toit. A l’origine en cuivre poli, il a pris aujourd’hui une splendide couleur vert-de-gris. Quelques minarets ponctuent l’ensemble. Un savant mélange de styles hindou et musulman avec quelques accents bien anglais. Le tout reflète l’amour et le respect qu’avaient pour leur colonie les habitants des lieux.

Ce n’était pas le cas de la majorité en ce début de XIXe siècle. Un paternalisme condescendant, teinté de mépris pour la civilisation indienne, était assez courant. C’est pourquoi les Cockerell donneront, à l’intérieur de cette demeure si originale, une allure très british plus conventionnelle. Cette architecture excentrique est perçue alors par la majorité de ses visiteurs comme totalement grotesque. Cela n’empêche pas le roi George  IV de s’en inspirer lorsqu’il fait construire le pavillon royal de Brighton. Qui n’a de pavillon que le nom.

Au départ, les jardins de Sezincote étaient un parc pittoresque “à l’anglaise”. En 1944, Lord et Lady Kleinwort rachètent le domaine qui a énormément souffert des deux guerres. La restauration débute et se poursuit aujourd’hui encore sous la férule de leur petit-fils. En réalité, il existe deux jardins. Celui devant la maison, assez formel, s’organisant autour d’un petit canal, et le jardin non loin de l’entrée, plus dans la tradition des jardins romantiques.

Le premier est basé sur le dessin classique du paradis persan. Il est l’œuvre de Lady Kleinwort. Un long canal, ponctué de conifères élancés soulignant la géométrie des axes, croise un sentier en un point central. Ils symbolisent les quatre fleuves de la vie. L’influence moghole est claire, on perçoit les réminiscences des jardins du Taj Mahal. Deux statues d’éléphants saluent le visiteur. Références nostalgiques à cet univers perdu.

Le second jardin se découvre de part et d’autre du pont qui enjambe un petit cours d’eau. Des taureaux à bosse décorent la balustrade. L’eau s’écoule, bordée de plantes de marécage. La vue qui s’offre au promeneur reflète la vision traditionnelle des jardins de l’époque, mais l’œil peu à peu y détecte les traces des contrées lointaines qui marquèrent l’histoire familiale des habitants. Ainsi, ce serpent à trois têtes enlacé autour d’un faux tronc au centre d’un bassin.

Ce lieu à l’atmosphère étrange semble traverser le temps, imperturbable. Fusion entre deux civilisations opposées et aujourd’hui disparues, il doit son charme au patient travail de restauration de ses propriétaires. A découvrir.


Une pivoine blanche
Victor Jacquemont, célèbre botaniste français, prit un jour la route des Indes. Le Muséum l’y envoie. Il quitte alors ses amis, Stendhal, Mérimée et Rossini ainsi qu’une belle diva qui le faisait souffrir, et embarque à Brest à bord de la Zélée. En 1829, le voici à Calcutta. Il découvre les Indes anglaises ainsi que la société britannique qui y évolue. Grâce à son charme et à sa distinction naturelle, il sera vite l’enfant chéri de la colonie britannique qu’il observera pourtant sans complaisance. Bientôt, il est au pied de l’Himalaya. Il gravit avec obstination pentes et sommets et en fait la description dans son journal. Etrange pays, plein de rhododendrons, “les plus beaux du monde”. Et puis, il y a cette pivoine inconnue jusqu’à lui, blanche, éblouissante qu’il décrit et qui fait maintenant partie de nos plus belles plantes ornementales. Il la nomme Paeonia alba, aujourd’hui Paeonia emodi.


Ph.: MNC & MPV

12:41 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, inde, jardin, sezincote | |

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