Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

21/10/2013

Indian Style

La Libre, Momento, Tendances, Inde, modeAvec le petit vent d’Europalia.india qui souffle dans l’air(e) culturel(lle) de Bruxelles, on aurait tous tendance à devenir un peu indomaniaque. En substance, qu’est-ce que le style indien ? Bien sûr, dans une nation qui a fait de la mixité son identité, la mode n’est pas unilatérale. Elle y est traditionnelle et conventionnelle, parfois, définitivement bariolée, souvent. Symbolique, à n’en pas douter.
Attention, cependant, à ne pas confondre la mode des Indiens avec la mode des Indiens, celle à franges et chaussures en daim, dont on vous parlera une prochaine fois.

Essayage: Aurore Vaucelle


Bollywood, une certaine symbolique du vestiaire

En regardant d’un peu plus près le cinéma de Bollywood, on découvre un peu la manière dont l’Inde actuelle s’habille. Et si le décorum, imposant, exubérant, est une continuité du scénario, les vêtements, dans un tourbillon de codes et de couleurs, soulignent le caractère des personnages. Et cette esthétique est loin d’être en toc. En effet, l’industrie du film bollywoodien n’échappe pas, dans une certaine mesure, à la symbolique vestimentaire que l’on retrouve au cœur du Mumbai actuel.

Dans le film “Coup de foudre à Bollywood” (“Bride & Prejudice”), de Gurinder Chadha, sorti en 2004, les quatre jeunes filles à marier reçoivent leur prétendant en sari : on ne saurait l’imaginer autrement – cela fait un peu penser à la scène où Madame Bennet, de “Pride and Prejudice”, présente ses filles à Darcy. Et quand la jeune fille défie l’autorité parentale, c’est en jean et débardeur, évidemment. Si l’on trouve ce rapport entre vêtement et image de la femme grossièrement évident, il n’est pas éloigné de la réalité. Dans un docu diffusé sur Arte, une grande universitaire indienne témoignait de son propre cas, expliquant avoir obtenu le respect de ses pairs masculins, lorsqu’elle vint vêtue d’un sari.

Allant plus loin dans l’étude du vestiaire bollywoodien, on note que les couleurs associées à la tradition indienne restent de mise à l’heure actuelle, tant dans leur signification auprès du public qu’au sein du film. Toujours dans “Coup de foudre à Bollywood”, l’héroïne porte du rouge pour les grandes cérémonies (celles où le héros doit se battre pour elle); du jaune, couleur de l’ascétisme, quand elle est en mode réflexion.

Loin de nous l’idée d’imaginer l’Inde actuelle dans les couleurs technicolor de ce cinéma de divertissement et de limiter les subtilités culturelles du subcontinent indien à ces codifications, mais notons néanmoins que Bollywood permet de poser un regard sur l’Inde actuelle. En parallèle du développement de ce cinéma tradi trendy, un commerce vestimentaire se met en place, consistant à reproduire les tenues des héroïnes de ces films pour les cérémonies de mariage. Les jeunes femmes indiennes passent du statut de fan au statut de femme dans la peau de belles héroïnes de films, et dans cet habit des plus académiques, ledit sari. L’institution du mariage dans l’Inde d’aujourd’hui se fera donc dans les formes traditionnelles, mais, après tout, chez nous aussi, les mariées sont encore bien souvent habillées de blanc.

Le sari demeure un élément primordial en termes d’existence sociale (respectabilité, emploi) des femmes. La mode indienne en est encore à ses prémices, se défaisant partiellement des habitudes vestimentaires d’une nation empreinte de traditions. A la Fashion Week de Delhi, sari, salwaar kameez et dhotî cohabitent avec bikinis et mini-saris (sic !). Quant à Manish Arora, l’Indien de Paris, il a fort à faire pour se dépêtrer d’un héritage aussi riche, mais qui gagne à se moderniser. Ça réussit plutôt pas mal pour lui.


Le sari? Mais c'est quoi, ça?

SARI : nom masculin. Costume féminin de l’Inde composé d’une pièce en coton ou en soie, dans laquelle on se drape. Une définition supercourte et supersimpliste pour un vêtement au nom certes très court, mais dont on peut en dire long. D’abord, un sari fait cinq à six mètres de long. Le sari est ce vêtement millénaire indien fait d’un drapage savant (le mode d’emploi ou la grand-mère sont tout à fait nécessaires pour l’installer). Chaque couleur de sari correspond à un événement de la vie. Et malgré tout, le sari reste aussi un vêtement du quotidien qui n’a pas été détrôné par le jean. Il est ainsi encore porté par des centaines de millions d’Indiennes, tient la vedette dans des magasins de vêtements, auprès des contrefaçons européennes, où il s’entasse par milliers, et tient surtout le haut du pavé dans bien des circonstances, familiales ou professionnelles. Et l’on dit aussi, Kama Sutra à l’appui, que s’il a encore du succès, c’est peut-être parce qu’il est, de loin, la tenue la plus commode pour faire l’amour – c’est un docu très sérieux d’Arte qui le dit !

Une expo est actuellement consacrée au sari dans le cadre de Europalia.india. “The magic of Indian Weaves”, C-Mine cultuurcentrum, à Genk.
Infos : www.c-minecultuurcentrum.be


Gandhi ou l'habit protestataire

Le vêtement traditionnel en Inde n’est pas qu’une habitude vestimentaire mais bien un symbole, c’est le cas quand on évoque le combat de Gandhi pour l’indépendance de son pays. En 1931, il boycotta les textiles britanniques, incita son peuple à confectionner sa propre étoffe, lui-même ne quitta plus son dhoti (comme c’est le cas ici sur le pas de la porte de Downing Street). Sa constance vestimentaire, emprunte de contestation pacifique, joua en sa faveur. Il parvint à faire de l’Inde le grand pays qu’il est aujourd’hui dans le cadre d’une production textile mondialisée.


Ne pas confondre les Indiennes et les indiennes

Les adeptes du textile en tout genre ne sont pas sans ignorer qu’il existe une étoffe qui porte le nom d’indienne, un tissu d’appellation ancienne à vrai dire, et dont l’utilisation se perd. Selon “Le dictionnaire international de la mode” (éditions du Regard), l’indienne est une étoffe de type cotonnade. Sa fabrication est beaucoup plus récente que les industries de soie et de laine. Mais elle connaît une rapide expansion au cours des siècles qui suivent son invention. Bien qu’un protectionnisme se mette en place rapidement, ces tissus, imprimés de couleur vive et venus des comptoirs de la Compagnie des Indes, recouvrent rapidement le marché occidental du textile, car ils sont à la fois plus confortables et moins onéreux. La tradition des indiennes existe encore dans le sud de la France (là ou l’histoire l’avait vu commencer, car c’est à Marseille que l’on débarquait ces étoffes), sous forme de cretonnes fleuries, à la mode provençale.
NB : Pocahontas ne portait pas une robe en indienne.

11:57 Publié dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, tendances, inde, mode | |

Les commentaires sont fermés.