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17/11/2013

Les sagesses du Grand Jojo

LA Libre, Momento, Derrière l'écran, Grand Jojo, belgitude, téléCe mardi à 19 h 45, en prélude au concert du Grand Jojo à Forest National le 14 décembre, RTL-TVI
rend hommage à l’icône belge de la chanson à boire. De sa pièce “secrète” aux murs placardés de souvenirs à ses moments partagés avec l’équipe belge en 1986, RTL-TVI propose de tout révéler de l’homme et du personnage.

Aurélie Moreau


JULES VANOBBERGEN LUI-MÊME n’en revient pas. Un “Grand Best-of” l’an dernier classé disque d’or, un concert sold out au Cirque Royal (en mars), un nouvel album “Tournée, Général  !” – son premier album studio depuis 1980 –, le Grand Jojo a 77 ans et s’apprête encore à enflammer Forest National.
 
“J’ai mené une existence tranquille pendant plusieurs années, je voyageais et je m’occupais de ma femme après avoir travaillé dans une administration, au sein d’un service social. Tout à coup, Universal est venu chercher le vieux crocodile que je suis devenu. Je n’avais plus de firme mais mes disques continuaient à tourner. J’avais pensé juste faire un best-of et puis basta. Ne plus faire de spectacles. Et puis, tout s’est enchaîné. Le best of a fait un carton, donc on a fait le Cirque Royal et les Francofolies de Spa”, indique celui qui, jadis, aspirait à devenir artiste peintre. “Et pas peintre en bâtiment, comme l’avait compris mon père, très terre à terre.”
 
 
Dessinateur publicitaire et de BD – avant de devenir disquaire puis musicien –, ce grand gaillard long d’un mètre quatre-vingt-cinq (au moins) courbe les épaules, tantôt gêné, tantôt badin. “En général, je ne suis pas très chaud pour faire ce genre de choses.” Entendez : ouvrir les portes de son intimité aux caméras de télévision. En l’occurrence, celles de RTL-TVI pour l’émission spéciale La tournée générale du Grand Jojo, présentée par Sabrina Jacobs mardi. “Je suis un homme discret, poursuit-il. En général, les reportages que l’on fait, c’est souvent du voyeurisme. J’avais déjà été contacté par mon grand ami Stéphane Pauwels pour faire ‘Les orages de la vie’ mais je lui ai dit non. Car je ne désire pas exposer ma vie personnelle et surtout pas les deux drames que j’ai connus : la mort de ma première femme et celle de ma fille. C’est quelque chose qui m’appartient. L’émission est bien mais les gens qui la regardent, le font avec une curiosité un peu malsaine.”
 
En revanche, avec l’animatrice Sabrina Jacobs, qui côtoie Lange Jojo depuis l’enfance, il a senti “qu’il y avait quelque chose de gentil”. “C’est une façon de dire merci aux gens qui m’aiment bien et leur montrer que je suis tout à fait différent de mes chansons et que je suis aussi un être humain.” Qui soupçonne en effet sa passion pour le jazz  ? A la Petite rue des Bouchers, avec Brel, “ça transpirait le Saint-Germain-des-Près”. Il a alors 15 ans et déserte les cours de récré. Barbara “n’avait pas encore chanté ‘L’aigle noir’”, Georges Moustaki était encore “un petit pianiste” et l’auteur Jacques Martin “avait une boîte à la Place des Martyrs”. “On était toute une bande qui faisait partie du mouvement existentialiste. On lisait, contrairement à ce que je fais maintenant. C’est vrai que mes textes peuvent sembler un peu désuets par rapport à ce que je lisais quand j’étais jeune : Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, etc.”
 
A présent, Le Grand Jojo est “un personnage heureux mais rétro”. Véritable provocation au temps qui passe, jamais son code vestimentaire ne cède aux caprices de la modernité. Piquée d’un pin’s représentant le drapeau belge, la poche de sa veste rayée accueille un gros mouchoir, démesuré mais toujours assorti. Ne lui manque que sa moustache, son légendaire attribut pileux. “J’avais promis de la raser si les Diables se qualifiaient pour le Brésil.”
 
 
Effet de mode ou stratégie durable mise en place par les médias, cette nouvelle vague de “belgitude” ne surprend par l’étalagiste de formation. “Avant, on a beaucoup vendu des produits comme le chocolat. Ce fut un grand moment gastronomique. A présent, on a un grand moment belge. Avec des artistes, des acteurs, des chanteurs, des scientifiques, des sportifs qui s’exportent. Poelvoorde, Stromae, etc. Stromae, c’est un véritable extraterrestre. On avait plus fait ça depuis 20 ans. Il a apporté quelque chose qu’on attendait, quelque chose qui nous rend fiers d’être Belges.”
 
A l’ombre des costumes dont il se pare dans ses chansons à boire, Jules Vanobbergen est “un enfant gâté” qui nourrit à présent, dit-il, une seule ambition : “En profiter un maximum !” “Je ne fais pas ça pour des raisons financières. Je n’ai pas besoin d’une villa à la Côte d’Azur. A mon âge, il reste encore quelques années, espérons-le, et je dois en profiter. Pour moi, le mot merci est le plus important. Le mot de la fin ? Une phrase qui résume ma vie et que j’ai inscrite dans mon press-book : Je suis un artiste et lorsque mon étoile aura pâli, je n’aurai aucun regret. Je serai content d’avoir pu être un artiste pour toutes les joies que cela m’a procuré.”
 
 
La belgitude séduit. Mais pourquoi  ?
 
Les chaînes belges revendiquent un ancrage belge. Effet de mode ou stratégie durable  ?
 
SANDRA KIM, ADAMO, PIRETTE et maintenant Le Grand Jojo… Les chaînes belges – RTL en tête – revendiquent une “belgitude” assumée. Qu’indique le come-back du Grand Jojo et son “Grand Best-of” l’an dernier classé disque d’or  ? “Ça rassure avant tout, répond Marc Lits, professeur à l’Université catholique de Louvain. Cela permet de recréer du lien et de la proximité à l’heure des menaces séparatistes.”
 
Stromae, Puggy, Suarez, un prix Nobel, une équipe de foot sélectionnée aux mondiaux, Myriam Leroy sur Canal +, Alex Vizorek sur France Inter et bientôt Stéphane Pauwels sur TF1. Que se passe-t-il exactement  ?
Il y a effectivement une petite vague belge qui se développe, même si elle n’est pas entièrement récente. Il ne faut pas oublier que Philippe Geluck a été pendant des années chez Michel Drucker et que Arno, Kim Clijsters et Justine Henin ont fait leur succès en France. Les Belges, francophones en tout cas, ont tendance à s’exporter en France car les Français y sont sensibles, d’autant plus qu’on n’est plus dans la “période Coluche”, où on se moquait essentiellement des Belges. Maintenant, on se dit finalement  : “Ces Belges sont un peu différents de nous, ils sont plus simples, savent faire preuve d’autodérision, etc.” Ça a donc un petit côté exotique et sympa parce que ce sont des voisins proches, mais un peu différents. Et puis, surtout pour les animateurs, ils sont beaucoup moins chers que leurs confrères français. C’est aussi pour cette raison que l’on fait beaucoup de films français en Belgique, en raison du tax-shelter notamment.
 
Effet de mode ou stratégie durable ?
C’est difficile, surtout en matière médiatique, de parler de stratégie durable parce que l’on sait qu’il y a des vagues successives, des nouveaux produits qui arrivent et des formats qui se développent et qui, finalement, disparaissent après 4 ou 5 ans.
 
Qu’en est-il des médias belges ? RTL a toujours défendu sa “belgitude” en faisant la promotion de Belges  : Sandra Kim, Pirette, Adamo, Barzotti, etc. Et maintenant Le Grand Jojo. En interne, elle a toujours défendu l’image d’une “grande famille belge”.
Il y a deux éléments qui jouent pour les chaînes belges. Premièrement, il y a l’obligation légale du décret qui concerne les productions musicales belges et qui concerne davantage la RTBF. Mais il y a d’autre aspect également. RTL a connu un tapage médiatique lorsque, au niveau télé, ils sont passés du côté luxembourgeois. Ils ont donc réaffirmé leur ancrage belge puisque leur grand slogan, c’est quand même la proximité. Et cette proximité passe notamment par la valorisation de vedettes belges. Y compris celles qui sont très belgo-belges, comme François Pirette.
 
Cette stratégie fonctionne-t-elle  ? Les chaînes belges en sortent-elles renforcées  ?
En tout cas, elles ont bien compris qu’il y avait ce mouvement de belgitude qui revient avec les Diables Rouges. C’est vrai que c’est porteur. Il y a même des enjeux politiques derrière, puisqu’il y a cette idée (du côté francophone, en tout cas) que soutenir la Belgique à travers ses talents sportifs ou musicaux, c’est soutenir une Belgique unie. Et il semble que ce soit une forme de réponse à la tentation du séparatisme et au climat politique et communautaire actuels. Il ne faut pas oublier que l’on a eu 500 jours de crise gouvernementale, que les gens ont vécu difficilement. Cette nouvelle vague de belgitude a quelque chose de rassurant. On parlait de famille et de proximité tout à l’heure avec RTL, c’est tout à fait ça dont il est question. On reconstitue du lien belge, même si c’est un lien belge francophone car on n’importe pas pour autant les talents belges flamands.
 
La belgitude s’est avant tout définie par rapport à ce qu’elle n’est pas. Quel a été le rôle des médias dans la création de ce sentiment d’identité ?
Au départ, le concept de “belgitude” a été créé à travers la littérature. Les médias n’ont pas tellement joué là-dedans. Parce que “belgitude” est un terme presque péjoratif au départ. Cela fait référence à la “négritude”, qui était la volonté des Africains de faire reconnaître une identité qui n’était pas européenne et qui était un combat de minorité, un peu en marge. La belgitude, c’était ça aussi : essayer de faire reconnaître des gens qui n’existent pas, entre autres, par rapport à la France. A présent, c’est devenu quelque chose de positif, qui ne fait plus référence à ce combat d’une minorité et que les médias reprennent, même s’ils ne se savent plus très bien dans quel contexte ce mot a été construit. C’est un terme un peu valise très ambigu. Parce qu’il joue à la fois sur la référence à la Belgique mais toujours à une Belgique francophone. Ce qui n’empêche pas les médias de rebondir sur cette vague grâce à l’“effet Diables rouges” ou encore l’“effet Stromae”.
 
 
Ph.: Laurie Dieffembacq . Belga

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