Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

19/11/2013

Un château au service des gens

La Libre, Momento, Vie de château, Le Fourneau, HamoirLe Fourneau à Hamoir est une antique maison de maîtres de forges. Depuis plus de cinquante ans, les lieux sont occupés par la caserne des pompiers et l’administration communale.

Philippe Farcy


HAMOIR ÉTAIT UNE TERRE abbatiale dépendant de la principauté de Stavelot-Malmedy et, avant cela, du Comté de Logne. L’histoire de Hamoir fut de tout temps liée à celle de Xhignesse, et on sait que ces deux fiefs furent relevés en 1402 par Guillaume de Ramelot. La très belle église romane de Xhignesse fut le lieu de culte principal de la région jusqu’à la Révolution française. Vers 1550, signale Amédée de Ryckel en 1892, les deux fiefs appartenaient à Jean de Hodister, puis à sa fille Marie qui épousa Wauthier de Maillen. Les Maillen semblent détenir les fiefs locaux jusqu’à la fin de l’époque féodale ou presque. Un Claude de Maillen en fit le relief en 1738, et la cérémonie se déroula à Stavelot. Notons que Louis Thiry, qui décrivit Hamoir au siècle passé dans son immense étude sur Aywaille et les villages proches de l’Ourthe, ne mentionne pas ce château, mais bien celui de Rennes et forcément celui de Lassus.

L’installation d’un fourneau, alimenté par le Néblon, est signalée au lieu que nous abordons ici depuis 1425. En 1469, il fut complété par un maka, signale Jacques Comanne. Une seconde petite usine fut installée au début du XVIIe siècle, et l’on sait que l’ensemble appartint à Lambert de Geer. Lui ou ses héritiers vendirent le bien à l’abbaye de Stavelot-Malmedy, sans doute du fait du départ des Geer vers la Suède. En 1698, les prélats vendirent l’entreprise à Jean-Guillaume de Requilé. Le site conserva sa fonction jusqu’en 1820, ensuite de quoi on fit des bâtiments une résidence de campagne.

Ceci explique que nous trouvons à Hamoir deux bâtisses presque parallèles dont l’une pourrait ressembler à une dépendance. Les deux édifices furent construits en moellons de grès et de calcaire. Plusieurs tours circulaires engagées à toitures en poivrières et à coyaux en animent les angles ou les pignons.

Le logis principal, flanqué de deux tours circulaires, dont l’une, plus jeune, sert d’escalier, est lui-même le fruit de l’adaptation de deux logis distincts protégés par une toiture en bâtière à croupes. Cette dernière est précédée par une corniche à modillons. La façade ouest de ce bâtiment fut la plus transformée, sans doute au début du XXe siècle. On y adjoignit un bow-window formant terrasse pour le deuxième niveau, et deux édicules, dont un est sommé d’une toiture en pavillon à brisis. C’est ici que se trouvent les bureaux de l’administration communale.

La bâtisse arrière possède également beaucoup de caractère ancien, même si une façade a été affectée par les besoins de l’affectation qu’on lui a réservée. Ici aussi, on trouve deux tours, plus trapues, engagées, et caractérisées par des bases talutées à ressauts chanfreinés. Le corps de pompiers y trouve abri. Quelques véhicules anciens de pompiers ornent la zone de parking.

L’ensemble des lieux est évidemment accessible au public.


Historique récent

Patrick Lecerf est le bourgmestre de l’entité de Hamoir. Il a donc en charge l’usage et l’entretien des lieux. Il nous faisait part de l’histoire encore récente de cette ancienne propriété en commençant par 1951.


“En cette année, le bourgmestre Mourquin fit l’achat du domaine, et c’était un visionnaire, car, à présent, les bâtiments et la propriété nous sont bien utiles. Mais à l’époque, cela fut très mal vu par la population qui trouvait la dépense exagérée et le vira aux élections de 1952. Il faut dire qu’alors, le village de Hamoir ne possédait qu’un secrétaire et une employée. Yvon Ranscelot, à qui j’ai succédé comme mayeur, prit le domaine en charge en veillant à le rentabiliser et en cherchant à accueillir la justice de paix, ce qui fut très mal vu du côté de Comblain-au-Pont. Comme les communes se développèrent, la justice et l’administration se trouvèrent bientôt à l’étroit. Le tribunal fut donc déplacé devant la gare de Hamoir, en septembre 2010. Le château servit uniquement pour l’administration, tandis que le bâtiment en face, qui était le lieu de fabrication de taques de cheminée, cessa d’être le logis pour le concierge des pompiers. Pour l’heure, cet édifice est vide. Nous avons un projet de réaffectation dans le cadre du plan communal de développement rural, et le dossier sera déposé à la Région wallonne en 2014. L’idée est d’y installer la bibliothèque, un espace numérique et une salle pour les associations. La population augmente sans cesse, faiblement, mais cela nécessite des adaptations. Et je pense qu’il faut que le domaine du Vieux Fourneau soit une plaque tournante de l’entité qui est un lieu touristique. Le parc est régulièrement visité aux belles saisons par les amateurs de patrimoine.”


Quant au château, il a fait l’objet de restaurations intérieures, sur fonds propres (parquets, électricité) et avec l’aide régionale pour les plus de quarante châssis. “On cherche de l’aide pour restaurer les façades, les toitures et certaines mosaïques intérieures.”


L’achat de 1951 se fit contre 3,1 millions pour les immeubles et 21 ha, donnés à M. De Rycker qui possédait, dit Philippe Collard, 34 propriétés. Parmi les familles qui détinrent cet endroit, notons les maîtres de forges Antinvoye (1425), Lardinois et de My (1541), Thruilhet (vers 1610), Pochet en 1616, puis Fraipont, Canigheter, Mariette, Requilé, Dupont, Deliège, Kaisson, Dellorier, Lamarche, Chaumont, Dechamps, Thonet, De Rycker.


Ph.: Ph. Fy.

Les commentaires sont fermés.