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23/11/2013

Le Docteur qui ?

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Docteur Who, 50 ans“Doctor Who”, une série rocambolesque qui, en 50 ans, a su devenir une institution en Grande-Bretagne et se réinventer pour conquérir le monde.

Bruno Fella


EN CE SAMEDI 23 NOVEMBRE 1963 en Grande-Bretagne, alors que les parents se remettent des événements de la veille (l’assassinat du président Kennedy), les marmots assistent, eux, devant le petit écran à l’arrivée d’un vieillard chenu, dans une cabine de flic, armé d’un curieux tournevis : le Docteur. Le Docteur qui ? (The Doctor Who ?) Justement, cet extraterrestre humanoïde n’a encore jamais révélé son nom, d’où l’intitulé de la série où notre héros sauve la Terre, la galaxie ou l’univers, en voyageant à travers le temps et l’espace.
 
 
Avec la naissance de ITV en 1955, la BBC avait perdu son monopole télévisuel. A elle donc de trouver le moyen de garder son public. Pour ce faire, elle débauche un producteur canadien à succès, Sydney Newman. A la tête du service fiction, celui-ci décide de se distancier des traditionnels produits “culturels” et autres adaptations de classiques pour se réorienter vers des fictions parlant à la masse des téléspectateurs. Il se trouve que la BBC a identifié un creux dans sa programmation, le samedi à l’heure du thé, entre le programme sportif et une émission pour les ados. D’après le cahier des charges, la fiction devra être éducative et intéresser aussi bien les enfants que leurs parents. A la mode, la science-fiction inspire donc à une équipe de scénaristes, menée par Newman, cette idée du voyage dans le temps, évoquant, dans le passé, l’Histoire et, dans le futur, la science. Qui mieux qu’un homme d’âge mûr, accompagné à l’origine de profs, pour instruire des jeunots candides prompts à s’attirer des problèmes  ? Le succès de la série est immédiat, et, peu à peu, l’aspect éducatif fait place au divertissement.
 
Ce passage n’a pas été tout à fait intentionnel. Sydney Newman voulait absolument éviter le cliché du monstre extraterrestre, mais, au bout de la première série d’épisodes, la production devait se poursuivre, et il ne restait sur la pile qu’un scénario refusé, celui des Daleks : des mutants enfermés dans une armure mécanique criant “Exterminer !” à longueur d’épisode. Les Daleks sont devenus les chouchous du public, malgré leur look de poubelles géantes. Les prouesses “petit budget” des techniciens et costumiers ont ainsi offert aux spectateurs une kyrielle de vilains kitsch propres à effrayer bien des bambins. Cette terreur a été l’objet de bien des débats. Pourtant, les enfants n’ont jamais boudé cette série.
 
 
Pour sauver le monde, l’univers, des civilisations dans le passé, le présent, le futur ou des dimensions parallèles, le Docteur est toujours là. Cet extraterrestre à forme humaine a deux cœurs et se déplace dans le fameux Tardis (Temps A Relativité Dimensionnelle Inter Spatiale), un vaisseau spatial camouflé en une cabine de police des années 50, mais dont l’intérieur est extensible. Pacifique, le Docteur n’est armé que d’un tournevis multifonction du futur. Un malheureux contre-temps est à l’origine d’une autre de ces particularités : le Docteur peut se régénérer. Atteint d’artériosclérose, le premier interprète du Docteur, William Hartnell, devait passer le flambeau. Plutôt que de recourir à l’accident d’avion, suivi de la chirurgie esthétique, on a doté le Docteur de la capacité de ressusciter une douzaine de fois sous une forme différente. C’est l’une des trouvailles qui font tout le charme de la série. Les nombreux scénaristes (dont notamment Douglas Adams, auteur du “Guide du voyageur galactique”) s’en sont donné à cœur joie avec un personnage pouvant virtuellement tout faire : de l’épisode psychédélique, en passant par Pompéi, ou une visite à Agatha Christie.
 
L’audimat a malgré tout eu raison de cet univers de possibilités au milieu des années 80. Le téléfilm de 1996 ne souleva pas les foules. Aussi, ce n’est qu’en 2005 que le Docteur revient à l’écran. Au scénariste Russell T. Davies de réactualiser l’institution. Plutôt que de faire table rase du passé, le coup de génie a été de jouer la nostalgie. Le clin d’œil est dans les effets spéciaux de série B ou Z. A l’heure des prouesses numériques, ce second degré visuel a fait mouche, permettant à la série de conquérir les Etats-Unis et de rentrer dans le Livre des records au titre de la plus longue série de science-fiction, avec ses quasiment 800 épisodes.
 
 
“Happy 50th  Birthday, dear Doctor !”
 
CE SAMEDI 23/11/2013, le Maître du temps fête ses 50 ans, une célébration qui sera synchronisée quasiment à l’échelle de la planète puisque 200 pays vont diffuser presque au même moment l’épisode spécial créé à cette occasion par le Britannique Steven Moffat (coscénariste de la série “Sherlock”).
 
Que l’on soit familier ou pas de la série créée par Sydney Newman en 1963, l’événement vaut assurément le détour car il s’agit là d’un record de longévité qui dépasse largement le cadre de la Fière Albion (cf. ci-contre). A l’heure où certaines créations peinent à dépasser le cap de la première saison, le sujet de sa Gracieuse majesté a largement de quoi en remontrer à ses pairs.
 
 
Concrètement, que verra-t-on en télévision ce samedi ? De ce côté-ci de la Manche, c’est France 4 qui s’est muée en Grande Organisatrice des Festivités auxquelles elle consacre sa soirée.
– Avec à 20h05, la rediffusion du dernier épisode de la saison 7, intitulé Le nom du Docteur.
– A 20h50, l’épisode spécial The Day of the Doctor (proposé en VF ou VO) saluera un demi-siècle de lutte en faveur de l’humanité. Quelques-uns des acteurs qui ont tenu le rôle du Docteur – l’un des plus convoités du Royaume-Uni – s’y retrouvent en bonne compagnie.
– A 22h05 : un épisode choisi par les internautes, parmi cinq propositions, sur le site France4.fr. Il s’agit de La prophétie de Noël, décliné en deux parties à la fin de la saison 4. Un scénario marqué par la régénération de l’acteur David Tennant.
– A 23h05 : un film d’animation Doctor Who – La quête de l’infini rappelle que la série a été créée à l’origine pour les enfants. Il offre en outre une intrigue inédite qui met en scène le 10 Docteur et Martha Jones, à la recherche d’un vaisseau spatial capable d’exaucer les vœux…
– Enfin, à partir de minuit, France 4 proposera une compilation d’épisodes de la saison 6.
 
En marge de l’épisode anniversaire – préparé dans le plus grand secret par Steven Moffat –, la BBC produit un téléfilm sur les origines de la série. A la partition, on retrouve Mark Gatiss, second membre du nouveau duo de Baker Street. Baptisé An Adventure in Space and Time, ce téléfilm revient sur la création de cet ovni télévisuel, devenu mythique de l’autre côté de la Manche et au-delà. Pour y incarner William Hartnell, le tout premier Seigneur du temps, Gatiss et la BBC ont embauché David Bradley, célèbre incarnation du sombre Rusard dans les films “Harry Potter”.
K.T.
 
 
Ph.: BBC

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