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24/11/2013

A un jet du bonheur

La Libre, Momento, Escapade, Les Gets, neigeDestination enfants admis, le cœur des Gets bat comme un vrai village de glisse. La station savoyarde abrite d’ailleurs une fromagerie animée par un artisan… japonais. Visite de la station et rencontre avec Michihisa Yamaguchi, figure locale atypique perpétuant la tradition laitière locale.

Découverte: Michi-Hiro Tamaï


PRÈS DE 10 000 KILOMÈTRES séparent Tokyo des pistes de ski des Gets, en Haute Savoie. Cette longue distance géographique et surtout culturelle n’a pourtant pas découragé Michihisa Yamaguchi et son épouse. Tomme, abondance, gruyère…, ce couple japonais atypique s’est, en effet, installé dans la station de moyenne altitude depuis deux ans pour se lancer dans une production confidentielle de fromages. “Je ne deviendrai jamais un vrai Savoyard, on ne me verra jamais à 100 % comme un gars du coin. Mais ça ne me gêne pas spécialement”, lance tout sourire le producteur employé par La Fruitière des Perrières. “J’en sais de toute façon plus que les touristes de passage qui viennent visiter notre lieu de production, j’essaie de leur transmettre mon savoir. Les gens sont généralement agréablement surpris.”

Plus connu sous le surnom de Miti par les 1 300 âmes habitant aux Gets tout au long de l’année, Michihisa Yamaguchi n’est pas devenu un des personnages clés de La Fruitière, fromagerie et table reconnue aux Gets, par hasard. L’homme, aujourd’hui âgé de 36 ans, débarquait ainsi en France il y a plus de dix ans avec un rêve en tête : devenir éleveur d’une petite exploitation. Après avoir étudié la langue de Molière pendant trois ans, il occupe des postes de saisonniers dans des petites exploitations, dont une dédiée à la fabrication du beaufort à Chambery.

J’ai changé d’avis, je voulais me lancer dans le fromage. Mais je n’avais plus d’argent. Je suis donc retourné au Japon pour travailler un an chez Honda à Yokohama”, poursuit Yamaguchi. “Je ne suis pas rentré chez mes parents et près de mes amis à Tokyo pour être sûr de ne pas être tenté de rester. Une période très austère, sans sorties…” Se concrétisant au quotidien par la production de 25 à 30 kilos de fromages, le travail du Japonais, accro de lactose, s’apparente à un exercice de funambule. Il ajuste ainsi en permanence les recettes de cinq familles de fromages, parmi lesquels du sérac mais aussi du bleu. Lait, local, conditions climatiques,… les nombreuses variables entrant dans le processus de fabrication empêchent de se reposer sur les acquis d’une formule gravée dans le marbre.

Malgré cette expérience, les quatre ans nécessaires à la création des cinq sortes que nous proposons à la vente, si je retournais au Japon avec mon épouse pour lancer ma propre production, nous ne serions qu’un producteur parmi d’autres. L’élevage, là-bas, est en outre fort différent. Mon rêve est plutôt d’exporter nos créations là-bas”, conclut Michihisa Yamaguchi. Avec une telle figure locale, mais aussi une bière gétoise brassée dans l’arrière du Coleen, pub irlandais local, difficile de prendre en défaut l’image familiale dont se drapent volontiers les Gets. Chaque semaine, ce dernier et La fruitière ouvrent ainsi leurs portes aux kids et à leurs parents pour des visites incontournables.

Entourée de 120 kilomètres de pistes s’étalant sur deux versants encadrant son village, la destination glisse, nichée à 1 200 mètres d’altitude, déroule également un centre à l’urbanisme maîtrisé. Pas de barres d’immeubles. Mais des petits chalets de maximum trois à quatre étages. La mairie – qui reste propriétaire des infrastructures de la station – investit, en outre massivement, dans une approche verte de ses activités. Les remontées mécaniques du domaine répondent ainsi aux normes environnementales ISO 14 001, tandis qu’une chaufferie au bois alimente douze bâtiments publics de la station membre d’Alpine Pearls (1).

Loin de toutes pistes autoroutières, le domaine skiable de la station village, reliée aux Portes du Soleil, déroule de nombreux passages bucoliques et volontiers abrupts en zones boisées. Malgré un départ souvent embouteillé au pied de la station (aux heures de pointe), les très bonnes connexions des points clés des versants des Chavannes et du mont Chéry rattrapent ces retards. Le nombre élevé de télésièges face aux rares tire-fesses y contribue. Les snowboardeurs seront ravis.

Les kids ne sont, eux, pas oubliés, puisque deux pistes ludiques leur sont consacrées. Au-delà d’un parcours pour tout-petits, on retiendra l’irrésistible scénographie de la Piste des Indiens. La descente destinée aux 5/12 ans déroule ainsi une série d’obstacles entourés des décors entre totems géants, mirador en rondins de bois et personnages de BD en grandeur nature. Bouche d’Indien géante avalant le skieur (qui doit se baisser), jeu de massacre, cloche à activer avec son stick,… une série de jeux psychomoteurs édentent ce parcours mémorable.

Les enfants pourront ensuite accompagner leurs parents pour une excursion d’une journée, skis aux pieds. Sa position à l’extrémité d’une guirlande de stations formant les Portes du Soleil ne fait pas des Gets un point de départ idéal pour explorer ce domaine de 650 km de pistes. Mais en se levant tôt, le périple est réalisable. De quoi avaler du kilomètre pour traverser Morzine (avec une partie en bus obligatoire mais rapide), arriver à Avoriaz et, pour les plus courageux, pousser une pointe en Suisse, aux Crosets. Un effort aux paysages époustouflants...

(1) Regroupement de 22 stations alpines promouvant une mobilité respectueuse de l’environnement.

Infos : www.lesgets.com


Ph.: M.-H.Tamaï

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