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25/11/2013

Fumay, vieille histoire belge

La Libre, Momento, Vie de château, FumayDans cette pointe ardennaise sous Givet, et un peu avant Charleville-Mézières, on trouve Fumay.
La Meuse sauvage s’y donne des airs de serpent. Un bonheur pour les chasseurs.

Philippe Farcy


ARTHUR CHUQUET (Rocroi, 1853-1925, Villemonble), jadis professeur au Collège de France (chaire de langue et littérature d’origine germanique), évoque dans un court texte la cité de Fumay, la ville de l’ardoise, l’une des plus originales du département des Ardennes, avec ses rues tortueuses, ses maisons irrégulièrement plantées; tout cela lui rappelait les antiques cités espagnoles. Le professeur se plaignait déjà, en 1899, que les usines affectassent les paysages (c’est toujours le cas, même si elles sont presque toutes fermées), que les carriers assaillissent les monts escarpés pour y tailler la pierre et créer des routes de pavés, que les touristes ne jetassent par les fenêtres de leur train que des regards fugitifs. L’hôtellerie de qualité manquait déjà. Triste sort déjà d’une province méconnue qui l’est encore. Cent ans plus tard, à quelques mots près, rien n’a changé. Il n’y a que les chasseurs pour s’y arrêter, le temps d’un week-end, et y faire vivre une hôtellerie qui n’est pas encore arrivée au sommet d’un art qui réponde à des clients exigeants. Les cyclistes, toutefois, représentent un avenir certain, comme l’avait décrit naguère encore notre collègue Astrid t’Serstevens (“Momento” du 16/06/12); elle évoquait le réseau de voie lente entre Charleville et Givet. Près de cent kilomètres quand même à la force du jarret, dans des paysages forestiers immenses où pointent les quatre rochers des fils Aymon, Renaud, Allard, Guichard et Richard.
 
 
Voilà ce qui, avec la Meuse, crée un premier lien avec notre pays. Mais dans l’Histoire, les liens furent plus étroits. D’abord, pour le fait religieux, le canton de Fumay et ses seigneuries relevaient de l’évêché de Liège. De quoi mettre en exergue la minuscule collégiale carolingienne (VIIIe siècle), dédicacée à saint Ermel, de Vireux-Molhain, merveille dans son genre qui surplombe la vallée du Viroin à son arrivée dans la Meuse. La domination ecclésiale de Liège dura jusqu’au concordat de 1801. Lors, le département des Ardennes fut intégré à l’évêché de Metz.
 
A partir de 1675 – raconte Albert Meyrac dans sa “Géographie des Ardennes”, date de la prise du Namurois par Louis XIV – Chimay, Fumay et Revin durent prêter serment de fidélité au roi. Mais l’électeur de Trèves – en raison de ses droits sur l’abbaye de Prüm qui possédait la seigneurie foncière de ces terres d’Ardenne (Revin en particulier et une partie de Fumay, plus Fépin) – et aussi l’Espagne protestèrent contre cette prise abusive de possession. Le Traité des Limites fixa le sort définitif de ces territoires sous-peuplés. L’auteur signale que les archives d’avant 1690 se trouvent à Liège, Bruxelles, Coblence et Prüm.
 
Pour les temps anciens, on sait qu’à Fumay, comme à Revin, il y avait deux châteaux forts. Les seigneuries furent vendues en 1288 par Rasse de Wintin à Jean II d’Avesnes, comte de Hainaut. Les domaines locaux passèrent par mariages aux Châtillon puis aux Bavière et, enfin, par vente du Hainaut, de la Hollande et de la Zélande, à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. C’était en 1433 et la venderesse était Jacqueline de Bavière. Le duc fit reconstruire les fortifications de la ville de Fumay et de son château. Mais en 1453, pour combler une dette de 20 737 florins, contractée envers Antoine de Croÿ, comte de Porcien, le duc lui céda Beaumont, Fumay et Revin. Sous les six générations de Croÿ, ces territoires connurent une paix qui fit exploser le commerce des carrières, au point de limiter l’arrivée d’ouvriers étrangers (mineurs escailleurs) par le payement d’un droit d’entrée aux métiers, sauf pour les fils de maître ès caillasse. En 1610, sur demande de Charles de Croÿ, 4e duc d’Arschot, les terres de Fumay et de Revin furent vendues. Ce dont profita Alexandre d’Arenberg, prince de Chimay, qui versa 150 000 livres aux héritiers. Les fiefs passèrent ensuite à son parent Ernest-Dominique d’Arenberg, et à travers lui, au fils de sa sœur, Philippe de Henin de Boussu-Walcourt, dit d’Alsace (décédé à Bruxelles en 1688). Perclus de dette, le sire de Boussu vit Fumay et Revin saisis en faveur de l’archevêque de Cambrai, le comte Jacques-Théodore de Bryas, à qui Boussu devait 45 680 florins.
 
 
Le château fort, qui servit de refuge aux armées du roi Henri II de France face aux troupes de Charles Quint, fut détruit sur ordre de Louis XIII. Il était à l’emplacement de l’actuel château, érigé au début du XVIIIe siècle par les comtes de Bryas qui possédaient le magnifique château de Morialmé. Les Bryas le vendirent, en 1825, à un entrepreneur qui y cultiva des chicorées. En 1837, ce fut le tour de l’“Ardoisière du Moulin Sainte-Anne”. Celle-ci le garda jusqu’à la liquidation de la société en 1946. La ville de Fumay le racheta en 1951. Il sert de nos jours comme lieu de perception des impôts, de quoi payer son ardoise fiscale, en somme.
 
On ne visite guère, mais tout se voit parfaitement de la rue.
 
En face, se trouve une très jolie maison du XVIIIe siècle, qui sert de chambres d’hôtes, “Au Temps Jadis”, chez Liliane Lorent, que l’on trouve sur www.gitardennes.com, n° 9942.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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