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25/11/2013

Point d'équilibre

La Libre, Momento, Autoportrait, ZidaniSandra Zidani est une humoriste belge d’origine kabyle. Historienne de l’art et théologienne de formation, elle enchaîne les one woman shows.


SANDRA ZIDANI EN 4 DATES

Ma naissance : je ne m’en souviens plus, mais ça a dû me marquer, être important. Ma mère (qui était catholique, alors que mon père était musulman) m’a fait baptiser en cachette à deux ou trois jours dans la chapelle de l’hôpital Saint-Pierre. Mon père ne l’a appris que lorsque j’ai choisi de me convertir au protestantisme, à 21 ans, car ma maman était vraiment furax, et a dit: “Mais enfin, tu es baptisée, etc.”

La mort de mes parents :
j’y pense souvent, notamment à chaque date anniversaire. Cela chamboule l’existence, fait grandir. Tout comme les naissances qui sont des moments plus importants que tous les autres jours.
 
Mon décès : je n’en connais pas encore la date, mais j’ai eu beaucoup de décès autour de moi, ce qui fait que je me dis souvent que c’est peut-être pour aujourd’hui. C’est un rendez-vous mystérieux… C’est un moment fascinant aussi, car on disparaît de la terre. Après un enterrement, on reprend le fil de sa vie, on abandonne le mort à son sort en quelque sorte, la vie continue.
 
Mon premier voyage en Algérie : quand mon papa est décédé, en 1992, je n’étais jamais allée en Algérie. J’avais un vrai questionnement par rapport à ce pays, le pays de mon père dans lequel il était très peu retourné. Il parlait peu de son enfance. C’était un pays mystère pour moi, alors qu’aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de pays mystère, on peut aller partout. Mais en 1992, c’était aussi la décennie noire. C’était impressionnant de voir ce pays lié à la violence, à la mort, alors que je voulais m’y rendre. Quand j’y suis finalement allée en 2009, ce fut un choc émotionnel très fort. Il y avait une photo de moi avec mes parents dans la maison de mon oncle; c’était touchant, j’existais dans ce pays. On transporte l’histoire de ses parents, la moitié de ma culture est là-bas. Je m’y suis sentie comme chez moi (voir ci-dessous).
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
Mon premier voyage en Algérie, en décembre 2009, est sans doute l’un des événements qui m’ont le plus marquée mais aussi construite.
Je ne pensais pas à quel point c’était vital pour mon équilibre personnel. En y allant, j’ai pu découvrir l’histoire de mon père, ma famille et mes origines. Ainsi, j’ai pu reprendre la pièce du puzzle qui me manquait.
Je me sens chez moi en Algérie, et ce pays a désormais une place toute particulière dans mon cœur.
 
 
UNE PHRASE
 
"Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait." Mark Twain
Mes plus beaux moments dans la vie ont commencé comme ça : de manière folle et inconsidérée. J’aime le côté aventure dans la créativité et le défi personnel. Il faut bien reconnaître que je suis née du bon côté du monde, en ce sens que j’ai la liberté de choisir ma vie. D’autres n’ont pas cette chance : des enfants naissent en temps de guerre, et dans certains pays, des femmes n’ont même pas de quoi allaiter leur bébé. Notre devoir, c’est de faire l’impossible pour “réussir” notre vie. C’est, finalement, la moindre des choses.
 
 
TROIS LIVRES
 
“Un diable au Paradis”, de Henry Miller
C’est un récit autobiographique que Henry Miller et son épouse ont vécu en accueillant Téricand, un astrologue désargenté que Miller croyait humble et en détresse après la Seconde Guerre mondiale. Il le fait venir de France en Californie, mais, petit à petit, Téricand se révèle un être assez médiocre, et Miller se rend compte qu’il s’est fait “avoir” par un manipulateur hors normes, une sorte de vermine dont il faut se débarrasser le plus vite possible.
 
 
“Passagère du silence”, de Fabienne Verdier
Récit autobiographique d’une artiste peintre contemporaine et vivant en France. Depuis son plus jeune âge, Fabienne veut devenir peintre. Elle part en Chine pour apprendre le savoir des grands maîtres. J’ai trouvé ce livre magique et une véritable apologie de la liberté et de la découverte de soi.
 
 
“Clémence et la couleur des choses”, de Jeanne Develle
Vous ne trouverez sans doute plus ce livre. En effet, c’est le premier livre sans images que ma maman m’a offert pour mes six ans. Une histoire assez simple d’une petite fille à vélo qui part en forêt avec son chien et qui découvre un peintre, François, qui aménage sa maison. François lui apprend à peindre et les animaux de la forêt lui servent de modèle. Bref, des histoires très simples de vélo, de forêt, d’animaux, de couleurs et d’amitié. Quand on me connaît bien, ça me ressemble… Les mamans tout de même !
 
 
TROIS FILMS
 
“La visite de la Fanfare”, d’Eran Kolirin (film israélien)
Une fanfare de la police égyptienne vient en Israël pour jouer à l’inauguration d’un centre culturel arabe. Mais on ne sait pas très bien pourquoi, personne ne vient les chercher à l’aéroport. La troupe essaie de se débrouiller seule et est contrainte de passer la nuit dans un petit hôtel perdu dans le Néguev. Un huis clos inattendu qui permettra à chacun de se découvrir. Sans que ça y ressemble vraiment, on retrouve un peu l’ambiance et la magie du film “Bagdad Café”.
 
 
“Tous les matins du monde”, d’Alain Corneau
Un film comme un moment suspendu à la fois par le climat, la musique exceptionnelle et un casting incroyable – entre autres Jean-Pierre Marielle, Gérard et Guillaume Depardieu. Le propos est la recherche de la vérité de l’Art qui ne peut se concevoir avec la recherche de la célébrité. Un film juste parfait, et ça me semble devenu tellement rare dans le cinéma français.
 
 
“Father and Daughter”, de Michael Dudok de Wit
Un petit film d’animation de 8 min., qui est juste une petite merveille sur le thème de l’attente et la tristesse de la perte d’un parent. Réalisé à l’encre de chine, c’est un chef-d’œuvre intense et sublime. A chaque fois que je le regarde, je ne peux m’empêcher de pleurer. Par chance, on peut le trouver facilement sur le Net.
 
 
TROIS LIEUX
 
Amsterdam
Une ville qui, pour moi, s’identifie au peintre Rembrandt et à son chef-d’œuvre “La ronde de nuit”. J’avais seulement 15 ans quand j’ai vu cette toile, et ça a été un véritable choc artistique. Cette toile m’a fascinée, et c’est grâce à elle et ce qu’elle m’a enseigné que j’ai appris tout ce que je sais aujourd’hui.
 
 
Florence et toutes les villes de la Toscane
Je suis devenue une grande cinglée de l’Italie, et en particulier de la Toscane. C’est parfait : la langue, l’art, la gastronomie, les paysages… Un jour, sans doute, j’irai y vivre.
 
 
Bruxelles
Sans doute pas la plus belle ville du monde, mais elle est cosmopolite, rigolote, déprimante et absurde. Allez savoir pourquoi, je m’y sens tellement bien.
 
 
UNE DATE
 
Le 11 mars 1978.
La mort de Claude François.
J’étais dans le supermarché de mon quartier, et on a annoncé la mort de Cloclo. Les caissières du magasin sont devenues hystériques : elles pleuraient en servant les clients, une femme qui travaillait en rayons s’est écroulée par terre en larmes… C’était absolument incroyable.
En 2008, deux mois avant sa mort, j’ai eu la chance de rencontrer sœur Emmanuelle et je lui ai évoqué Claude François à propos d’un clip que j’avais fait et qu’elle trouvait rigolo, et elle m’a dit ceci : “Claude François ? Connais pas !”
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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