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30/11/2013

“C’est un personnage tragique”

LA Libre, Momento, Derrière l'écran, Boardwalk Empire, saison 3, Micael Shannon, interviewDepuis plus de 3 ans, Michael Shannon porte l’imposant costume de l’agent Van Alden, un colosse torturé et intransigeant qui, malgré de nombreux déboires, ne baisse jamais les bras. “C’est un battant”, souligne son interprète.

Entretien: Karin Tshidimba, à New York

RAREMENT A-T-ON OBSERVÉ pareil mimétisme entre un homme et son personnage. Ce matin, Michael Shannon est là, sans y être vraiment, et le poids qui pèse sur les épaules de l’agent Van Alden dans “Boardwalk Empire” semble ne pas l’avoir quitté. Assis, il semble attendre que les choses se passent, presque résigné. Ce n’est pas une parade, encore moins une attitude. Visiblement, les interviews de groupe, ce n’est pas trop son truc. Regard un peu fuyant, il répond après un petit temps de réflexion durant lequel on entendrait (presque) une mouche voler, si on n’était pas soumis à la vigueur de la clim de ce grand hôtel new-yorkais.
 
Il faut dire qu’avec sa mâchoire carrée, ses sourcils froncés, son regard d’acier et son 1 m 90, l’acteur en impose fameusement. A croire que le qualificatif “patibulaire” a été inventé pour lui plaire. Mais tout peut aussi rapidement s’éclaircir quand il se décide soudain à sourire.
 
Ses réponses sont courtes, parfois évasives, souvent pince-sans-rire, donnant d’autant plus de poids aux infos qu’il choisit soigneusement. Sans doute état-il plus à l’aise, la veille sur scène, mais malheureusement on ne l’y a pas vu. D’ailleurs, le voilà qui s’excuse pour sa fatigue et les traces de maquillage encore visibles sur son visage.
 
“C’est vrai que je suis souvent fatigué, pour le moment, mais c’est une bénédiction, tous les rôles que l’on m’a confiés jusqu’ici. Je ne pourrais pas travailler davantage même si j’essaie de m’améliorer de film en film. Malgré les comparaisons de certains dans la presse de Toronto, je ne pense pas que je sois le prochain Al Pacino. Je pense que c’est mon visage, la structure de mes os qui renvoie cette image de moi, intense et préoccupé. Beaucoup de mes amis me l’ont déjà fait remarquer mais ce n’est pas intentionnel, je suis né comme cela.” (Il sourit.)
 
 
Aussi à l’aise sur le grand écran (“Les noces rebelles”, “Take Shelter”) que sur le petit, Michael Shannon semble habiter ses rôles avec une rare force faisant, notamment, de ses compositions de “méchants” des personnages très humains. “J’essaie de ne pas envisager mes personnages comme étant des héros ou des méchants. Je m’intéresse surtout à ce qui les préoccupe, aux circonstances dans lesquelles ils se débattent, à ce qu’ils essaient de mener à bien. Je recherche surtout des bons scénarios, des personnages intéressants qui ont une grande part de mystère, qui représentent le plus grand défi à jouer. Je ne me préoccupe pas vraiment de la façon dont ils sont perçus par le public”, explique-t-il.
 
“Aujourd’hui, Van Alden aspire à se sentir à l’abri. Il est épuisé d’être tout le temps sur ses gardes. Il vit au jour le jour avec la hantise d’être découvert et envoyé en prison. Pour cela, le personnage de Sigrid est vraiment bénéfique pour lui, elle est douce et prend soin de lui et de ses enfants. Il ne veut pas trop se mêler aux autres (employés, etc.) parce que pour éviter de se faire remarquer, il doit vivre comme une taupe.”
 
Van Alden semble englué dans une histoire très sombre. Est-il condamné au malheur  ? “Je ne pense pas qu’il soit incapable d’être heureux ou d’exprimer ses émotions, mais c’est un homme stoïque qui vit beaucoup dans le contrôle. Il a pas mal de problèmes à régler, voilà tout. Van Alden est comme Sisyphe : sans cesse occuper à tenter de remonter la pente. Sur ce plan, la série “Boardwalk Empire” est plutôt sombre. Les intentions et les aspirations de Van Alden étaient tellement élevées, au départ, qu’il ne pouvait que tomber de très haut. Van Alden se voyait un peu comme un archange, un chevalier blanc, chargé de combattre le vice et les tentations, alors forcément, la désillusion a été d’autant plus forte. En fait, je suis souvent surpris de toutes les péripéties que les scénaristes inventent au sujet de Van Alden. Mais c’est le principe du drame, n’est-ce pas  ?”
 
 
Au-delà de la télévision et du 7e Art, Michael Shannon est aussi un fidèle des scènes de théâtre et des salles de concert. Des activités faciles à combiner dans son emploi du temps  ?
 
“La télévision, c’est vraiment dur, avec un rythme très soutenu et irrégulier en même temps. Heureusement pour moi, une bonne moitié de l’intrigue de cette saison se déroule sans moi. Donc je ne suis pas là tous les jours. J’ai souvent des coupures, je viens pour quelques jours et puis, je m’en vais et je mène d’autres activités (théâtre, musique, etc.) en parallèle. Donc, cela requiert un peu d’organisation, pour ne pas perdre le fil de l’intrigue. Mais heureusement, les réalisateurs sont de vrais chefs d’équipe et font en sorte qu’on ne perdre pas l’énergie et l’esprit de la série.”
 
“Mon groupe, c’est à la fois un hobby et une passion. La musique est vraiment importante pour moi, j’aimerais pouvoir m’impliquer davantage, mais mon emploi du temps ne me le permet pas pour le moment. J’ai été impliqué dans la musique (piano, etc.) très tôt, lorsque j’étais encore enfant, avant même de commencer à jouer. Si je n’étais pas devenu acteur, j’aurais sûrement été musicien. Mais pour le moment, c’est une activité parallèle.”
 
 
“Boardwalk Empire” teste de nouveaux itinéraires meurtriers
 
La saison 3 est marquée par l’entrée en scène de nouveaux seigneurs du crime. Be Séries, samedi, 20 h 45.
 
Dans la saison 3 – qui réalise un bond dans le temps d’un an et demi –, les affaires reprennent sur fond de passage à l’an neuf. 1923 s’annonce riche d’un tas de nouvelles perspectives pour les cadors de la Prohibition, ce qui ne veut pas dire que leur avenir, ou celui de leur entourage, soit forcément moins sombre.
Van Alden (Michael Shannon), toujours en fuite, est devenu un banal représentant de commerce et se cache sous l’identité de George Mueller; Margaret (Kelly McDonald) s’est lancée à corps perdu dans les activités philanthropiques au sein de l’Hôpital; quant à Nucky (Steve Buscemi), il songe à rationaliser ses activités et à restreindre son cercle d’associés. Mais déjà, dans l’ombre, émerge une nouveau danger  : Gyp Rosetti (l’impressionnant Bobby Cannavale), gangster aux mœurs violentes et aux dents longues, très chatouilleux sur les questions d’honneur et de respect. L’occasion de sonder, plus encore, les espoirs et rêves secrets de chacun alors que le crime organisé semble avoir trouvé une nouvelle vitalité à Atlantic City.
 
Série chorale par excellence, cette saison 3 est l’occasion d’assister à l’entrée en scène de nouveaux seigneurs du crime et autres intrigant(e)s arrivé(e)s dans la cité balnéaire : Gaston Means, Dean O’Banion, Benny Siegel et la ravissante Billie Kent.
 
En 12 épisodes d’une (vraie) heure chacun, on a ainsi pu assister à la lente transformation de Nucky Thompson. Longtemps, le Trésorier de la ville a cru qu’il pouvait être à la fois gangster et gentleman, mais ce chapitre de sa vie marque sans doute la fin des illusions. Fin stratège depuis le début, l’adversité l’a forcé à développer sa part sombre et machiavélique. Se détournant de la politique au sens strict pour embrasser toujours plus de manœuvres obscures et de coups bas, le voici désormais forcé à se salir les mains.
Impossible de demeurer “à moitié gangster” dans une ville telle que celle-là, comme le lui faisait remarquer Jimmy précédemment. Cette leçon, tirée de la saison 2, a mené Nucky et Margaret sur des routes parallèles, où chacun semble prêt à prendre son envol.
 
Terence Winter n’a jamais caché sa tendresse pour le personnage de Margaret, pauvre immigrée devenue maîtresse de l’homme le plus influent de la ville. Désormais, son statut de femme mariée lui offre de nouvelles opportunités, qu’elle s’empresse de saisir. Marquant ainsi à la fois son désir de revanche sociale, son envie d’aider ses concitoyennes et de soulager sa conscience. Un joli écheveau psychologique qu’éclaire son admiration pour l’audacieuse Carrie Duncan, première femme pilote à avoir tenté de réaliser la traversée des Etats-Unis en solo.
D’autres faits “inspirés du réel” viendront sans doute encore renforcer des intrigues de plus en plus marquées du sceau de la mafia puisque la série, toujours produite par Martin Scorsese, a été confirmée pour une 5e saison.
 
 
Ph.: Be TV

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