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01/12/2013

“Dormez, je le veux…”

La Libre, Momento, Bien-être, Messmer, hypnosePour “Messmer le Fascinateur”, être hypnotisé est à la portée de tous. Découverte de ses techniques, de l’intérieur.

Testé pour vous: Sophie Devillers

TENEZ-VOUS DROIT, LES PIEDS joints. Mettez vos mains devant vous, les doigts croisés. Seuls les index sont dirigés en l’air. Restez fixé sur eux. Petit à petit, ils se rapprochent… Quand j’aurai compté jusqu’à trois, ils seront collés, et vous ne pourrez plus les décoller.” C’est la première étape vers le “sommeil profond”, vers lequel “Messmer le Fascinateur” veut emmener son public. Il l’assure : “Je peux vous endormir en quelques secondes.” Pour ce Canadien, costume trois pièces, coupe de gendre idéal et regard glacier, l’hypnose “n’est pas un don, c’est une technique”. Pour l’instant, ce showman a réuni quelques cobayes (des journalistes) dans un hôtel bruxellois, en prélude à trois spectacles en Belgique. “Continuez à fixer vos doigts, ils se rapprochent…”

De notre côté, on avoue qu’on a envie que ça marche, et on y met franchement du nôtre pour rapprocher nos index. En clair, poussé par la curiosité, on triche un peu… Arrive le décompte… Un, deux, trois… Là, un esprit rebelle – ou la conscience professionnelle ? – ressurgit, et incite à les détacher… Sans problème ! Fin du premier exercice qui a des allures de “test”.  Car parmi la quinzaine “d’hypnotisables” plus ou moins volontaires, le Fascinateur en choisit quatre “plus réceptifs”. Et on fait partie du lot, malgré (ou à cause de ?) notre subterfuge. “Tout le monde est réceptif à l’hypnose, mais ce qui diffère, c’est le temps que ça met, on peut aussi varier les techniques”, assure le Fascinateur. “Mais pour le spectacle, il faut que ça aille vite…”

Il invite à présent à fermer les yeux et à croiser les mains, paume contre paume. “Vos mains sont collées, de plus en plus collées… Quand j’aurai compté jusqu’à trois, vous ne pourrez plus les décoller…” Contrairement à tout à l’heure, impossible de les décoller, malgré de sincères efforts. Mais aucune douleur, cependant – pas de stress non plus –, lors des tentatives de séparation… Ça alors, ça marche ! Un nouveau décompte du “Fascinateur” et nos mains peuvent se décoller.

C’est désormais le moment du “grand sommeil”. Cette fois, pour s’endormir, il faut garder les yeux ouverts. “Vous tombez…” Action volontaire ? Obéissance à “La Voix” ? Quoi qu’il en soit, le mouvement est esquissé… La joue écrasée contre le gilet marine du Fascinateur, petit “flash” : la scène nous apparaît dans son incongruité, et c’est le fou rire qui gagne, davantage que le sommeil… C’est raté, pour cette fois. Place alors à une séance de “rattrapage”. Il faut à présent fermer les yeux et obéir à d’autres injonctions : “Les bras le long du corps, serrez les mains, les bras…” Les membres deviennent lourds, on ressent confusément un bourdonnement. “Ta colonne vertébrale, ton cou est raide. Ton corps est comme une planche.”

Toute notre volonté est tendue pour accentuer cette rigidité. “Soulevez-la.” Malgré la sensation d’être installé à l’horizontale, seuls les pieds et la tête touchant un support dur, on maintient cette tension. Un poids s’installe sur notre taille, et instinctivement, on serre les abdos. Notre corps, semble-t-il, s’infléchit légèrement… Comptage. A nouveau debout, on ouvre les yeux. Coup d’œil aux images filmées qui nous montrent placé à l’horizontale, la tête et les pieds sur une chaise : un homme s’est assis sur nous de tout son poids, en levant les jambes. “C’est vrai, vous avez contribué vous-même à la tension, concède le showman, mais j’ai amplifié cela par l’hypnose. Vous êtres rentré en catalepsie !


"L'hypnose n'est pas une illusion"

Etudiée par la neuroimagerie, elle est utilisée dans le domaine médical.

LE Pr MARIE-ELISABETH FAYMONVILLE, chef de service d’algologie soins palliatifs au CHU de Liège, utilise notamment la technique de l’hypnose chez des patients souffrant de douleurs chroniques.

Quelle différence entre un hypnotiseur dans un spectacle et un soignant qui utilise l’hypnose ?
Les soignants qui pratiquent l’hypnose n’ont pas de dons, il s’agit de techniques. Qui sont d’ailleurs les techniques utilisées aussi chez les “hypnotiseurs de foire”. La différence, c’est que le soignant a une approche indirecte, tandis que l’hypnotiseur de foire a une approche directe : il va donner des ordres, pour que l’on croie qu’il a la maîtrise, mais c’est une illusion. L’hypnotiseur de foire a une approche autoritaire : il dit “dormez”, “regardez-moi”, il pointe les doigts… Il utilise la communication autoritaire, et ça marche. Mais ça ne marche que chez un certain nombre de sujets : l’hypnotiseur de foire choisit “les virtuoses” pour ses spectacles. Avec mes patients, je vais plutôt dire, en travaillant la voix, l’intonation “je vous propose de bien sentir votre corps, de progressivement sentir la tension dans vos muscles…” On laisse la possibilité au patient de le faire lui-même, de se mettre en état d’hypnose. La technique passe par une relation avec le patient. Ça peut passer par la linguistique, le visuel, tous les sens…

Comprend-on le fonctionnement de l’hypnose ?
Il y a beaucoup de morceaux du puzzle de la conscience humaine que la science doit encore découvrir. On ne peut pas tout expliquer à propos de l’hypnose. Mais les neurosciences, qui étudient le cerveau, montrent qu’on a tous en nous ce talent, mais qu’il n’est pas identique chez les individus. En étudiant le cerveau par IRM ou par PET scan, nous avons pu montrer que le cerveau travaille différemment en hypnose qu’en conscience normale. Quand on invite un sujet à revivre “des vacances” en hypnose ou à se remémorer ces vacances en conscience normale, on observe des activations tout à fait différentes dans des régions de la vision, de la sensation et de la motricité. Et la région des émotions positives est aussi activée. Cela montre une modification de la conscience habituelle. La neuroimagerie donne une objectivité à l’hypnose, ce n’est pas une illusion ! On sait aussi que l’hypnose n’est pas du sommeil. Les EEG montrent un état d’éveil.

Dans quel domaine la médecine utilise-t-elle l’hypnose ?
Lorsque l’individu glisse dans le processus hypnotique, il y a une diminution des facultés de raisonnement, d’analyse, il devient très suggestible. Cela modifie un peu les mécanismes de défense. Cela modifie aussi la perception temporelle. Les sujets ont accès à la mémoire, à d’autres ressources, auxquelles ils n’auraient pas accès autrement. Ils peuvent alors changer des habitudes, être capables de gérer certains problèmes autrement. La personne peut sortir d’une mentalisation trop stricte. Mais ce n’est pas un remède miracle. Pour que cela marche, la personne doit être notamment motivée, avoir confiance dans le soignant. Il faut que ce soit bien cadré. C’est pour cela que nous proposons aux médecins, dentistes et psychologues des formations (110 heures), pour apprendre les techniques. Si l’hypnose est utilisée pour améliorer un symptôme précis, le patient doit vérifier que la personne a des compétences dans ce domaine. Ça peut être la douleur chronique, la psychothérapie, les troubles du sommeil… On utilise au CHU l’hypnosédation : combiner l’hypnose à l’anesthésie locale et un peu d’antidouleurs, ce qui évite l’anesthésie générale.

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