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16/12/2013

Médecine esthétique? Méfiance!

La Libre, Momento, Bien-être, médecine esthétique, livre noirChirurgie, laser, injections en tous genres… ces actes ne sont jamais anodins. La plus grande prudence s’impose dans ce domaine mal encadré et très peu contrôlé, comme en témoignent les auteurs du “Livre noir de l’esthétique”.

Entretien: Laurence Dardenne


LE VERDICT VIENT DE TOMBER, MARDI : quatre ans de prison ferme pour le fondateur de la société PIP, qui a vendu, durant des années, des implants mammaires frauduleux à des milliers de femmes. Ce scandale fut le point de départ du “Livre noir de l’esthétique”, chirurgie, laser, botox, un business à haut risque (Ed. Calmann-Lévy, 17 €), de François Malye et Jérôme Vincent. “Nous avons commencé ce livre en pleine période de cette escroquerie des prothèses PIP, fin 2011 début 2012, et nous l’avons terminé au moment de la chute de Jérôme Cahuzac, le ministre du budget qui avait un compte non déclaré en Suisse et qui, lorsqu’il n’exerçait pas de fonction politique, faisait des greffes capillaires.”  Exemple par excellence de business esthétique hautement lucratif…

Pendant ce temps, les auteurs mènent l’enquête, compulsant moult documents, comme les plaintes auprès de l’Ordre des Médecins en France vis-à-vis des chirurgiens ou des médecins esthétiques. Ils se rendent en Tunisie où se développe le tourisme médical, “la chirurgie à bas coût”. Recontrent “quand ils le voulaient bien et de manière contradictoire”, des médecins mis sur la sellette, qui avaient eu affaire à la justice. Ils ont aussi vu des victimes, des associations de victimes, des représentants des pouvoirs publics “qui s’occupent, ou plutôt qui ne s’occupent pas de la médecine esthétique, mais bien de la chirurgie esthétique”, nous confie Jérôme Vincent, coauteur, journaliste au “Point”, spécialiste de la santé et du monde médical.

Avant tout, il convient de distinguer chirurgie esthétique et médecine esthétique ?
En effet, depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire depuis les lois dites Kouchner, la chirurgie esthétique est relativement bien encadrée en France, alors que jusqu’à la fin des années 90, c’était vraiment n’importe quoi. Depuis le début des années 2000, seuls les chirurgiens reconstructeurs plastiques et esthétiques et deux ou trois autres spécialités (comme les ORL qui peuvent, par exemple, refaire des nez) peuvent exercer la chirurgie reconstructrice ou esthétique dans des établissements qui doivent être des hôpitaux ou des cliniques. Il est aujourd’hui interdit d’opérer un patient esthétiquement parlant dans son cabinet. Mais pendant ce temps-là, la médecine esthétique, qui repose essentiellement sur l’injection de produits, ou l’usage d’appareils comme des lasers, s’est considérablement développée, à tel point qu’aujourd’hui, cette activité est plus importante que la chirurgie esthétique. Or, la médecine esthétique n’est absolument pas encadrée. Tout le monde fait ce qu’il veut dans les lieux et avec des produits qui, eux-mêmes, ne présentent pas beaucoup d’assurance. La nouveauté se situe au niveau de cette anarchie de la médecine esthétique.

Où se situent essentiellement les problèmes ?
Avant tout, au niveau de l’absence de diplômes. Il n’existe pas de formation labellisée par l’université. N’importe quel médecin peut faire de la médecine esthétique, après avoir suivi une formation le soir ou le week-end. En plus, il y a les “non-médecins” qui exercent la médecine esthétique, comme des esthéticiennes qui peuvent, par exemple, manipuler des lasers – très peu différents des lasers médicaux – pour épiler ou rajeunir la peau. Il y a aussi des naturopathes et toute autre personne qui exerce des activités sanitaires alternatives qui peuvent faire, légalement ou illégalement, des soins de médecine esthétique. Les dentistes, eux aussi, sont attirés par le marché de la médecine esthétique.

Ensuite, il y a le problème des produits utilisés en médecine esthétique…
De fait, à part le botox, un antirides qui paralyse les muscles du visage et qui a un statut de médicament, tous les autres produits (plus d’une centaine en France) dits de comblement (comme l’acide hyaluronique…) n’ont pas ce statut de médicament. Autrement dit, ils n’ont pas été testés avant leur utilisation chez des patient(e)s. Ils ont juste un statut de dispositif médical et obéissent à certaines normes, comme les jouets ou les compteurs des voitures… Ces produits n’offrent donc aucune sécurité; ils sont utilisés chez des gens comme s’ils étaient des cobayes et, lorsqu’il y a des accidents, les fabricants les retirent…

Pourrait-on assister, avec les produits de comblement, dans le futur, à un scandale de la nature de celui des prothèses mammaires ?
Ce n’est pas impossible, bien entendu, car on maîtrise mal ces produits et leur devenir dans l’organisme. Comme tout produit extérieur injecté dans l’organisme, ce sont des corps étrangers qui peuvent engendrer une réaction de rejet, susceptible de se manifester sous forme de tumeur. C’est le risque ultime qui peut survenir immédiatement ou de très nombreuses années après l’injection. Et ce genre de complication n’est pas sous contrôle. De manière plus générale, ces produits n’ayant même pas le statut de médicament, les effets indésirables déclenchés par ces substances ne sont pas recensés, analysés, comptabilisés… Les problèmes sont multiples, car la médecine et la chirurgie esthétique, c’est la rencontre du commercial, d’une demande essentiellement des patientes  – et d’une offre – des professionnels. Il n’y a aucun contrôle, pas de carnet de santé, pas de suivi… La patiente, le professionnel, une autorité indépendante, personne ne sait exactement tout ce qui a été administré; or, en multipliant les produits, on peut aussi multiplier les incompatibilités. C’est indéniablement source de complications et d’accidents. Le parcours du patient chez ces professionnels, qui n’est absolument pas balisé, constitue un autre problème.

La motivation des professionnels est-elle uniquement guidée par le mercantilisme ?
On ne peut pas stigmatiser tous les chirurgiens ou médecins esthétiques aussi globalement. La chirurgie esthétique est une vraie spécialité médicale, au même titre que la médecine générale, la chirurgie cardiaque ou l’orthopédie. Le diplôme, et la formation très longue et sérieuse, est celui de médecin reconstructeur, plastique et esthétique. Certains ont cette activité – pour faire une reconstruction mammaire après un cancer du sein ou d’un visage pour un accidenté de la route – combinée avec une activité esthétique plus légère, plus futile ou qui n’obéit pas à une maladie. En revanche, certains chirurgiens reconstructeurs, plastiques et esthétiques font presque exclusivement de la chirurgie esthétique. Et là, oui, généralement uniquement pour des considérations d’ordre commercial. C’est une activité plus facile (il n’y a pas de maladie) et hautement lucrative, parmi les plus lucratives de toutes les spécialités chirurgicales.

Quant aux médecins esthétiques…
Comme ils viennent de partout, comme ils n’ont pas de formation continue, indépendante, reconnue par les autorités,… c’est une façon d’avoir une activité légère hautement rémunératrice. La motivation financière intervient un peu, beaucoup, totalement, selon les uns et les autres.

La responsabilité est donc partagée entre les médecins, les patient(e)s ou client(e)s (?), les autorités… et les médias qui véhiculent certaines images ?
Il ne faut pas mésestimer la demande, essentiellement des patientes. S’il y a une proportion importante des hommes et des femmes, qui ne sont pas clients pour ces soins chirurgicaux, il existe, en revanche, un public très demandeur qui obéit d’abord à des motivations intérieures; souvent une sorte de mal-être, un équilibre (familial, personnel, professionnel…) qui n’a pas été bien trouvé. Et qui obéit aussi à une pression sociale; aujourd’hui, l’apparence est importante. Elle est vendue, entre autres, par les médias, et notamment les médias féminins et populaires, comme très importante. La beauté est vendue, abusivement, comme une norme.

Certaines interventions peuvent-elles néanmoins se justifier et pour quelles raisons ?
D’abord, des raisons qui ne mélangent pas un mal-être psychologique et une soi-disant disgrâce physique. S’il y a une vraie disgrâce physique, il y a une indication à être opéré. Les “je ne suis pas bien” qui cachent un déséquilibre psychologique sont un mauvais cas d’intervention. D’ailleurs, les professionnels bien formés doivent faire la part entre ce qui est médical et ce qui est psychologique, et doivent s’aider de conseils de psychiatres ou de psychologues pour écarter une motivation soi-disant physique qui cacherait un déséquilibre ou un trouble psychologique. Un acte chirurgical esthétique reste un acte médical et n’est jamais anodin et, s’il n’est pas indiqué, il n’y a pas de succès à l’arrivée. Il peut même y avoir des complications comme pour n’importe quel traitement. On ne donne pas un traitement diabétique à quelqu’un qui n’a pas le diabète. Ensuite, le choix du professionnel et de l’établissement est prépondérant comme dans n’importe quelle activité médicale.

Comment éviter au maximum les problèmes ?
La prudence. Certaines personnes n’exercent plus leur exigence de prudence devant un acte médical qui est vendu comme un acte léger qui n’est pas médical et qui le demeure cependant. Aller voir deux spécialistes plutôt qu’un. On peut observer des temps de réflexion prolongés. Eviter une série d’opérations dans un même temps qui augmente les risques opératoires, tout comme les injections qui n’ont pas de fin.

Selon vous, quel est le plus grand scandale dans ce domaine ?
Je suis médecin de formation et journaliste professionnel depuis 30 ans. On est médecin toute sa vie. Donc, à titre personnel, c’est le problème d’un exercice non éthique qui me scandalise.


Ph.: BSIP/Reporters

Commentaires

Merci pour cet article. Il est vrai que l'avancée technologique apportée par la médecine esthétique est encore mal encadrée juridiquement mais ce serait aussi dommage de ne pas profiter de ce que la science offre. Comme toute bonne chose a son détracteur et comme les fraudes ne manquent pas, il faut absolument être prudent et bien connaitre son interlocuteur et toute intervention qu'on a l'intention de subir.

Écrit par : Médecine esthétique | 23/12/2013

Pour ma part, je ne dirai pas qu'il faut se méfier de la médecine esthétique, mais plutôt de l'intervenant. Fort dommage qu'il n'existe pas de certification légale là-dessus. On devrait penser à en instaurer très vite.

Écrit par : Rajeunissement Paris | 02/01/2014

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