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28/12/2013

Saint-Martin, l’île aux mille visages

La Libre, Momento, Escapade, Saint-MartinSaint-Martin, ce sont des hôtels de luxe, des boutiques hors taxes, des casinos, des restaurants renommés et des plages paridisiaques. Mais aussi une terre de contrastes, entre le Nord, français, et le Sud, néerlandais.

Découverte: Slim Allagui


PLUS PETIT TERRITOIRE au monde à être partagé entre deux nations (la France et les Pays-Bas), l’île de Saint-Martin, dans les Caraïbes, est l’un des plus beaux exemples d’entente cordiale entre deux peuples, qui remonte à 1648.
 
 
L’arrivée à l’île est fascinante avec ses paysages de carte postale. Elle donne le frisson par les airs, avec ces gros-porteurs qui atterrissent à quelques dizaines de mètres au-dessus de la tête des baigneurs, offrant un spectacle unique qui captive petits et grands.
 
Saint-Martin possède, “au-delà de ces clichés, un riche patrimoine datant de 3 500 ans avant J.-C.”, affirme Christophe Hénocq, archéologue, qui évoque avec amour cette “friendly island” paradisiaque de 80 000 habitants, connue pour ses hôtels de luxe, ses boutiques hors taxes, ses restaurants renommés, ses 37 belles plages baignées par une mer turquoise et ses casinos qui attirent plus de 2,4 millions de touristes par an. Arrivé à l’âge de 2 ans de France avec ses parents professeurs, Christophe nourrit une passion dévorante pour son pays d’adoption qui l’amène à fonder et diriger le musée de l’île, à Marigot, capitale de la partie française, au nord de l’île.
 
 
Aménagé dans une ancienne prison, le musée est dénommé “Sur la trace des Arawaks”. Christophe raconte que “les premiers habitants de Saint-Martin étaient des Indiens arawaks qui l’avaient surnommée Soualiga, ‘La Terre de sel’, avant d’en être éliminés par une autre tribu, les Caribs, puis par les Espagnols”. C’est d’ailleurs Christophe Colomb qui a baptisé, le 11 novembre 1493, cette île “en l’honneur de l’évêque saint Martin dont c’était l’anniversaire ce jour-là”.
 
Les dernières traces d’occupation de la population autochtone datent de 1600. L’île est ensuite occupée à partir de 1624 par les Français, qui y cultivent le tabac, et les Néerlandais, à la recherche de salines naturelles.
 
Le 23 mars 1648, les deux pays décident de se partager pacifiquement le territoire divisé par une frontière invisible symbolisée par un monument et des pancartes dressés sur des collines verdoyantes : les Français au Nord et les Néerlandais au Sud.
 
La production de sucre constituera la richesse de l’île entre le XVIIIe et la fin du XIXe siècles. Elle reposait sur le travail des esclaves originaires d’Afrique amenés entre 1730 et 1750. L’abolition de l’esclavage, en 1848, entraînera la fermeture des quelque 74 sucreries de l’île devenues non rentables.
L’économie de l’île en ruines, les hommes émigrent vers les îles voisines – la Guadeloupe, Saint-Domingue, Aruba, Curaçao. D’autres vont exploiter le sel qui était très recherché avant que la production ne cesse en 1961.
 
La survie viendra du tourisme, qui se développe grâce aux paquebots de croisière venus des Etats-Unis tous proches et à la construction de l’aéroport Juliana à Philipsburg, chef-lieu de la partie néerlandaise où l’atmosphère y est anglo-américaine, au goût des quelque 1,7 million de croisiéristes, la plupart venus de Miami en Floride.
 
 
Saint-Martin est une terre de contrastes : vie nocturne rythmée par les casinos et les cabarets à la musique reggae, salsa, jazz, country, rock au Sud, et charme dépaysant et tranquille au Nord, où on peut s’essayer à l’accrobranche à la “Loterie Farm” dans une végétation luxuriante au pied du pic Paradis (424 m à la vue imprenable), se prélasser sur l’îlot Pinel – un éden –, ou s’adonner à la gastronomie à Grand Case.
 
La Libre, Momento, Escapade, Saint-MartinSur la place du marché à Marigot, la plus grande ville de l’île, à l’architecture préservée, les touristes, américains notamment, se promènent entre les étals. On parle français, créole et surtout anglais, “car la langue maternelle de Saint-Martin est bien l’anglais, et pour cause, les esclaves noirs de Saint-Martin avaient fui à l’époque vers l’île anglaise d’Anguilla, où les Anglais avaient aboli les premiers l’esclavages, avant d’y retourner”, raconte Marthe, arrière-petite-fille d’esclave.
 
Tout ce qu’on consomme vient de l’extérieur, à part le poisson”, ajoute Bernard George, 62 ans, montrant fièrement une de ses prises, une langouste de 3 kilos à 26 dollars le kilo, “l’or rose de Saint-Martin !”. Ce père de 9 enfants, et grand-père de 14 petits enfants, se dit “heureux”. Il pêche trois jours par semaine et en tire “suffisamment pour vivre”.
 
Selon lui, la coexistence avec les gens du Sud “se passe quasiment sans problème en dépit de quelques incidents et dérapages”, dit-il. “On sent qu’on appartient à la même terre le jour de la fête nationale, le 11 novembre, où le slogan scandé par tous est ‘Deux pays, une nation, une même destinée’.
 
 
La “friendly island” attire des gens du monde entier. On y recense plus de 110 nationalités, suite au boom touristique qui a démarré dans les années 70 et qui a changé la physionomie de la population.
De nature relativement homogène, constituée d’un mélange des habitants de Saint-Martin et des îles environnantes, la population saint-martinoise a vu arriver de nombreux Européens, essentiellement des investisseurs, qui ont ouvert notamment des boutiques de luxe qui font la réputation de l’île et construit hôtels et propriétés privées de grand standing.
 
La forte demande dans le bâtiment et les services a entraîné un nouveau flux migratoire de Haïtiens et de Dominicains entre autres, bien souvent payés au noir et à bas salaires. Une immigration massive qui a entraîné quelques frictions inévitables.
 
D’autant que la crise financière internationale de 2008 continue de laisser des traces avec une chute de près de 20 % de la clientèle, notamment américaine. Certes, le nombre de touristes a augmenté de 30 % par rapport à 2009, mais cela profite essentiellement au secteur néerlandais, alors que l’entité française n’arrive pas encore à retrouver son deuxième souffle, plombée par la compétitivité néerlandaise en raison de salaires plus bas, mettant parfois à mal la belle entente cordiale.
 
 
Ph.: Slim Allagui

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