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12/01/2014

Le volume donne du relief à l’animation française

La Libre, Momento, Derrière l'écran, stop motion, animation française, DimitriLe “stop motion” ou animation en volume est un artisanat précieux que le studio français Vivement Lundi !
a choisi de perpétuer avec “Dimitri”. Cette série à découvrir au printemps sur France 5 et aussi sur Ketnet(VRT) en Belgique fait vivre des personnages attachants dans une Afrique peu conventionnelle.

Reportage à Rennes: Caroline Gourdin


C’EST DANS UN ESPACE DE 600 m², dans la banlieue de Rennes, que Dimitri le petit étourneau et ses amis prennent vie. Makeba la girafe, Oko le zèbre ou Pili la suricate s’égaient depuis des semaines sur huit plateaux de tournage, dans des décors épurés de savane, entourés par des animateurs et des opérateurs de prise de vue aux petits soins. “On éclaire ces personnages en volume comme dans un studio de cinéma. Les marionnettes sont comme des comédiens. On a envie de les toucher, on s’y attache. Et j’ai un petit faible pour l’autruche, qui est la plus déjantée”, confie Fabien Drouet, directeur de la photo sur l’ensemble de la série “Dimitri” (déployée en 26 épisodes de 5 minutes) et réalisateur adjoint du spécial d’animation de 26 minutes.
 
Créée à partir d’un projet d’Agnès Lecreux, cette série pour les 3-6 ans a la particularité de s’aventurer dans un univers rare : celui de l’animation en volume ou stop motion. “Le stop motion, c’est parfois galère mais c’est très artisanal et humain. Il y a des surprises à l’écran, tout n’est pas calculé à l’avance” , souligne cette décoratrice de 26 ans. Son personnage de petit oiseau venu d’Europe, qui s’est égaré dans la plaine d’Ubuyu le temps d’une saison migratoire, est né dans un travail de fin d’études, un livre d’illustrations. “Ce n’était au départ qu’un petit oiseau qui se comparaît aux animaux plus grands que lui” , explique cette jeune femme qui a souffert, enfant, d’être la plus petite de sa classe.
 
C’est en tant que décoratrice qu’Agnès Lecreux pousse la première fois la porte des studios Vivement Lundi ! Le producteur Jean-François Le Corre est alors séduit par Dimitri et lui propose de développer cette idée en série. Elle travaille à l’écriture avec Mathieu Chevallier, qui a déjà une solide expérience sur le court métrage et sur la série d’animation “Pok et Mok” (déjà coproduite par Vivement Lundi ! et France Télévisions). Elle enrichit aussi avec des plasticiens l’univers d’Ubuyu, dans une Afrique décalée, pas désuète, inspirée pour le graphisme d’un plasticien béninois, Romuald Hazoumé.
 
 
“Nous avons découvert “Dimitri” au Forum Cartoon de 2011 (le rendez-vous de l’animation européenne) et nous avons été embarqués dès le premier regard par le personnage de Dimitri, fort, touchant , raconte Pierre Siracusa, directeur délégué à l’animation de France Télévisions. Cette série correspond à notre particularité, qui est de rassembler petits et grands. Nous avons besoin de distinguer notre offre de celle des autres, d’explorer des terres inconnues. Ici, il y a un mélange d’exigence de la production en volume à la française et une approche qui met l’auteur au cœur du dispositif.” Il rappelle au passage que c’est Wallace et Gromit (des studios britanniques Aardman Animations, NdlR) qui a fait prendre conscience que le stop motion ne s’adressait pas qu’aux tout-petits”.
 
Coproduite avec la Suisse et la Belgique, où sera bouclé le tournage (pour une diffusion notamment sur Ketnet, chaîne jeunesse de la VRT), “Dimitri” a reçu l’aide du Fonds d’innovation du CNC en France et bénéficie d’un budget global de 2,3 millions d’euros. La série rassemble des animateurs venus d’Ecosse, d’Espagne, d’Angleterre, du Nicaragua…
 
Concrètement, deux équipes de tournage se relaient chaque jour à Rennes, de 7 à 14 heures et de 14 à 21 heures.
 
Les animateurs travaillent sur tous les épisodes en même temps, qui sont découpés en fonction des axes de caméra. Certains sont plus à l’aise avec le côté enfantin de “Dimitri”, d’autres avec des personnages qui ont un côté plus “cartoon” et sont dans l’action. Pour mettre en mouvement la girafe, le zèbre ou l’éléphant, les animateurs font prendre des postures successives aux marionnettes, les font courir ou galoper à l’aide d’un rig (grosse tige en fer effacée numériquement), et leur confèrent des expressions en changeant leur bouche ou la position de leurs pupilles. A la manière du play-back, ils synchronisent les personnages avec des voix enregistrées en amont. Les voix définitives seront intégrées au doublage.
 
Un appareil photo commandé par un ordinateur saisit les plans, restitués par la suite à l’écran en douze images par seconde. Pour avoir une idée de l’ampleur de la tâche, un animateur met en boîte sept secondes/jour en moyenne. Voire moins, s’il s’agit d’une scène aussi complexe que le final du 26 minutes. Sous l’œil vigilant de Fabrice Drouet, dix personnages sont réunis pour une danse autour d’un feu. La scène est éclairée de couleurs chaudes, pour un rendu dans les tons ocre. Le feu est représenté par des ampoules que l’on fait varier en intensité. Des flammes seront intégrées à l’image par le truchement des effets spéciaux, qui restent peu employés. “Même si il y a des rendus splendides en 3D chez Dreamworks ou Pixar, je suis rassuré qu’il y ait encore de la place pour autre chose que la 3D. Le stop motion, c’est très concret” , défend le réalisateur, les yeux pétillants. Non loin de là, Agnès Lecreux est toujours “émue” de voir les marionnettes, ses “compagnons de route”, s’animer dans la lumière.
 
 
Haute couture de l'animation
 
Dans un atelier jouxtant les plateaux de tournage de “Dimitri”, des plasticiennes façonnent des marionnettes à partir de moulages. Des moules qui permettent de ressortir autant d’exemplaires de personnages, ou de morceaux de personnages, que nécessaire. A ce stade, 8 Dimitri, 6 Oko et 6 Pili ont été utilisés par les animateurs. En grand format pour les plans serrés, et en petit format pour les plans larges. Il y a aussi Temba, un éléphant imposant de 8 kilos, mais aussi un hippopotame, une souris, un singe, un caméléon…
 
Ces personnages sont fabriqués dans un mélange de résine pour les parties dures et de mousse de latex pour les pattes, queues, trompes… Chaque animal dispose d’un jeu de bouches pour les expressions, mais aussi de pattes, d’ailes ou d’oreilles de rechange, au cas où. Des arbres en résine ou en balsa (un bois léger) de tailles différentes, pour créer de la perspective, des voitures colorées et autres accessoires joliment ouvragés viennent compléter l’univers d’Ubuyu.
Pas moins de 20 plasticiens ont travaillé sur les personnages et les décors, adaptant en volume toutes les recherches graphiques d’Agnès Lecreux. C’est du sur-mesure. Chaque marionnette est un objet unique, avec un type de matériau et un squelette spécifique qui détermine la manière dont elle va pouvoir être animée. Il arrive aussi que l’on n’ait façonné que des fesses d’hippopotame ou des cous de girafe pour certaines prises de vue.
Notons que ces artisans de l’animation ont fait des recherches sur les comportements animaliers, pour pouvoir partir d’une locomotion réaliste, et proposer ensuite quelque chose de stylisé, afin que les marionnettes puissent être aisément mises en mouvement.
 
 
Ph.: Freddy Rapin/ Vicement Lundi!

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