Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

14/01/2014

La fin d’un monde

La Libre, Momento, Vie de château, NoisyNoisy se meurt, Noisy est mort ! Ce château a fait l’objet d’un reportage télé sur la RTBF le 5 janvier. De là, sont parties des réactions émotionnelles. Brin d’histoire pour suivre le mouvement.

Philippe Farcy


QUEL CHÂTEAU ! Nous sommes sur la commune de Celles, tout près des châteaux de Conjoux, Reux, Chevetogne, des domaines royaux, dont Ciergnon, et du siège du club de Golf d’Ardenne situé sur le parc des châteaux construits par Léopold II (www.chateaudardenne.be). Les deux châteaux du golf actuel, utilisés comme hôtels de grand luxe jusqu’en 1950, puis laissés seuls, furent démolis suite à un incendie survenu en 1968 sur l’un d’eux. Il en coûtait trop cher à la Donation royale. La perte est irréparable.
 
Noisy est en lambeaux depuis plus de 15 ans et vide depuis plus de 30. La faute à qui, à quoi ? Faut-il sauver Noisy, dit aussi Miranda, ou faut-il l’abattre comme le demande le comte Hadelin de Liedekerke Beaufort, héritier de ce monstre de pierre bleue ?
 
Le comte Hadelin n’a pas d’ambition immobilière sur ce lot de prestige qui lui appartient. Il veut la paix et sait mieux que quiconque ce que ce château comporte de choses remarquables pour le patrimoine de notre pays. Il tient simplement à la sécurité publique, car le château menace de tomber sur des visiteurs imprudents qui violent une propriété privée. Mais ils sont comme nous (en 2006), ébahis par la beauté des recherches architecturales et décoratives du lieu. Il y a aussi des pilleurs et des gens aux comportements indécents. Le comte Hadelin a donc raison. Mais les voix, qui s’élèvent pour sauver cet édifice, ont également raison.
 
Noisy a contre lui sa taille et le fait de n’avoir pas été regardé par les propriétaires d’avant les années 1980 comme un château intéressant, car il n’y avait de beau, jadis, que les styles purs, issus de la France. Terrible erreur qui fit abattre des biens remarquables sur des considérations de goût ou de frais d’entretien, comme à Nouvelles, à Trazegnies, à Jenneret, à Suxy (Les Croisettes) ou à Thieusies.
Ici, on vit grand pour faire face à des civilités qui allaient de Paris à Londres, en passant par Rome. Dans cette lignée des comtes de Liedekerke, on aima la diplomatie, mais aussi les mariages intelligents. Ce fut le cas déjà avec Ferdinand-Hilarion (1762-1841) qui avait épousé, à Villers-sur-Lesse, Julie Desandrouin (1769-1836), dont la parentèle était ornée de richissimes hommes d’affaires, notamment dans les mines de charbon, à Anzin, près de Valenciennes. Leur fils Florent-Auguste (1789-1855) sera ambassadeur et marié à une demoiselle de la Tour du Pin, des marquis de Gouvernet. Noisy sera construit par leur fils, Hadelin (1816-1890), époux d’une Néerlandaise bien dotée, la baronne Isabelle de Dopff (1822-1903), issue du château de Nedercanne. Le comte Hadelin actuel descend d’Aymar (1846-1909), second fils de ce couple, qui, lui, avait épousé Louise-Cécile Béranger (1858-1929), issue de banquiers français (Darblay par sa mère). Son père possédait l’imposant château de Tigéry, près de Corbeil-Essonne, la ville de Serge Dassault.
 
Les Liedekerke-Dopff firent appel à un illustre architecte-paysagiste anglais, Edwar Milner (1819-1884). Il fut le bras droit de Joseph Paxton pour la mise en place du deuxième Crystal Palace près de Londres, à Sydenham. Sur le plan architectural, Noisy semble son chef-d’œuvre absolu. Sa mort amena le comte Hadelin à engager l’architecte français Pelcher, après plus de dix ans d’interruption de travaux. C’est à Pelcher que l’on doit la haute tour centrale édifiée en 1905. Les décors intérieurs, les stucages et les mille détails ornementaux font de Noisy une œuvre unique. Milner avait évidemment dessiné le parc.
Le retrait de la famille de ce lieu précis date de la Seconde Guerre mondiale. Dès alors, le bien fut mis à la disposition de la SNCB. Elle y resta jusqu’en 1977. Puis, le château fut utilisé à des fins d’activités extrascolaires pendant dix ans, avec l’aide des Maertens qui s’occupaient du château d’Oteppe, transformé par eux en centre de vacances. Dans les années 1980, les devis de restauration tournaient autour de 800 millions de francs. C’est pire maintenant. Qui voudrait assumer cela ?
 
 
Ph.: Philippe Farcy (2006)

Les commentaires sont fermés.